ACTE PREMIER
nard n'a jamais ouvert devant vous le coffre-fort oil il renferrne ses obli^^utions ?
MADAME REYNARD
Je n'ai pas regard^ ce qu'il y a dedans.
LAURENT, riant.
Tu nous permets d'en douter, hein?
ROUX
II a trois mille francs de rentes siir I'Etat, soit un capital de cent mille francs... plus cinquante mille francs en actions de chemins de fer du Nord.
MADAME REYNARD, rectiflant.
Quarante mille francs de chemins de fer.
ROUX
Quarante mille. Soixante mille francs de Turc ; autant de la Gompagnie des Docks, et trente mille francs environ des Transports Rounis... Nous sommes a douze cent quatre-vingt-dix mille francs. II faut ajouter a cette somme une soixantaine de mille francs de cr^ances diverses et de billets en circulation, ce qui nous constitue une fortune totalede treize k quatorze cent mille francs.
MADAME REYNARD, a Laurent.
Tu vols ?
ROUX
A partager en trois.
MATHILDE
En deux... Laurent et nous.
ROUX
Et ta m§re ? Soit quatre cent cinquante mille L'ancs pour chacun. Ge n'est pas le Perou.-
M4THILDE.
Maman n*a pas besoin de quatre eent cinquante mille francs.
MADAME} REYNARD
Et pourquoi ?
Que ferais-tu de tout cet argent ?
MADAME REYNARD
Ga me regarde. Et au surplus, je ne vols pas oe qui empdcherait mon mari de me laisser toute sa fortune a sa mort.
Tu n'y as pas droit. Tu n*as pas meme droit au tiers.
ROUX
Ah bieni non, belle-maman... vous n*^tes pas raisonnable. Si quelqu'un doit 6tre avantag^, c'est moi. .
MADAME REYNARD
A cause? Vous travaillez pour la maison? J'ai travaille moi aussi.
MATHILDE
Oh! moins que liion mari.
Personne ne doit dtre avantage. A la mort de papa...
Reynard entre par le fond.
AGTE PREMIER ' H
SCfiNE III Les MfiMEs, plus REYNARD.
MATHILDE, apercevant Reynard.
Ah I Yoiik papa.
Reynard descend en sc6ne. Grand, fort, sanguln. D'allures decidees. II parait joyeux. Tout le monde Tentoure. On lui enleve son cliapeau, son pardessus. chacun est plein de prevenances pour lui*
Eh bien, tu vas mieux?
MATHILDE
§< Louis vient de nous faire connattre la r^ponse
so I *
p§idu docteur.
II parait que tu es gu6ri.
MADAME REYNARD
Et tu te faisais du mauvais sang.
REYNARD
Oui, oui. Je vais bien. J'ai pris Arnaud k part, et je lui ai dit : « Je suis un homme. Parlez-moi franchement. Que pensez-vous de mon 6tat? » II m'a r^pondu : « Vous ne vous Stes jamais mieux port6. » Parbleul G'est bien mon avis.
TOUS, sauf Roux, rassur^s par le ton de Reynard.
Ah!
MADAME REYNARD
Mais gare aux imprudences.
MATHILDE
Et a la fatigue.
Je me soignerai. G*est entendu. (Tirant un papier de sa poche.) Arnaud m*a ordonn6 (juelques rem^des. (a sa femme.) Marie, envoie done chercher ces drogues.
MADAME REYNARD
.Fexpedie tout de suite Julienne chez le pharmacien.
ELle sort par le fond, en emportant Tordonnance.
REYNARD
Ternant, que j'ai rencontre, a paru surpris de ma bonne mine, et Bonnier ne s'attendait gu^re k ma visite. Je lui ai dit que je reprendrai d6s demain mes fonctions au tribunal de commerce.
Tu vas te remettre a la besogne?
REYNARD
Diantre, oui.
ROUX
Ge n*est pas raisonnable.
REYNARD
Je ne peux pas rester indefiniment les bras
croises. (a Laurent, qui a allum6 une cigarette.) Va fumer plus loin, toi. Depuig le debut de cette sacree maladie, I'odeur du tabac me donne envie