‹ L'Arétin français [electronic resource]Chapitre 21 sur 43 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

Reddere personae Convenientia cuique.

Horat. Art. Poéî.

Doucement, doucement.

Le v. . . .

N'ayez point peur, je ne suis point a terre, je suis tout en l'air.

Le c. . . .

Bon. C'est que si ma maîtresse s'éveillait, tout serait perdu. La circonstance est favorable, elle a les cuisses écartées, la couverture est tombée dans

la ruelle, je suis au bord du lit, le drap est relevé, la lampe vis-à-vis de moi. Avancez.

Le v. ...

Me voilà.

Ciel!

Le v. • • •

Ah! Dieux!

C'est donc là ce qu'on appelle un Vit!

Le v» ...

Oui, cher petit con d'Amour.

Je mourais d'envie d'en voir un.

Le v. . . .

Ce n'est rien de me voir, c'est tout de me sentir.

Comme vous remuez! comme vous grandissez! que c'est drôle!

Le v. . . . (s'approchant)

Si j'osais. . .

Ne me touchez pas.

Le v. . . .

O Nature!

Jî^c c» • • »

Les grosses veines!

Le v. . . .

Le joli poil!

Le c. . . .

Vous en avez aussi.

Le v. . . .

Le dessus, le dessous, les environs... Il n'y a rien comme cela.

JL/O c« • • •

Vous en dites peut-être autant au premier de mes semblables.

Le v. . . .

Vous n'avez point de semblable, non, d'honneur.

LjC C. • • •

D'honneur! quoi! vous connaissez ce monstre? Il me fait bougrement enrager, ainsi que je ne sais quels autres foutus mots de sagesse, devoir et vertu, que ma chienne de maîtresse a toujours à la bouche; viande creuse dont je ne puis me repaître, moi.

Le v. . . .

Que je vous aime de cette humeur! en parlant votre langue et la mienne, vous me donnez une liberté qui m'enchante, car je ne suis, foutre, que trop gêné de bander si raide et de no pouvoir que vous regarder . . . Gentil conaut! extase et décharge, c'est en efïet ce qui nous convient, le reste nous est étranger . . . Tutoyons-nous, mon charmant petit abicot; loin de nous ces compliments d'usage entre M. M., les Quarante (i); notre société de deux a deux ne recherche, ne savoure que le plaisir, et se fout de la cérémonie. Hélas! quand Hortense cessera-t-elle d'être dupe ? Je m'aperçois heureusement qu'elle étend ses soins volupteux jusqu'à toi. Je te flaire avec transport, je deviens dur comme fer à l'odeur suave que tu exhales. Ecoutes! tu peux beaucoup sur cette ame rebelle; chaque fois que tu seras sur l'autel de la propreté, autrement le bidet, ouvre à l'éponge tes lèvres vermeilles et sensibles, ainsi qu'au souffle caressant du zephir s'épanouit une rose; presse-les amoureusement contre la main qui les paigne et les essuie, tu communiqueras à tout son corps tes douces agitations,

(i) De l'Académie française.

tu ébranleras ses sens, tu y porteras tour à tour l'ivresse, l'égarement, l'incendie et le ravage. Il est essentiel de lui développer tous les miraculeux ressorts de ta céleste mécanique . . . Foutre! entends-tu comme je chante! Je ne suis pas le Vit d'un sot; non, j'ai un feu extraordinaire, tel qu'un vigoreux coursier, et bondis en écume en ta présence.

Le c . . .

Parle donc plus bas, ma maitresse vient de soupirer.

Le v. . . .

Je la ferais soupierer bien uatrement, de par tous les diables.

X~rf£ o* • • •

Ta vue et tes paroles me brûlent, me sèchent. Le v. . . .

Attends, que je te rafraichisse, que je t'humecte un peu . . .

Le c. . . .

Ouf! tu ne pourras jamais . . . Haye! ... ah! ah! ah! . . . ouf! . . . arrête . . . rien qu'à l'entrée, je t'en prie là ... ah ! ... ah !.. . comme un

ange !

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