LE SIENNOIS
Il y avait à Sienne un joueur très connu par l'habilelé ju'il possédait aux jeux de cartes; mais il était décrié à cause des blasphèmes qu'il proférait lorsqu'il ouait. Il advint que, par un tour fort ingénieux, qucljues-uns de ses amis [amenèrent à se corriger. La nuit le Sainte-Lucie, ce Siennois se mit à jouer et à chaque ;oup qu'il perdait, sa langue effrontée martyrisait le nom le la pauvre Vierge et proférait des horreurs scandaleuses. Quand la partie fut finie, il ne restait plus au Siennois l'autre vêtement que sa chemise; et s'il ne perdit pas également tout ce qu'il avait dans sa maison, c'est que ses adversaires ne voulurent pas le laisser sans un abri où se reposer. A la fin, fatigué de vociférer contre tous les saiDts, il se jeta sur son lit, et bientôt, la lassitude l'emportant sur son chagrin, il s'endormit. Ses amis, ayant caché la lumière, se mirent à faire semblant de jouer dans l'obscurité, annonçant à haute voix les coups et suivant la marche de la partie tout comme si elle avait lieu avec activité. Le bruit réveilla le Siennois, et, en ouvrant les yeux, il fut saisi de surprise de ne pas voir la lumière et d'entendre compter l'argent qui passait de main en main. Les plaisants qui lui jouaient ce tour continuaient de dire : « Huit à sept, neuf à dix » ou autres points semblables, et notre homme s'écria : « Comment diable jouez- vous dans l'obscurité? — Qu'est-ce que tu veux dire avec ton obscurité ? » répondirent
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ils, et finalement ils lui firent croire que, si les carte lui avaient enlevé son argent, sainte Lucie l'avait prn de îd£ue pour le châtier de sa mauvaise habitude. Il continuèrent de suivre avec activité leur partie imag naire, tandis que le Siennois restait dans les ténèbre les plus épaisses. Tenant pour certain que la mari) l'avait puni eu le rendant aveugle, il se mit à demanda miséricorde, promettant à Uieu, par les vœux les pïus formels, de ne plus blasphémer de sa vie. Quand il eut prit cet engagement, ses amis, remettant la lumière sur la table, lui rendirent la vue, et c'est ainsi qu'ils furent cause qu'il se corrigea, pour le reste de sa vie, de ses blasphèmes.