‹ L'argent: comédie en quatre actesChapitre 10 sur 106 · SC«NE V REYNARD, MADAME REYNARD · texte numérisé non relu

SC«NE V REYNARD, MADAME REYNARD

MADAME REYNARDT.

A propos de Buenos-Ayres, M. Ternant m'a dit avant-hier, qu'on n'a pas ete satisfait dela derni^re expedition.

REYNARD

De quoi se mSle-t-il, Ternant ?

MADAME REYNARD, protestant.

Oh I c*est lui, qui nous a recommandes k son ami Miguel, correspondant des maisons la-bas. Ah! j*ai aussi rencontre avant-hier, chez Ternant, une cousine de M. Marius Roberti, le directeur de Vlnt^griU, II voudrait que tu lui donnes des annonces.

REYNARD

Des annonces ? A ce sale journal, qui vit de scandales? Jamais. Et puis,il ne parait qu'unefois par semaine.

ACTS FBEMIER 4-.I

MADA.ME HEYNABD.

Ma commission est faite, je m'en lave les mains, (s'approchant de luj.) Maistuas bonne mine, sais-tu. Le grand air fa fait du bien. Nous devrions cette apr^s-midi, aller tous les deux, nous promener eti voiture, sur la plage, comme des amoureux.

REYNARD

Non, ma bonne, non. 11 me faut travaillereL rattraper le temps perdu pendant ma maladie-

UADAMB REYNAnD.

Le temps per-du f Maia pour qui t'esquintes-tu le temperament? Pour tes enfants ? Si tucrois qu'ils nous en sauront gr6, apr^s notre mortl Imitemoi, Je ne rechignais pas devant la besogne, tu le Baia. A I'ipicerie, j'^tais lev^e avant cinq heures du matin, et je lavais le plancher. Quand les clients arrivaient, 4 sept heures, le magasin etait propre comme un sou. Mais, puisque Dieu a b6ni notre travail et nous a faits riches, j'entends proflter de notre richesse, dormir tout mon saofll, manger de bons morceaux, enfln me reposer la. Repose-toi, toi aussi. Tu n'es plus jeune. Tu aerals bien avanc6 si tu mourais k la peine... et je serais dans de beaux draps, moi I

aEYNABD-

Toi ?

MADAUE REYNARD.'

Darnel Si tu crois que je rtrais en te perdant, aprds trento ans de mariage. Je viendrais k mourir, serais-tti bien gai ? Et puis, la vie ohangerait ici. Les enfants gouverneraient. Us auraient tout, I'argent, la maison...

RKYNARD.

Rien ne te manquerait.

MADAMES REYNARD,, avec intention.

G*est evident... mais qa ne serait pas la m^rae chose... Us auraient I'air de me fuire Taumdne. II leur serablerait que la fortune leur appartient. lis ne savent pas que j'ai travaille, autant que toi, pour la gagner.

REYNARD

Mais si... ils le savent.

MADAME REYNARD, m^me JCU.

Non. Ilsne m'ontpas vuetrimer! Te rappelles-tu nos premieres annees de manage? Je faisais toutes les courses embStantes, eta Tepoque des echeances, c'est moi qui allais demander le renouvellement des billets.

Solliciter n*a jamais 6t^ mon fort.

MADAME REYNARD

Je me souviens des premiers billets que tu avals souscrits 'X Ternant/notre banquier, pour I'argent qu'il nous avait prete afin de nous etablir. Nousne pouyions les payer. J'etais obligee d'aller a sa banque, et de le supplier denousaccorder denoiiveaux delais. A.h! les fichus moments! J'en ai la chair de poule quand j*y pense. Sans moi, tu etais dans le lac. Va, il y a bien la moitie do ta fortune qui m'appartient.

REYNARD, plaisantant.

La veux-tu tout de suite?

MADAME REYNARD

Non... non... le plus tard possible.

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