SCENE III ROUX, REYNARD
REYNARD, apr^s un sUencc.
Savez-vous d'oiije viens ?
AGT£ QUATRI£ME 120
ROUX
Non.
REYNARD
De chez le procareUr.
ROUX
Pas possible.
Je sors de chez lui a Tinstant m^me. II m'a fait appeler ce matin. Miguel a depose une plainte.
ROUX
Voila ce que je craignais !
REYNARD
Naturellement, je suis all6 chez Miguel. 11 est absent, pour deux jours. Le gredin! II a eu peur de me voir I
ROUX
Vous avez lu T article de VInt6grit6 ?
REYNARD
Quel article ?
ROUX, lui tendant le num^ro qui est sur la table.
Tenez... cet entrefilet... 1^...
REYNARD, apr^s I'avolr parcouru, furieux.
Ah !... ils seront plus explicites la semaine prochainc.Nous verrons un peul... G'est Marie qui a fait faire Qa, et son banquier... (Avec un geste de menace.) Gelui-li!... mon avoiie m*a conseille le calme dans mon int6r^t m^me... mais quand le proces sera lini !
ROUX
Enfin,que vous a dit le proeureur?
Oh! U a et6 tr^s aimable. ,. II m'a dit qu'il serait d6sole d'avoir a poursuivre un n^gociant bien pose sur la place de Marseille, juge au tribunal de commerce. Alors, moi, j'ai saisi la balle au bond... Je lui ai dit que sans doute il y avait eu quelque erreur involontaire dans la fabrication des chocolats. Que peut-etre ils avaient He mal cuits.,. Que cela arrivait parfois... ou que le cacao dont on s'etait servi etait avarie... que les employes avaient n6glige de le verifier.. .
ROUX
Bref?
REYNARD
Bref, si on abandonne la plaiute, il classera I'affaire.
ROUX
L'abandonnera-t-on?
REYNARD
Par bleu 1
Vous croyez?
ROUX
REYNARD
G'est ma femmequi Ta faitd^poser, n*est-ce pas?
Sans aucun doute.
REYNARD
Eh bien, elle la fera retirer.
AGTE QUATRIEME 131
ROUX
Vous comptez la-dessus, serieusement?
REYNARD
Qui.
RODX.
Ah Qa, comment pouvez-vous esp^rer un seul instant que ma belle- m^re va renonoer, pour vous ^tre agreable k une vengeance si aisee, si commode, qu'elle tient dans sa main? Vous ^tes fou.
REYNAJEID.
Je voudrais bien voir qu'elle n'y renon(?at pas et qu'elle me fit trainer en correctionnelle.
ROUX
Vous le verrez, malheureusement. Vous ne connaissez done pas votre femme? Vous ne savez pas combien elle est vindicative? J'avais mes raisons pour vous engager k nepas divorcer. Je prevoyais une canaillerie de sa part, si on Texasp^rait. Etesvous plus avance maintenant?
REYNARD
Ne pas divorcer... ne pas divorcer... Quel autre parti prendre? Que fallait-il faire enfin?
ROUX
Eh I... il fallait ne pas provoquer un scandale inutile, et surtout ne pas menacer une femme qui a des armes contre vous. Puis, on ne divorce pas a soixante ans... Bon, quand on a trente ans, cela, et qu*on pent refaire sa vie. Enfin, on ne se lance pas dans un proems interminable quand il y a tant de fa^ons d'arranger les affaires en famille, sans bruit, et sans mettre une ville enti^re au courant
d'un tas de petites vilenies qu*il vaut mieux lui laisser ignorer.
REYNARD
Je le sais mieux que vous, tout cela. Je me le suis dit ces jours derniers... mon avoue me Ta repet6..'. G'est m^me la raison qui a retarde jusqu'a present l*envoi de la citation... Nous nous reverrons k ce sujet, si vous voulez... mais pour Tinstant il S'agit de la plainte qui est entre les mains du procureur. Vous allez voir ma femme. EUe est chez elle?
ROUX
Non. Elle est sortie.
REYNARD
Vous lui direz que j'entends qu'elle fasse retirer cette plainte avant ce soir, sinon elle aura affaire k moi.
Les me-aaces ne reussiront pas.
REYNARD
Vous vous y prendrez comme vous voudrez, mais il faut obtenir qu*on me fiche la paix.
ROUX
J'avais songe k voir votre femme. Je Tattendais ici. (Apres une pause.) Je VOUS avals toujours dit que vous nous fourreriez dans quelque p6trin.
REYNARD
Bon... nous en serons quittes pour ne plus fabriquer de chocolats inferieurs... au moins pendant quelque temps.
