ACTE TROISlftME
Vous iriez calotter cet homme? Vous injurieriez votre femme? Et apres? Ge sont Ik de basses satisfactions. Vous divorceriez ? Le divorce est r^prouv^ par I'Eglise. Vous §tes connu dans la ville. Vous provoqueriez un scandale, dont Monseigneur serait particuli^rement afflige. Enfin, pensez un peu a Laurent, k Mathilde, k moi-m^me. Vous tenez k marier votre fils. Comment le marierez-vous apres un pareil esclandre? Quelle sera la situation de Mathilde dans le monde? Et mes enfants, si j'en ai un jour? Mon cher ami, tout cela merite reflexion.
REYNARD
Non... non... non... II faut'en finir.
ROUX
Promettez-moi du moins de ne rien entreprendre avant deux jours, avant d'avoir bien calculi, bien pes^ la port^e de vos actes. Ah! vous ne pouvez pas me refuser cela, apr^s ce que je viens de faire pour vous.
REYNARD
G*est tout de suite que je veux me venger, tout de suite.
ROUX
Un jour, je ne vous demande qu'un jour, beaup^re. Attendez au moins jusqu'^ demain. La nuit porte conseil. Demain, je vous le jure, vous serez. maitre de vos actions.
REYNARD
Eh bien, tenez, pour vous, mais pour vous seul, je consens a attendre k demain, avant de les chd-
as L'ARGENT
tier tous les deux. Seulement, je ne dincrai pas ici. Si je la voyais, je ne repondrais pas de moi.
Il va a gauche, prendre son chapeau quUl avaitpose sur une chaise,
ROUX
Soit. Vous.avez raison... Sortez. Quand elle rentrera, je lui dirai...
REYNARD, prdtant brusquement Toreille, avec an cri.
Mais elle est Ik.., Je I'entends..
ROUX, s*avancant.
Non.
REYNARD, violent.
AUez-vous en. Elle vient.
ROUX
Beau-p6re...
REYNARD
AUez-vous en... Laissez-moi seul... Je ne veux
pas que vous soyez la.. Je vous dis de vous en al-
ler.. Roux... AUez-vous en.
II pousse ROUX dans sa chambre, deuxi^me plan droite.
SCfeNE VIII
REYNARD, MADAME REYNARD, puis
LAURENT puis MATHILDE, ROUX,
IRMA, puis BOUSQUET.
Reynard reste seul, s*appuie sur la table. Madame Reynard entre par la gauche. Bile est en n^glig^.
MADAME REYNARD
Tiens ! tu es rentre... Mathilde n*est plus Id, ni
AGTE TROISIEME i\9
son mari? Ah! si je m'occupe encore d'eux, il fera chaud... J*ai eu une sc^ne tout k I'heure, et... Ah ^a, qu'as-tu, toi aussi, k me regarder comme Qa?
REYNARD, il lul montre les lettres. — se contenant. Tu connais ces lettres?
MADAME REYNARD
Quelles lettres? (Les regardant.) Non.
RKYNARD.
Ah I tu ne les reconnais pas?
MADAME REYNARD
Je ne les ai jamais vues.
REYNARD
EUes t'appartiennent cependant. G^est ton amant qui les a dcrites.
MADAME REYNARD
Tu es fou. Qui te les a donnees?
RLYNARD.
Ge n'est pas ton affaire. (luI montrant une lettre.) « Ma chere Marie... » et c'est sign6 Albert. Nieras-tu encore, dls, nieras-tu? (D'un^voix etraagl6e.) Sale catin, va-t'en*... Va-t*en retrouvor ton banquier..* Va te fairo entretenir par lui.
MADAME RKYNARD.
Ah ga, tu n*as pas fini de me dire des grossieretes? Si tu perds Tesprit, je n*y peux rien, moi.
REYNARD
Va-t'en done ou je te casse la figure.
MADAME REYNARD
Eflfray6e elle recule. voyant entrer Laurent, elle s*a-
brite derridre lai.
D^fends-moi, Laurent., II veut me battre.
REYNARD, poursuivant sa femme.
Va-t'en.. ou je te tue.
LAURENT, essayant d'arrfiter son p^re.
Papa... Voyons.. Ecoute-moi.
MADAME REYNARD
. Au secours... au secours !
