‹ L'argent: comédie en quatre actesChapitre 103 sur 106 · DUCROS, EDOUARD · texte numérisé non relu

DUCROS, EDOUARD

EDOUARD

Vous savez ce qui m*amene?

DUCROS

Je m'en doute.

EDOUARD

Monsieur Leclercq sort de la Chambre.

DUCROS

Vous en venez ?

EDOUARD

Qui.

DUCROS

Ehbien?

EDOUARD

Soyez satisfait.

II est perdu ?

Perdu.

Enfin !

DUCROS

EDOUARD

DUCROS

EDOUARD

Pas une main ne s'est tendue vers lui.

DUCROS

A-t-il parl6 en faveur de sa maison de Dunkerque ?

EDOUARD

On a demande le renvoi de la discussion. Le billet k ordre dont vous parlez dans votre article et qui serait avalise par le Directeur de cette compagnie, vous Tavez ?

DUCROS

Je rai.

EDOUARD

Comment est-il entre vos mains >

Peu importe. Je Tai.

EDOUARD

Vous ne vous 6n servirez pas. Vous n'attaquerez plus Leclercq.

DUCROS

Qui m'en empScherait }

EDOUARD

Songez au scandale, k Juliette, inotre mariage!

DUCROS

Si vous aimez reellement ma fille, vous I'^pouserez malgre tout.

EDOUARD

C'est vrai. Ne parlons done que de Monsieur Leclercq. C'est de lui seul qu'il faut nous occuper... car le temps presse. Soyez g^n^reux. . . ayez pitie de lui.

DUCROS

Ah ! . . . Ah ! . . . voilA du nouveau.

EDOUARD

J*ai voulu tenter une d-marche aupr^s de vous.

DUCROS

Corv6e inutile !

EDOUARD

Ecoutez-moi d'abord. . .

DUCROS

A quoi bon ? Mon si^ge est fait.

EDOUARD

Ecoutez-moi. Je vous assure que Theure est solennelle. Quelque opinion que vous ayez sur Leclercq, il vous faut reconnaitre que c'est un homme dnergique et r6solu. . .

DUCROS

Ce qui signifie...?

EDOUARD

Tout a rheure, en sortant de la Chambre, il m'a dit : « Si cet article paratt demain, je n'ai qu'un parti k prendre. »

DUCROS

Filer en Belgique >

EDOUARD

Me tuer I

DUCROS

Rassurez-vous. II dementira mon article. II m'attaquera dans

ses journaux. II me trainera en correctionnelle. II ne se tuera pas.

EDOUARD

Je vous dis, moi, que si je reviens vers lui sans une promesse de silence de voire part, il se tuera.

DUCROS

Qu'il se tue I

EDOUARD

Songez k ce malheureux qui m'attend pres d'ici et a qui je vais rapporter un arr^t de vie ou de mort.

DUCROS

AUons done ! C'est une derni^re com6die qu'il vous fait jouer aupr^s de moi ; je n'en serai pas dupe. Si je ne Tecrasais pas aujourd'hui, demain il n'en aurait que plus d'arrogance a men endroit. Allons, finissons-en . . . adieu.

EDOUARD

Vous voulez vous venger, n'est-ce pas ?

DUCROS

Oui. . . et j'attends depuis cinq ans cette heure.

EDOUARD

Eh ! bien, M. Leclercq est k bout de ressources. II a des echeances auxquelles il ne pent pas faire face. II court k la fail lite. Que vous faut-il de plus ?

DUCROS

Oh ! . . . C'est un vieux renard qui a plus d'un tour dans son sac II saurait encore se tirer de ce mauvais pas. Sa femme lui viendrait en aide. Elle Tadore. . . Elle me I'a dit avant-hier.

EDOUARD

Vous voulez done qu'il meure >

DUCROS

U ne se tuera pas.

EDOUARD

Avajit une heure peut-etre vous regretterez vos parole?.

DUCROS

C'est ce que nous verrons.

EDOUARD

Une derniere fois...

DUCROS

Une derniere fois cessons cet entretien. J'ai trop ardemment souhait6 ma vengeance pour y renoncer quand je la tiens enfin.

EDOUARD

Ainsi rien ne peut vous toucher, vous flechir ?

DUCROS

J'ai pris une determination sur laquelle je ne reviendrai pas.

EDOUARD

Alors,... adieu...

DUCROS

Adieu...

EDOUARD

Puissiez-vous n'avoir jamais ^ vous repentir de vous etre montre sans pitie.

(// sort,)

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