‹ L'argent: comédie en quatre actesChapitre 64 sur 106 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

MADAME FOURNIER

Parfait 1 ch^re madame, votre dejeuner, parfalt. Les truites surtout 6taient excellentes.

MADAME ROGER

G'est moi-m^me qui les ai preparees.

MADAME FOURNIER

Vraiment ? II faudra m'indiquer la recetto.

MADAME ROQER.

Bien volontlers.

MADAME FOURNIBR.

Moi, je ne sais pas faire cuire un CBuf. Figure vous que Fautre jour, Fran^oise etant malad j'ai voulu mettre un beefsteack sur le gril, i simple beefsteack... Eh bien, jeTai laiss6 brtilei oui, chere madame... Briller... litteralemeat... c*comme je vous le dis.

FOURNIER, il parle avec Roger en mSme temps que dame Roger parle avoc madame Fournier.

II a du bouquet 1

ROGER

Oui. Je vais en commander une pi^ce. Noixs vions de la bi^re, pour faire des Economies, ^ co'mprenez ? Mais dame ! Je pr^fere Ic. vin. Riej vatut un verre de bourgogne apr^s le r6ti.

in (tot. f:' attt 1' ^' (ileaieiit-

ACTB PREMIER FOUKNIBR.

Ah I All I On est uu peu port6 sur sa bouche 1

ROGEfi.

ph! Je ne dMaigne pas un fin repas.

FOURNIES

Parbleu 1 Je vous approuve...

UABIE, qui dauESit avoc Rcnu.

Assez I En voiH assez I Je u'eu puis plua I

J.K PETITE JEANNE

Ah I Ahl... laisse-moi, Ren6, laisse-moi... Maman I Grand-pSre t

ALPHONSINE, cesBant do jouor el so relournanl.

Ne tourmente pas cette enfant, hein?

LA PETITE JEANNE, courant se jater dans \m bras de

Mamaii I

Madame Roger surt.

ALPHONSINE

Viena, ma minctte, viens... Que te fait-il ce mechant garden?

mardro losmoLlets da Jeanne, qui ne remet h crier. —

■ftM-""* Alions, voyonsl

l.^.vin. H'" iigiio, sois CGDvenable

REN£; debout.

Bion, monsieur mon pere.

MARlBj h madame Fournier.

Madame Fournier, je ne vous ai pas montr6 ie cadeau de papa pour la Noel? Un service de toilette cristal et argent. II est dans ma chambre. Vous viendrez le voir tout k Theure. (a Fournier.) Vous aussi.

ALPHONSINE

Maman m'a donn6 ce bracelet.

REN£,qai fume.

Moi, je me suis offert ce fume-cigarettes.

LA PETITE JEANNE

Et le petit J^sus m*a apport6 cette poupSe.

ROGER

Si tu es bien obSissante, tu en auras une plus grande pour tes^trennes. (L'enievant.) Qui aim^ bien son grand-p6re?

LA PETITE JEANNE

G'est Jeanne.

Roger lui donne un baiser et la repose a terre. MADAME FOURNIER, I'embrassant.

EUe est k croquer, cette gamine.

Madame Roger entre portant un plateau od soni des tasses.

ENSEBIBLE

ALPHONSINE

Comment 1 c*est toi.

AGTE PREMIER MADAME FOURNIER, alUnt h sa rencontre.

Attendez done que je vous aide.

ALPHONSINB.

Et Julie ?

MADAME ROGER

Elle apporte le caf6.

ALPHONSINE

Et Rose ?

MADAME ROGER

Rose? Elle fait la vaisselle.

FOURNIER, a Roger.

Vous ne vous asseyez pas?

UOGERy s'asseyant devant le feu.

Si.

MARIE

Veux-tu ton grand fauteuil?

ROGER

Inutile, ma ch^rie.

MARIE

Approchez-vous du feu, monsieur AndrS.