Mathilde et Roux entrent par la drolte.
MATHiLDE.
Quoi? Qu'y a-t-il ?
REYNARD
Sale b^te !
ROUX, se jetant sur Reynard.
Beau-p^re !
MADAME REYNARD
II devient fou... II m'accuse d'avoir tjn amant.
REYNARD, furieux.
Et elle le nie... Vous entendez bien... Elle nie... malgr^ les lettres... malgr^ tout... Hors d'i<5i.
MADAME REYNARD
Mais d6fendez-moi done, vous autres, vous savez bien que c'est faux.
REYNARD
Ahl ne mens pas. C'est inutile.. lis connaissent tes infamies. Tu ne veux pas p^rdr?
AGTE TR0ISIE:ME 421
MATHILDE, t&chant d'emmener sa m^re.
Viens... voyons.
MADAME REYNARD, que la coldre commence agagner. Je suis Chez moi.
REYNARD
Chez toi? Tu n*y resteras pas longtemps. Un bon divorce me d61ivrera de toi, et je te jetterai dehors, comme une fiUe.
MADAME REYNARD, aux autres.
Alors, vous me laissez insulter? (a Laurent.) Tu laiss^s insulter ta m^re f Vous 6tes done tous d' accord ?
Oui, oui, tous, tous, depuis que nous savons ce que tu vaux.
MADAME REYNARD
D*accord? Ge n'est pas possible! Voyons, hein, Mathilde? Roux? Et toi, Laurent? R^pondez done. Parlez.. Vous ne dites rien?
REYNARD
Non. lis ne diront rien. lis ne diront rien. On te chasse. Nous te chassons; nous ne voulons que des gens honn^tes dans notre famille.
MADAME REYNARD, a Laurent.
Mais dis done quelque chose, toi.. Ge n*est pas vrai... Tu ne t'es pas mis contre moi, ni toi, ni vous. Vous ne croyez pas un mot de tout ce qu'il raconte. Vous ne pouvez pas vous ^tre entendus avec lui.
REYNARD
Nous nous d^barrasserons de toi, va. Ah ! je com-
prends pourquoi tu me pressais de tester... pourquoi tu voulais faire d^sheriter tes enfants. G*est ma fortune que tu convoitais pour te goberger avec Tautre. Mais tu n'auras pas un sou, tu entendsbien, pas un sou, c'est toi que je d^sheriterai.
MADAME REYNARD, furieuse.
Ah! tu me desheriteras! Ah! tu ne me laisseras pas un sou. Ah! vous vous ^tes entendus pour vous debarrasser de moi et pour me voler mon argent. Mais vous ne le tenez pas encore. Je plaiderai. Je vous ferai connaitre. Des gens honn^tes! Alf! ah I Tu me reproches d'avoir eu un amant. Eh bien, c'est vrai. (Reynard : canaiUe. ) Mais qui me Ta donn6 ? Toi. (Reynard : oh I — Laurent: Tais-toi. — Roux : vous 6tes fgUe !) G'est toi. II ne fallait pas m'envoyer chez lui demander des faveurs, soUiciter des pr^ts. 11 fallait y aller toi-m^me. Mais tu n'avais pas tant de scrupules, quand tu 6tais sur le bord de la faillite. Si tu n*as pas sautS, c*est grace ^ moi, c'est grdce k lui qui ne faisait pas protester tes billets. Tu m'y expediais tous les jours k sa banque. Tu profitais de mes saletes k I'^poque. (Mathilde : Tais-toi t — Laurent : Maman 1 — Roux : voulez-vous vous taire af la fin.) Ah! VOUS VOUlez me faire taire maintenant pour que je ne vous jette pas vos verites k la figure... Genshonn^tes.. (a Reynard :) Honn^te ? Toi qui empoisonnes tes clients avec tes marchandises, etque Ton trainera un jour devant les tribunaux. (roux: Taisez-vous done, sacrebleu ! — irma attir^e par le bruit est entr6e.) Gens honnetes!.. Voleurs! Vousetes des voleurs!.. Vous m'avez vole mes lettres... Voleurs!.. Voleurs!.. Voleurs ! . . (Tumulte. oris : c'est trop! Allez-vous en. sors. Vat'en. A Reynard:) Ah ! Elle est propre ta famille. Une