SCENE IV REYNARD, ROUX, puis MADAME REYNARD
REYNARD
Vous devez voir Barbot, dites-vous?
ROUX
Oui. Les creanciers font vendre la raffinerie de Maurel. Une raffinerie nous serait utile.
REYNARD
Celle-1^ vient de faire faillite.
ROUX
Nous I'aurons pour un morceau de pain...
REYNARD, s'emportant brusquement.
Non... nori... mille fois non. D'abord nous ne oonsommons pas d'enormes quantites de suore.
ROUX
Soil! Mais quel trompe-roeil pour nos clients! Personne ne songerait alors a faire analyser nos produits. Nous ne serious plus menaces de proems desagreables, comme celui de la Nouvelle Epicerie de Paris.
REYNARD
Nous Tavons transige. Et m^me j'ai eu tort de vous 6couter.
ROUX
Vraiment? Eh Men, si nous avions plaid^, nous aurions 6t6 ras6s. Votre femme a appris hier, par Ternant, le banquier, ami intime du procureur, qu'au moment du proc6s, le directeur de la Nouvelle Epicerie avait depose contre nous une plainte en falsification de produits alimentaires.
REYNARD
Ah ! la canaille !
Vous voyez done qu*une raffinerie...
AGTE PREMIER 45
"REYNARD, imperieux.
Non... non... Ne parlon§plus de votre raffinerie. G'est une question enterr^e.
ROUX, bonhomme, lui frappant sur I'epaule.
La... la„. pe vous fachez pas. Si je vous donne un conseil, c'est dans I'interet de la maison et de notre bourse. J'ai besoin d*argent.
REYNARD
Vous?
ROUX
Sans doute. Je ne mets pas un sou de c6t6. Votre j511e mange tout. Je ne devrais pas ^tre oblige de vous le rappeler. Je pense cependant que le moment venu, vous m'en tiendrez compte, n'est-ce pas?
REYNARD
Pourquoi laissez-vous faire Mathilde?
ROUX
Elle n'^coute pas mes remontrances. A la rigueur, je supporterais tous ses ddfauts. En manage, il faut ^tre patient.. . mais je voudrais qu'elle fat un peu plus ^conome. Elle me d^pense gaillardement ses quinze hiille francs chaque ann6e. Elle porte des robes de huit cents francs et des chapeaux de quatre-vingts,
Ah t la sacr6e coquette I Si on m'avait dit, il y a vingt-huit ans, quandmafemme a accouche d*elle, dans notre arriere-boutique, que cette petite porte-
rait un jour des chapeaux de quatre-vingts francs, j'aurais bien ri.
ROUX
Je ne ris pas, moi. En la mariant, vous lui avez donne cent mille francs... Gent mille francs, dont il faudra d'ailleurs que je tienne compte d Laurent... plus tard... le plus tard possible... car vous vivrez aussi longtemps que les corneilles, vous... A moins que... a moins que... vous ne me dispensiez de ce rapport a la succession...
REYNARD
Nous n'en sommospas encore la!
ROUX
Sans doute... Mais quand nous y arr-iverons Mathilde aura manore plus de deux fois sa dot, et il ne serait pas juste que je doive renibourser a Laurent...
REYNARD
Nous verrons. D*ailleurs, si la petite ne pense qu'a la toilette, aux bagatelles, a qui la faute ? A vous.
ROUX
A moi ?
Gertainement. EUe est oisive, inoccup^e, Faiteslui uri enfant. Qu'attendez-vous? II y a six ans que vous avez 6pous6 ma fiUe. Nous n'avons pas tant tarde Marie et moi. Un an apres notre mariage, elle me donnait Mathilde.
AGTE PREMIER 47
ROUX
Trop coilteux les enfants 1 J'en aurai quand je serai raillionnaire.
REYNARD
Je souhaite alors que vous le soyez vite, s'il me faut attendre jusque-la pour devenir grand-p6re.
ROUX, insinuant.
Dame I je voudrais I'etre demain. J*y travaille. Ah I je travaille, vous ne le nlerez pas. Je suis acLif et debrouillard. Depuis que je vous seconde, en six ans, nos ventes ont presque double. L'usine, vous le savez, me doit sa prosp^rite. G'est moi qui ai eu Tidee de creer, pour le jour de Tan, nos articles de luxe et de fantaisie..., ou nous ecoulona tout notre vieux stock en magasin... J*ai d*autres id6es encore... mais il me faudrait des capitaux... Ah I si Ton m'aidait... sij'h^ritais... Si quelqu*un s'interessait a moi et melaissait un jour une forte somme... au lieu de la donner ^des gens qui la gaspilleraient... jecrois que je saurais la faire friictifier... mais qui me laissera cette somme ?
REYNARD, vivement.
Vous devez descendre au bureau conferer avec
Barbot?
Madame Reynard entre par le fond.
ROUX, tirant sa montre.
J*y descends merae tout de suite.
MADAME REYNARD
Voil^, Julienne est chez le pharmacien.
REYNARD, achevant sa phrase.
Envoyez chercher Bousquet a Tusine, dites-lui- de
monter ici. J'ai quelques explications k lui demander sur le dernier envoi de Buenos-Ayres.
ROUX, 86 retirant.
Avec Barbot rien a fairs?
REYNARD
Non, non. Laissez-lui vendre saraffinerie.
Roax sort par le fond.