‹ L'ArétinChapitre 67 sur 89 · EN MANIÈRE DS RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

EN MANIÈRE DS RÉCONCILIATION

La cruauté de l'obstination ne convenait ni à votre rang- ni au sang dont vous êtes; aussi Votre Béatitude s'est-elle révélée à mon égard plus indulgente par sos actes que par les intercessions du doge. Messer'Girolamo de Vu-cnce. évoque de Vaison, votre majordome, ici même, en la maison de la reine de Chypre, sœur de Cornaro, m'a remis en mains.propres leBref,et, cornr.e vous le lui aviez formellement ordonné, il m'a rapporté que vous l'aviez chargé de ,mo dire que, de -simple' chevalier de Rho.îes devenu pape, et de pape, prisonnier, rien de tout cela ne vous avait tant stupéfait que de mè voir, moi, vous déchirer dans mes écrits, surtout lorsque je savais fort bien pourquoi vous n'aviez pas tiré de châtiment de ceux qui avaient essayé de m'assassiner. Saint-Père, dans tout ce que j'ai dit ou écrit, toujours ma langue a été d'accord avec mon cœur, et si je vous ai attaqué dans votre honntmr, .ma fidélité a toujours

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protesté qu'il n'y a fait, en vous adressant des traits satiriques, nulle faute de ma part. Lorsque des gens parvenus, grâce àvous, au sommet des grandeurs, vous ont attaqué à coups de lances, quelle merveille que, moi, j'aie pu vous attaquer à coups de langue ? Je me repens et je rougis de deux choses : je me repens d'avoir blâmé ce pape, dent la gloire m'a toujours été plus chère que ma propre vie, et je rougis de ce que, voulant le Llâmer,je l'aie fait durant la plus grande ardeur de ses infortunes. Mais le Destin qui vous confina dans le caslel Saint Ange n'aurait pas été assez cruel, si, pardessus le marché, il n'avait fait de moi vol. ■ ennemi. A cette heure je remercie Dieu qui a écarté de votre esprit l'àpreté de la rancune, et de ma plume la douceur de la vengeance. Dorénavent je serai pour vous ce bon serviteur que je vous étais jadis, quand ma verve, qui se repaissait de votre louange, s'arma pour vous contre Rome entière, lors de la vacance du trône de Léon. Je ferai en sorte que le sérénissime Gritli, dont la parfaite prudence s'est interposée entre votre patience et ma colère, ait plutôt à me récompenser qu'à me punir. De toute la force de ma volonté, je baise les pieds sacrés de Votre Sainteté avec la même tendresse que je les lui baisais autrefois. De Venise, le 20 de septembre MDXXX.

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