ACTE DEUXIEME
MADAME REYNARD
Je n'ai pas eu des parehts, moi, qui se sf)nt ruin^s pour ttie donner de I'insti'uction. A treiie ans j'avais qtiitte Tecole et je raccommodais les culottes de mes fr^res. Tu serais bien incapable d*en faire autant.
MATHILDK.
Une centaine de mille francs ne lui auraient-ils pas suffi, a son age? Que feras-tu de cette fortune?
MADAME REYNARD
EUe te reviendra' apr^s ma mort.
MATHILDE
Dans quinze ans, peut-^tre. Merci. Aujourd'hui, je pourrais en profiter. Tu ne saunas pas en user, toi. Crois-tu que nous t'aurions iaiss6e sans un sou, Laurent et moi? Tu as encore une jolie opinion de tes enfants. Et 6'est surtout cela qui me vele. (a ReynaJrd;) Gette dortdtiott qud tu lUi fais n'est qu'un acta de mefianco ehvers nous, (a madame Reynard.) Gar, enfln, tu n'aurais eu qu*i nous demander;i;
madAmb reVnard.
Je ne veux pas mendier.
MAtHILbE,
Qui parle de mendier. Tu avais done bien peur d*6tre reduite i la mis^re. .. comme si tu courais ce I'isque.
REYNARD
II ne me plait pas que ta m6re le coure.
MATHILDE, entre deux tons.
Elle ne le court pas, va, je t*en reponds.
REYNARD
Parce que j'ai pris des precautions.
MATHILDK.
II 6tait inutile d'en prendre. En cas de besoin» elle n'ignore -pas j\ qui elle peiit s'adresser.
MADAME REYNARD, la regardant en face.
A qui?
MATHILDE
Tu le sais mieux que moi.
MADAME REYNARD
A des amis, peut-^tre? II serait violent qu'ayant une fortune...
MATHILDE, a Reynard.
Tu trouves tout naturel que mon mari ait bilch6 pendant six ans, comme un ne^re, et qu'il n'en soit pas recompense? Grdce k lui, la fabrique a prospere, now affaires ont doubl6-, et au moment du partago, ce n'est pas lui qui serait avantage? II aurait moins que ma mere et pas plus que Lautent qui a mange au jeu pr^s de cinquante raiille francs? Non, je ne le souffrirai pas... je ne le souffrirai pas... et Louis saura t'empecher...
REYNARD
Ah Qa, en yoili assez, hein! J'agis k ma fantaisie, et ce n'est ni ton mari, ni toi, ni d'autres qui m'emp^cherez de faire ce que je veux. Puis, epargne-moi tes criailleries. Je ne suis pas en etat de supporter des discussions.