‹ L'ArétinChapitre 28 sur 89 · LE BARON FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE BARON FRANÇAIS

Un baron français ayant joué et perdu tout ce qu'il avait et même au delà, puisqu'il avait engagé sa parole, fit, pour se procurer de l'argent, le tour le plus étrange qu'on ait jamais vu. Etant dans la chambre du roi Louis avec un grand nombre de seigneurs qui se disposaient à accompagner Sa Majesté à quelque solennité, il s'adossa à une table sur laquelle était placée une horloge garnie d'or massif, et il la fit habilement passer sous «es vêtements. Mais, comme il n'y a rien de tel que le

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propriétaire d'un objet pour veiller sur lui, le roi avait aperçu les mouvements de ce seigneur autour cie l'horloge et, tout en feignant de regarder d'un autre côté, il vit très bien ce qu'il faisait. Il eut de la peine à s'empêcher de rire, et, se dirigeant vers la porte, il s'arrêta ensuite de manière que les assistants ne pouvaient sortir, et il se mit à parler avec un de ses ministres en attendant que l'horloge sonnât. Bientôt un fintin qui se fit entendre sur la personne du baron attira tous les regards vers lui; on ne savait que penser, et lhorloge continuait de sonner. Le pauvre homme, accablé de honte et d'effroi, avait le visage à la fois livide et enflammé. Les courtisans, revenus de leur surprise, riaient d'autant mieux que le roi, à force de rire luimême, ne pouvait parler. Le Français, se jetant à genoux, s'écria : « Sire, les aiguillons de la passion du jeu sont si puissants qu'ils conduisent aux actions les plus viles. » Mais le roi lui coupa la parole en disant : « Seigneur, le plaisir que nous avons éprouvé compense au delà le tort que yous avez fait; l'horloge est à vous.»

THEATRE L'ORÀZIA

Tragédie

spurio, ami de Publio (i). — Voici Gélie qui sort.

pubuo — Son ombre plutôt, car elle semble l'ombre D'elle-même qui à peine se tient sur ses pieds. spurio. — Peu de chose coupe et rend l'haleine Aune femme jeune et délicate.

Un rien colore et décolore Son visage semblable à ces joues Qui, assaillies de crainte ou de pudeur, Se couvrent de vermillon ou de pâleur.

célib. — Père, ô père I publio. — Fille chérie, 6 fille, Et pourquoi cela ?

cÉLiE. — Amour n'a pas de loi.

publio. — Bien qu'avant tout amour Se place celui que doit témoigner à la patrie Quiconque a de la noblesse dans le coeur, Tu fais le contraire, comme si plus digne Etait la vie de celui qui pleure Que la victoire en quoi chacun jubile.

Je voudrais, quant à moi, que le ciel permît

(i) Voici une scène où l'Arétin montre Célie (la Camille de Corneille), sœur des Horaces, épouse d'un des Curiaces, en prèttnce de Publio, son vieux pire.

One chaque jour il m'arrivât des choses semblables, Parce que c'est une félicité certaine que ce dommage Qui donne lieu à quelque chose d'utile comme ce à quoi

[je vois Que notre malheur a donné lieu ; et en faveur de qui,

[Céiie ?

En faveur de Piome, Célie ! Elle a été faite reine De qui voulait être son impératrice.

En plus de cela, dois-tu oublier A cause de la mort de ton mari Le trépas de tes frères légitimes ?

Tempère par la haine de ce forfait L'amour extrême de l'autre objet, Et si tu veux tout de même prodiguer des larmes, Verse-les sur ces Horaces Nés avec toi d'une semence dans le même sol, Car tu ne retrouveras plus Tes frères défunts ; tandis que les époux S'offriront à toi qui es honnête et agréable, Vertueuse et gentille, et si j'ajoutais Belle, j'honorerais la grâce De celle qui te mit au monde et mourut Dès qu'elle t'eut enfantée, peut-être, peut-être Pour ne pas ressentir de toi une plus grande peine Que celle qu'elle éprouva en te mettant an monde. celie. — Puisque après les Dieux il faut révérer Qui vous a engendré je vous rends grâces, ô mon père I Oui, je vous rends grâces, mon père, et vous dis Que lorsque tombèrent morts mes frères bien-aimés Deux de mes membres tombèrent, Mais par la mort de mon époux sublime Je tombe moi-même, car les épouses Vivent avec la vie des maris Et meurent avec la mort des époux 1

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