‹ L'argent: comédie en quatre actesChapitre 48 sur 106 · ACTE TROISIAmE · texte numérisé non relu

ACTE TROISIAmE

nes... Voiis m*aviez promis d'etre calme,.. (Reynard se dirige vers la porte a gauche. — Houx lui barre le chemin.) Vous n'entrerez pas... Elle ii'est pas li...

Laissez-moi passer. Get homme, qui est-ce? Je veux le savoir! Son nom?

ROUX

Eh! Je vais vous le dire... mais ecoutez-moi... Je vous r^p^te que voire femme n*est pas rentr^e... Asseyez-vous done.

Le nom? Le nom?

ROUX

Je ne vous dirai rien tant que vous ne serez pas assis.

REYNARD, appuy6 sur le canap^.

Qui est-ce, voyons?

ROUX

Quelqu*un que vous connaissez bien... Le banquier.

REYNARD

Ternant?... Ah I le gredin... G*est impossible!... Maisoui, cette signature... Albert, son prenom. Le bandit! VoiR le prix de Targent qu'il me pr^tait... et elle... elle I... Ah!... Donnez-moi ces lettres.

ROUX

Que voulez-vous en faire?

REYNARD

Donnez-les moi, je vousdis. Ah I ils ont cru qu'ils

pourraient me berner sans danger? Eh bien, nous allons rire. Quoi! j'aurais passe vingt.ans de ma vie a amasser une fortune, j'aurais roul6 les plus malins, et Ton se moquerait de moi? Gar on doit se tordre k la Bourse. Au tribunal mes collegues doivent me montrer au doigt... Ah! on m'a pris pour un jobard, pour un grotesque...

G'est justement ce que je ne voulais pas. II n'6tait pas possible que cette intrigue se prolonge^tl Ai-je bien fait de vous prevenir?

REYNARD

Qui. Ges lettres, qui vous les a donnees?

ROUX

Mathilde. Elle les a trouvees par hasard. Nous nous sommes consult^s aussit6t sur...

REYNARD, qui marclie a grands pas dans I'appartement

en bousculant les meubles.

Ganailles!... Ah! si j'avais su... (se retournant.) J*ai re^u des lettres anonymes. . il y a fort longtemps... Jecroyais qu'elles venaient de concurrents furieux de ma chance. Sacr6es femmes! II faut toujours avoir Toeilsur elles.Enfin, que lui manquaitil ici, je vous le demande? Je ne m*occupai^ pas d'elle, moi. Je ne lui ai jamais refuse un sou, vous entendez bien, Roux, jamais. G*est doncle vice qui la poussait?

ROUX

Un peu de sang-froid, beau-pere, ^a'ne vous vaut rien de vous mettre dans cet etat.

AGTE TROISICME 145

REYNARD

Eh! Quejecr^ve... J'aurais dtlcreverr autre jour, avaut d*ap prendre toutes cea salet^s...

Vous perdez Tesprit; en ce inoment vous d^raisonnez. Soyez homme, que diablel et songez un peu k ce qui vous reste k faire.

REYNARD

Ce queje vais faire? G'estbien simple... Divorcer avec elle et courir chez ce Ternant pour lui flanquer la main sur la figure...

ROUX

Du scandale! Du bruit! Vous n'y songez pas... Gela nous ferait leplus grand tort... Les affaires...

REYNARD

Eh! au'diable les affaires!

ROUX

J'aurai du bon sens pour deux, si vous n*en avez plus. Beau-p^re, 6coutez-moi. Je me doutais bien que vous seriez hors d*etat de raisonner, en apprenantque Ton s*6taitjoue d^vous. D'ailleurs, avant m^me de vous pr6venir, j 'avals envisage tons les moyens de sortir de la situation ou j'allais vous Jeter. Si elle n*avait point eu d'issue, peut-^tre ne vous aurais-je rien dit. Vous pouvez, si vous le voulez, et sans que personne en sache rien, regler cette affaire.

REYNARD

Je veux, moi, que Ton connaisse la canaillerie de ces deux gredins. Je veux qu*on les chasse de partout...

fl6 L'ARGENT

ROUX

Vous serez bien- avanc6 quand tout le monde saura que vous §tes un mari malheureux, G'est de vous qu*on rira. Centre votre femme vous avez une bien meilleure vengeance.

REYNARD

Laquelle?

ROUX

Befaitos votre testament. Vous ne tenez plus sans doute a lui laisser la moiti6 de votre fortune.

REYNARD

Ahl bon Dieu! J'aimerais mieux tout laisser aux pauvres.

ROUX; dissimulant malsa joie.

Diminuez son legs. G'est une mesure qui lui sera plus sensible que tousles proems en divorce que vous pourriez lui faire.

REYNARD

Enfin, vous ne me conseillez pas de la garderici, chez moi?

ROUX

Non... non .. pas ici... Ma femme desirait une campagne. Je ne voulais pas la lui acheter. Eh bieil, je vais me r^signer a faire cette d^pense. Ma belle-m^re pourrait y vivre avec Mathi] ie. Vous voyez que je suis pr^t a m'imposer les plus grands sacrifices pour arranger au mieux cette affaire.

REYNARD

Alors, on se serait fichu de moi impun^ment?

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