ACTE PREMIER
CATHERINE
Je me souviens.
Il s'agissait, et il s'agit toujours de fonder une banque catholique, un centre d'affaires très compact, très riche, vis-à-vis de l'autre centre, le centre juif, très ordonné, très riche aussi, en deux mots il s'agit d'opposer l'argent catholique à l'argent juif... Je glissai sur le côté affaires, parce que tu t'y serais embrouillée ; mais l'idée n'étant pas d'un imbécile, j'ose l'affirmer, tn compris, malgré ton inexpérience, la valeur de ce que je racontais, la fortune qu'on pouvait amasser dans tout cela. C'était d'ailleurs presque visible ! et pratiquant la Bourse, les hommes qui la hantent, et ceux qui la dominent après l'avoir patiemment englobée, nos amis, les Davannes, par la suite, eurent tôt fait de le voir ainsi que toi.
GUILLAUME
En un clin d'œil.
LAFONTAS.
Rien n'est bête comme une idée, quand on la retourne, et cette idée dégrouper des intérêts assez faibles, mais nombreux, face à d'autres intérêts, puissants, mais moins nombreux, n'est pas plus maligne que beaucoup d'idées. Toutefois, si on y réfléchit, on s'aperçoit que d'aucuns n'ont pas eu cette idée, exactement cette idée, avant vous, puis, que c'est juste parce que l'idée voisine de la vôtre n'était pas exactement la vôtre qu'elle n'a point réussi. H y a des risques à courir! chaque tentative en comporte ! mais, semez de la graine de niais, dit le proverbe, il poussera des actionnaires. Et n'oubliez pas, mes amis, que dans un tripotage.
26 l'argknt d autrui
môme lorsqu'il tourne mal, il y a possibilité de s'enrichir. Tout serait donc délicieux, et le monde superlatif, si nous avions un nom, la forte somme ; malheureusement, nous ne tenons ni Tun ni l'autre. C'est à les obtenir que doivent tendre nos efforts. Catherine, tu peux nous y aider.
CATHERINE
Moi?
LAPONTAS.
Oui.
CATHERINE
De quelle manière ?
LAPONTAS, embarrassé.
En acceptant une combinaison qui, de plein saut, va te paraître bizarre, inacceptable.
CATHERINE
Ne m'effraie pas.
LAPONTAS.
Dieu sait que je ne voudrais t'occasionner aucun chagrin!
CATHERINE
Parle, dépêche- toi.
GUILLAUME
Nous avons besoin de notre liberté d'allure, madame.
EDOUARD
D'une liberté complète.
CATHERINE, émue, agacée.
J'ai beau me torturer l'esprit, je ne découvre point. Voyons! voyons! qu'est-ce qu'il y a? Vite!