ACTE DEUXIÈME o
gante statue 1 (il la contemple un instant.) Une bouche exquise !
U essaie de Tembrasser.
KATE, le repoussant.
Ce dont je suis le plus orgueilleuse, c'est de mon petit pied. Regardez mon petit pied.
Elle rallonge hors du hamac.
LAPONTAS.
Il tiendrait dans le creux de mes mains. (Se penchant.) Parions... dans le creux de mes mains.
KATE
Dans le creux ?... Vous êtes sûr ?
Lafontas le lui démontre.
LAPONTAS.
La preuve.
KATE, frissonnant et sortant du hamac.
Vous me chatouillez! Je suis très chatouilleuse.
LAPONTAS.
Ah ! Kate I mon amie Kate I
Il la rejoint.
KATE
Quoi?.
LAPONTAS.
Quel malheur que je ne vous aie point rencontrée plus tôt!
KATE
C'est drôle 1 je croyais que vous aviez pas fait attention è^ mgi.
LAPONTAS.
J'ai encore rêvé de vous, la nuit dernière.
KATE
Qu'est-ce que vous avez rêvé?
LAPONTAS.
Mais, Kate, ce qu'un homme peut rêver, quand il a beaucoup pensé à une jolie femme.
KATE, tout en saisissant très bien.
Je saisis pas cela. Je saisis qu'une seule chose.
Laquelle?
KATE
C'est que, les Français ils sont un peuple extraordinaire, et que si madame Catherine était là, elle serait pas contente.
LAPONTAS, avec dépit.
Oh! Catherine, Catherine...
KATE
Voyons I mon cher Henri, venez vous asseoir, (Désignant un siège loin d'elle,) sur cette chaise, et causons, puisque monsieur Tamisey doit bientôt arriver.
LAPONTAS, vexé.
Soit!
Il s'assied.
KATE
Et n'oubliez pas que je suis pour vous une sim^ pie camarade. C'est juréi
AGTK DRUXIÈMK 57
Juré, oui, parbleu ! juré...
II rapproche sa chaise.
KATE
Ne rapprochez pas votre chaise Parlons de monsieur Tamisey.
LAFONTAS, en une sorte de dépit furieux.
Eh bien ! voilà : essayez d'en finir... cette nuit même. Qu'il perde la tôtei... J'ignore ce qu'espèrent les autres, s'ils sont aussi pleins que moi d'angoisses, d'ennuis, d'une foule de sentiments ineptes, mais je n'en peux plus, je ne me reconnais plus... (Un court silence.) Tenez! je vous laisse libre. Voyez! agissez! je ne me sens pas assez fort, je suis niais à plaisir, et il y a des jours où ma propre bêtise m'écœure.
KATE
Permettez que je vous donne un conseil, Henri. Ces jours-là, si vous avez des sujets difficiles à traiter, eh bien! que ce soit Monsieur Guillaume qui les traite. Il est moins intelligent, mais plus froid.
LAFONTAS.
Attrape, Lafontas.
Un court silence.
KATE, souriante.
Vous excusez le conseil ?
LAFONTAS.
Hum!
Je regrette, mon cher Henri. (Baissant les yeux.) Car
58 l'argent D'AUTRUl
il n'y aurait pas madame Catherine, vos décisions, et notre affaire, la grande affaire avec monsieur Tamisey... (Un court silence.) J'entends une voiture.
LAFONTAS.
Voulez-vous m'embrasser, Kate ?
KATE
Tout de môme.
LAFONTAS* Tembrassant sur les cheveux, sur les joues, passionnément.
Je l'adore.
KATE
Mais vous allez me chiffonner! Vous me chiffonnez!
LAFONTAS.
Qu'importe!
Bruit dune voiture qui s*arrôte contre la grille.
Sauvez- VOUS dans le kiosque. C'est la voiture.
Lafontas se sauve, disparaît dans le kiosque ; on sonne à la
poile du jardin ; arrive une femme de chambre.