‹ L'argent d'autrui: comédie en cinq actesChapitre 21 sur 98 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Les Mêmes, GUILLAUME, EDOUARD, KATE, MATAGRIN.

GUILLAUME

Entrez, miss Kate .

KATE, encapuchonnée ; la tournure, Taceent américains.

Aoh ! bonsoir, monsieur Lafontas. (A Catherine . ) Bonsoir^ madame.

LAFONTAS.

Otez votre manteau.

Matagrin lui enlève son manteau, et elle apparaît toute jeune, blonde, et adoiablement jolie, en un costume d'un goût douteux.

CATHERINE

Oui, c'est vrai! elle est jolie, très jolie.

Elle continue de pleurer.

KATE

Pourquoi vous pleurez, madame ?

CATHERINE

Un enfantillage.

KATE

Il ne faut pas avoir peur de moi, madame; je suis pas mauvaise... Je veux seulement gagner de l'argent, beaucoup d'argent. Donnez-moi la main.

(Catherine lui tend la main.) Je SUIS contente de cela,

très contente.

GUILLAUME, bas, à Edouard.

Jusqu'à son accent qui nous servira !

EDOUARD

Oui, c'est un charme. (A.Kate.) Avez-vous^ soil? Voulez-vous boire quelque chose ?

KATE

Petit verre de cognac.

LAFONTAS.

Et vous avez bien réfléchi, n'est-ce pas, mademoiselle, à tout ce cjue nous désirons de vous?

ACTB PREMIER 35

KATE

Réfléchi, oui, et accepté. (Riant). Ce sera vous mon mari ?

LAPONTAS.

Moi-même.

KATS, riant toujours.

AohI parfait ! je suis contente.

Elle boit son cog^nac, gentiment.

Depuis combien de jours connaissez-vous monsieur ?

KATE

Deux jours.

CATHERINE

Et comment vous étes-vous décidée à venir à Paris, Mademoiselle ?

KATE

Simplement. Je connaissais Paris, de réputation. Alors, à New- York, où j'ai un frère, comme ce frère il me prenait tout mon argent, Targent qu'on me cédait, et que j'aime l'argent, très fort, je vous l'ai dit, je suis partie, loin.

EDOUARD

De parent, vous n'avez que ce frère, je crois ?

KATE

Mon père est mort, il était un ivrogne, et ma mère s'est toujours moquée de moi, ne m'a jamais prise au sérieux. Je déteste cela.

36 l'argent d'awtrui

MATAGRIN, chauve, ravagé.

Elle est épatante!

EDOUARD

Vous savez lire, écrire?

KATE

Et compter, oh! oui, très bien.

LAFONTAS.

Vous avez une bonne mémoire?

KATE

Supérieure. A propos de quoi, vous demandez la mémoire?

LAFONTAS.

Parce qu'il sera nécessaire d'imaginer un conte, un tas de mensonges, afin de répondre aux interrogations, ici et là.

KATE, une flamme dans l'œil.

J'ai de la mémoire.

CATHERINE

Là-bas, en Amérique, personne n'est demeuré, qui vous aime, que vous aimiez?

KATE

Personne, pas même le petit chat.

CATHERINE

Et vous n'avez jamais aimé?

KATE, sourianle.

Toujours, je me suis aimée trop pour aimer d'autres choses.

AGTB PREMIER 37

GUILLAUME; à LafonUs.

Elle parait bâtie à chaux et à sable, hein? Elle doit avoir de belles épaules.

EDOUARD

Ça, de la dernière importance!

KATE, iiërement.

Aoh! je peux montrer I

LAFONTAS, plaisamment.

Non, miss Kate... au bal, cet hiver. Nous avons confiance. (Grave.) Pour le moment, il importe de tranquilliser madame, qui est mon amie la meilleure. Elle me soupçonne et vous craint.

KATE

Poor little thing !

LAPONTAS.

Affirmez-lui donc, je vous prie, à voire tour, qu'il ne saurait être question de balivernes entre nous, que vous ne le désirez pas, n'y comptez pas, et que nous aurons vingt autres lièvres à courir.

Monsieur Davannes, monsieur Lafontas et moi, dans l'intérêt général, nous avons fait le serment d'être des blocs de glace.

CATHERINE

Oh ! les serments I

KATE

En France, je ne dis pas ; mais chez nous, quand

il s'agit d'affaires, d'affaires intéressantes, (Malicieusement,) tant qu'elles ont pas réussi, on n'est ni homme, ni femme.

GUILLAUME

Or, dès la réussite, comme lous tirerons chacun de notre côté...

Un court silence.

EDOUARD

Eh bien, voici la présentation terminée. Quelqu'un réclame la parole?... Non ?... Alors, salut, je vais me coucher. Viens-tu Guillaume?

Et Pierre ?

EDOUARD

On nous le renverra.

KATE) à Calherine.

Bonsoir, madame. Une poignée de main?

Catherine lui donne la main, sans chaleur.

CATHERINE

Adieu.

KATE

Bonsoir, monsieur Lafontas, (Sonriani,) mon cher

fiancé.

Kate et les Davannes sortent, accompagnés jusqu'au fond de .a boutique par Catherine et Latoutas ; la scène res'e vide, une minute; puis, Catherine reparait la première, s'assied, et recommence d« pleurer, doucement d'abord, ensuite avec des sanglots.

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