FOURNIER

Non... merci.

La bonne a apporte le cafe, puis s'est retiree.

MADAME ROGER, a Marie.

Marie,... sers le caf6...

FOURNIER, a Marie.

Vous aiderai-je?

Re»tez a votre place, s'il vous plait.

Elle porto le cafo a Roger, Fournier, etc... Pendant ce temps Alphonsine a ouvert une boite decigares^ qu'elle a presentee a son p6ro et a Fournier. — Ron6 apporte les allumettes. — On estplein d'attentions pour Roger.

ROGER, lespieds au feu.

Ah! On est vraiment bieni (Amadame Roger.) Nous aurait-on surpris, hein I ma bonne Marthe, en nous disant il y a cinq mois seulement, que nous finirions si gaiement Tannee?

MADAME FOURNIER

La Fortune n!e8t pas toujours aveugle. Elle est entree cette fois chez de braves et dignes gens.

ROGER

Eh! Eh! L'hiver dernier, je me gelais dans mon grand diable de bureau, en alignant des chiffres.

FOURNIER

Ge que je redoutais pour vous, c'est Texces de travail. Dix heures a Tusine ; trois ou quatre heures chez vous... c'etait trop. Vous vous pr6pariez une bonne an6mie cSrSbrale.

MADAME FOURNIER

Mon neveu a raison* Vous vous surmeniez.

ROGER

Oui... peut-^tre... Ah ! ces nuits passees k 6tablir des comptabiiitSs!... Mais quoi, 11 me fallait bien faire quelques besognes suppl6mentaires. Les trois cents francs que m'allouait M. Dirshor ne m*auraientpassuffi.

MADAME FOURNIER

Trois cents francs I Pour diriger une usine de

AGTE PREMIER 7

celte importance !... Et apres tous les services que vous lui aviez rendusl

ROGEH.

Ah I dame! a la mort de son pere, j'ai administre seul, la maison. M. Dirsher n'enlendait rien k la fabrication de la biere. II n*avait jamais mis les pieds a Tusine. Si j'avais voulu barboter dans la caisse ^cette Spoque...

MADAME FOURNIER

On salt que vous 6tes un grand honnSte homme... Aussi, bien que vous soyezdevenu riche tout d'un coup, vous u'avez a Nancy aucun envieux... Detous cotes on me felicite sur le prochain mariage de mon neveu.

ROGER, riant.

Oh I prochain... Doucement !

FOURNIER. Getle phrase incidento et la reponso de Roger,

sur un ton plus bas.

Nous en causerons tout ^I'heure, voulez-vous?

ROGER

Oui.

FOURNIER, achevant la phrase de sa tante.

... II suffit qu'on vous ait serrela main une fois, jadis, pour qu*on se^ vante aujourd'hui d'etre de vos amis... Donee eris felix...

ALPHONSINE

Je connais ga. A mon retour de Paris, ily a quatre mois, les anciennes camarades de couvent que je rencontrais dans la rue, feignaient de ne pas me reconnaitre.

Marie, verse la fine-champagne aux hommes.

MADAME FOURNIER

Parce que vous divorcez ?

ALPHONSINE

Pr^cibemecit. xViais depuis qu'on sail papa riche, j'ai regu dix invitations k diner.

ren£.

Des jeunes fiUes du monde me font de Toeil.

MADAME F0URNIP:R.

Vous epouserez une millionnaire, galopin.

ROGER

Je n*y tiens pas. Nous savons comment ils finissent, les beaux manages. Tenez, j*aurais pu en faire un, moi qui vous parie. J'ai pr6f6r6 epouser une femme sans le sou et qui me plaisait. Nous avons eu de Men durs moments, sans doute, mais bahl on etait heureux tout de mSme... Ons*aimait.

FOURNIER

Vous avez milie fois raison, monsieur Roger : vivent les mariages d*amour.

Marie et lui se regardent en souriant.

