‹ L'ArétinChapitre 62 sur 89 · POUR SE MOQUER DE DIVERS PERSONNAGES · texte numérisé non relu

POUR SE MOQUER DE DIVERS PERSONNAGES

Vous avant choisi pour mon Dieu parmi les hommes, force est que j'essaye de tous les moyens pour vous montrer combien est grande ma dévotion et, puisqu en toutes choses je suis infime, il faut bien que ce soit au moyen d'infimes présents que je fasse souvenir Votre Altesse de mon fidèle et entier attachement. Je vous envoie donc, non en don, mais pour vous rappeler que je vous adore, quatre peignes d'ébène ; parmi eux, le plus noir est celui dont Vénus se servait pour peigner

ses crins d'or, et cependant on est là-dessus d'opinions diverses; il y en a qui disent que c'était le peigne de la Révérende, concubine de Grassis (x) ; d'autres, celui deMadoneHonesta,épousede ce coquin d'Armellino (2) ; qui dit une chose, qui une autre. Mon opinion, à moi, est que ce doit être le peigne de la sacratissime Nonne, lavandière du pédant Adrien (3). Je l'ai eu par nécromancie.

Les autres sont très certainement ceux dont Mars se peignait la barbe, et les lui a enlevés de force l'horrible Malatesta des Médicis. C'est maître Pasquin qui me les a donnés.

Je vous envoie oncore une paire d'éperons d'os de mule : ils ont appartenu à saint Pierre, premier pane, et leur généalogie serait trop longue à raconter. S. it que le Pontife cherche à les avoir, parce qu'il croit qu'avec une paire d'éperons d'os de buffle il va tout de suite chasser les Turcs, comme Sa Sainteté pousse sa mule en la piquant par en dessous. Mais moi, qui suis un désespéré et qui crois à peine au Credo, je ne veux pas que cette grosse bête les ait, et, pour que la Croisade n'aille pas plus avant, je les donne à Votre Excellence.

De plus, je vous envoie une chaîne, très noire, fine et fort jolie, féminine et amoureuse. Elle appartenait à Cupidon, ce fripon de bardache, et je ne sais comment elle m'est venue entre les mains.

Je vous adresse encore une boîte de musc. Cette boîte, certain chevalier de Malvezzi l'a rapportée de Rhodes, et il prétend que le grand Turc la lui a donnée à l'occasion d'une épouvantable prouesse dont il fut le héros, lors de la reddition de la Levra. Daignez donc, Prince

(1) Paris des Grassis était le mafire des cérémonies de Léon X. (3) Un cardinal.

(3) Adrien VI, le pape hollandais, qui avait été pédants (précepteur) de Charles-Quint.

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très courtois, accepter ces bagatelles, par égard pour laffectian qucjc vous porte, et, cela faisant, vous me rendrez certam que mon attachement vous est cher

SÏÏ1 CTm6 i6 "" que C>est ,a coutum* de votre geni ,les,e de rendre cent pour un, je vous supplie de me

fia?JÎ' f6UX c,?°nnelS d'h0m™s> '*« d^-P

porte | Mantoue, 1 autre de soie noire et dor. Je mtttrai cela au nombre des faveurs infinies que j'ai reçues de Votre Seigneurie Illustrissime. J '

Monse.çneur, si je vous harcèle ainsi de mes deman- „,.CgTâ7; ce nest P°int ^ez moi présomption: «?« grand Pnnce que vous ne doit pas congédier ses serveurs sans leur aborder leurs requêtes, et le de- W dfisgrands seigneur* est d'en agir comme vous toile* vous qui accordez a tous des grâces délicates K reliez chacun Wux et content, non pas seulement eu professas. Cest pourquoi, le plus humblement n,Q ^ ;>ui9, jo vous suppHe de me faire unesingulière faveur et je m adresse à vous, d'un front aussi assuré que jj n; a h-ef e d ordinaire au Cardinal de Médius, père do -treLxeeilence. La faveur que je vous demande c'est 1 octroi de 1 ordre du Camp à Primo Perini, noble FlorenUn porlepr de la présente. Je sais que Votre Ëxcel- -a:e Wustriasmie a pris la ferme résolution de ne plus

^r^M'-JCaVUtet,me que davantage cette disnu : on : d avoir ce qui ne se refuse à personne, ce ne sera.tpas aussi flatteur pour mon attachement.

Si néanmoins Votre Seigneurie Illustrissime était résolue à ne pas le taire, je la conjure, par cette lan4 destoée à chanter ses louanges, qu'au moins elle ff f6,m° faue oLtenir <*»«" rfe Nuvolara, et je vous jure par 1 amour que je portée votre honneur, que vont me Faites en ce cas une faveur unique et dont vous aurez bon remerciement.

J'oubliais justement quelque chose. J'ai reçu de Rome

un petit bronze, personnage nu, d'une haute antiquité, trouvé dans ies fondations des latrines que faitvdifier !e prodigue Trincuforte(i)à la perpétuelle mémoire du pon-îificat d'Adrien VI et de son propre Datariat. Los connaisseurs, comme qui dirait Zeceotto, le Génois, disent qu'il est de ia main d'Hénoch et d'Hélie, et je le crois," puisque Hélie et Hénoch étaient sculpteurs et prophètes. Comme j'aime fort Mantoue et qu-e je ne veux pas qu'un objet si rare tombe entre les mains d'ignorants, je l'envoie au Mainoldo, joaillier des Antonins ; vraiment, maître Mainoldo est digne d'avoir un tel morceau de sculpture et, que Votre Seigneurie Illustrissime le sache, Je Pape en a offert je ne sais combien de milliers d'écus. L'expérimenté Mainoldo s'estimera donc heureux de l'avoir, par main de notaire. Au cas que Votre Seigneurie invincible aille conférer de quelque porcelaine avec le gentil messer xMainoIdo, qu'elle le lui montre et le lui fasse paraître d'or.

Le signor Giovanni, qui est à l'extrême-onction pour l'amour de vous, baise les mains et les pieds à Votre Excellence et vous recommande le différend qui le ruine; vous savez combien il est votre serviteur et que nul autre au monde ne vous adore davantage. Vous pourrez faire de lui ce que vous voudrez, et je crois que ce ne sera pas dans bien longtemps. Rien d'autre. La vigile du corps et du sang du Christ. De Rtggio, mdxxui. De Votre Excellentissime Seigneurie, le dévoué serviteur.

(1) Le cardinal hollandais Enckfort.en italien Nioca forte; l'Art lia «n fait Tnncaforte, c est-à-dire Trinque-fort.

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AU MARQUIS DE MANTOUE

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