On entend ouvrir une porte. — Roux remonte pour voir qui arrive.
AGT£ QUATRIJSME d33
ROUX
Mathilde... sans doute... (il jette un coup d'oeil dans I'antichambre, puis redescend viyement. — A Reynard.) Sortez... Elle... Sortez vitel
Reynard sort par la droite.
SGfiNE IV
ROUX, MADAME REYNARD, puis BOUSQUET.
Madame Reynard entre par le fond. Elle volt Reynard s'en aller,'*mais elle feint de ne pas I'apercevolr et de ne pas remarquer Roux. Elle se dirige yers sa chambre.
ROUX
Belle-maman... (Madame Reynard ne repond pas.) Madame Reynard...
MADAME REYNARD
Quoi?
ROUX
J'ai deux mots k vous dire.
MADAME REYNARD
A moi?
ROUX
Out.
MADAME REYNARD
Je le regrette beaucoup, mais je n'ai pas le temps de VOUS ecouter.
ROUX
G'est une communication importante dont je suis charg6. Asseyez-vous, je vous prie.
MADAME REYNARD
G*est inutile... parlez... mais d6p^chez-vous.
II a paru ce matin un article dans VlnUgrU^.
MADAME REYNARD, comme ^toaxi6e« Ah!
ROUX
Assez anodin d'ailleurB, mais enfin il est to uj ours d6sagreable d'etre pris a partie par les journaux. Vous connaissez cet article?
MADAME REYNARD
Non.
ROUX
Je croyais que vous Taviez lu.
MADAME REYNARD
J'ai autre chose a faire.
ROUX
Et puis... votre... M. Reynard a vule procureur,
qui s'est montre tres aimable pour lui.
silence.
MADAME REYNARD
Eh bien?
ROUX
Vous savez ce que votre mari est alle faire au Palais?
Moi? Non.
ROUX
Enfln, VOUS devez bien vous en douter.
AGTE QUATRIEME 135
MADAME REYNARD
Pas le moins du monde.
ROUX
Voyons, belle-maman, soyez sincere, vous n'ignorez pas qu'une plairite .a ete deposde centre nous, centre la maison.
MADAME RRYNA'RD.
On a depose une plainte?
ROUX
Vous le savez parfaitement, et voussavez aussl qu'elle est de Miguel. II acru nous intimider.Ils*est Lien trompe. L'affalre n'aura pas de suites. M. Barbier en. a donn6 I'assurance k mon beau-pere.
MADAME REYNA/ID
Pourquoi me dites-vous toutcela? Je ne suis plus rien, moi ici. Vos tripotages ne m'interessent pas.
ROUX
Enfin, vous pr6tendez...
MADAME REYNARD, rinterrompant.
Je ne pretends rien. Jc ne m'occupe pas de vous? Je ne vous pose pas de questions ? Laissez-moi done tranquille. Au revoir.
ROUX
Voyons, belle-maman, ne commettons pas des actes irr^parables que plus tard nous regretterions les uns et les autres. Soyons francs et jouons cartes sur table. Votre marl est persuadi^ que c*est vous qui avez paye le directeur de VIntegriU, pour qu'il fit paraltre I'article de ce matin, et que c'est vous encore qui avez pousse Miguel h deposer une plainte.
MADAME REYNARD
Ah! Ah! II reconnatt done que je ne suis pas un zero eh chiffre et qu*il faut compter avec moi. On ne me traite plus avec le mSme d6dain, et Ton voit que j'ai encore un peu d'influence.
ROUX
On ne vous a jamais traitee avec d6dain... On salt que vous pouvez beaucoup... et Ton m'envoie precis6ment vers vous, afin que vous arr^tiez la campagne que Ton prepare sans doute contre la maison.
MADAME REYNARD
Je ne suis pour rien dans cette campagne.
ROUX
Personnellement peut-^tre... mais vous avez de rautorit6 sur ceux qui la font.
MADAME REYNARD
Je ne les connais pas.
ROUX, haussant les ^paules.
G'est Miguel qui nous poursuit, Miguel ami intime de M. Ternant. Le temps est pr^cieux. Ne le perdons pas en discussions inutiles. S'il le faut, on fera des sacrifices. Je m'en porte garant* N'allez pas croire que nous redoutions le resultat de I'enqu^te, deTexpertise mSme qui pourrait etre ordonnee. Nous sommes bien tranquilles sur ce point. Mais des d^bats devant des tribunaux, m^me quand ils etablissent votre innocence, ont toujours un effet deplorable. Vous* voyez que je suis franc. D*autre part, on saura bient6t quelle est la personne quimettant d'acharnement k nous perdre...