RO^ER

Si mon fiis veut m'^tre agr^able, il Spousera quelque brave enfant, k laquelie ii ne demandera que d^^lre jeune et pieine de sant^... mademoiselle Gaubert, par exemple.

REN£, avec une moue.

Ah! la fille de ton ami Gaubert... Mais je ne la connais pas... Elle habite Saint-Etienne.

ROGER

Je deciderai Gaubert a venir habiter Nancy. Je lui trouverai une bonne place.

AGTE PREMIER 9

ren£.

Dr61e dldee !

ROGER

Demande k ta mdre quels services il nous a rendus; plus d'une fois j*ai puisS dans sa bourse. (Pause.) Et puis, Lucie est cbarmante... C*est una blonde avec des yeux bleus.

ren£.

Je prefere les brunes aux yeux noirs.

MADA.ME FOURNIER, avec an signe d* intelligence k

madame Roger et a Ren^.

Parfait... J'ai la demoiselle rSvee... Isabelle de Viarny.

ROGER

Eh bien, voila une bru dont je ne voudrais pas^ par exeinpie)

MADAME ROGER

Pourquoi, mon ami ?

ROGER, debout. II fume un cigare.

Quoi I Gette jeune personne qu'on voit lous les matins a la messe avec son sacristain de pere» et qui, Tapres-midi, fait de la bicyclette, du canotage et de I'escrime li.. Merci bien. (silence embarrass^. —

Roger tourne le dos aux autres personnages, qui se regar* dent constern^s. — Roger> qui est au fond pr^s de la biblioth&que, se retourne brusquemcnt.) Au fait, je ne VOUS

ai pas racont6 co qui m*est arriv6 cette nuit?

TOUS

Non. Quoi done?

ROGER, redescendant.

Voici. J'avais pris un livre dans la bibliotb^que du cousin : VEsprit dee lois, Je lisais.

La nuit? Malgre ma defense?

ROGEH.

Bah! Je peux faire la grasse matinee, maintenant. Je ne me leve jamais avant. huit heures. Doi^c, j'elais en train de lire, quand j*ai trouve au beau milieu du volume, devinez quoi? Un billet de mille francs.

ren£.

Ah I p^re... vite, la clef de la bibliotheque.

MADAME FOURNIER

Qui Tavait mis Ikf

ROGER

Mon cousin, d n'en pas douter. G*etait un origirfai. Nous avons trouve chez lui de Targent dans tous les coins.

MADAME ROGER

Derriere les meubles, sous I'armoire.

ALPHaNSINE.

II y avait m^me des obligations dans sa paillasse.

MADAME FOURNIER

Etrange individu, decid6ment.

Marie est dans le fond avec Fournier.

MADAME ROGER

Un peu timbr6, je crois. II vivait comme un ours, seul, dans sa maison, avec mademoiselle Manon... sa maitresse.

Et' dur, avec cela 1

AGTE PREMIER H

AliPHONSINE.

Et avare I Parions qu'il s'etait brouille avec loi pour n'avoir pas 'X te prater de Pargent.

ROGER

Allons! AUonst II est mort!

Deux heures sonnent.

ALPHONSINE, debout.

Deux heures dej^! (a Marie.) Et nous devons §tre chez la couturidre a la deniie. Je cours m*habiller.

MADAME FOURNIER

Je sortirai avec vous.

Alphonsine sort> suivie par la petite Jeanne. FOURNIER.

Je ne tarderai pas a partir, moi aussi... Quelques malades S visiter.

MARIE

Oh! d'abord, venez voir le cadeau de p^re.

FOURNIER

Je vous suis. (a Roger.) M'accorderez-vous cinq minutes, tout dTheure?

ROGER

Dlx, si vous voulez...D'ailIeurs, j'ai moi-ra^me h vous entretenir.

Fournier et Marie' sortont.

ii LE BIGN D'AUTRUI

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