‹ L'argent d'autrui: comédie en cinq actesChapitre 5 sur 98 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, LAFONTAS.

il est joli garçon, élégant, et porte une touffe de fleurs.

LAFONTAS.

Bonsoir, Abel. (Offrant ses fleurs à Catherine.) Peuton VOUS offrir cette bêtise, pour le milieu de la table?

Je crois bien. Des roses, des œillets, de Théliotrope ! Il est charmant, votre bouquet; il embaume. (Tendant la main à Lafontas.) Merci. (Elle arrache une fleur au bouquet.) Vous permettez que je vous décore?

AGTB PREMIER

LAPONTAS.

Parbleu ! (Pendant que Calhsrine orne s a boutonnière. ) Je ne suis pas venu trop tôt ? Je ne dérange personne?

CATHERINE

Loin de déranger, vous alie>: nous tenir compagnie, et me rendre un service môme. Je bavardais avec Abel, au moment où vous êtes entré, et il me demandait pourquoi j'ai invité les messieurs Davannes.

ABEL, gêné.

Voyons, maman.. .

Et vous lui avez répondu ?

CATHERINE

Que vous et vos amis désiriez me faire gagner de largent .

Elle se met à grouper les fleurs dans un vase.

LAPONTAS.

C'est exact. J'ai une idée superbe, qui, tôt ou tard, emplira nos poches, je le crois. Vous apprendt-on un peu d'histoire, Abel, chez les frères ?

ABEL

Oui, un peu.

LAPONTAS.

Je vais vous interroger alors, et vous fournir des explications sans lesquelles vous ne sauriez percer le nuage qui vous entoure. (Souriant.) Approchez. (Abel s'approche.) Avez-vous entendu parler d'un b^ni^uier Qon^t^é Lavyr ?

ABEL

Originaire de l'Ecosse, il vivait à Paris, au temps de la Régence, 1718.

LAPONTAS.

Bravo I Quand le roi Louis XV balbutiait à peine, n'est-ce pas ? Et ce Law était plein de projets énormes, stupéfiants, capables d'enrichir tous les banquiers, tous les boursicotiers de la terre.

ABEL

Pardon! monsieur; mais dans l'histoire que nous apprenons, il m'avait semblé que Lav^ était un voleur.

LAPONTAS.

Fi I (Souriant de nouveau.) Votre histoire est arriérée, mon cher Abel. A bas les histoires! Les unes racontent blanc, les autres jaune ; à qui entendre? Law fut au contraire un grand homme, un très grand homme en sa partie, et bien que mort pauvre, son époque est inexcusable ! il avait une telle envergure, que les meilleurs financiers, depuis, ont taillé leurs systèmes sur le patron du sien. Beaucoup se sont brisés les jambes; plusieurs construisirent des palais; mais Law demeure seul initiateur, triomphant, légendaire. Est-ce que je vous intéresse ?

Oui, Monsieur.

ABEL

A mon humble avis, Law est donc une sorte de Napoléon, le Napoléon de l'agio, intact, malgré ses défaites. Cela fit que j'entrai dans les bureaux d*iin

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