ACTE PR'«:MIER
agent de change, presque au sortir du collège. J'avais le goût de mon métier, du flair, du cœur à la besogne ; j'acquis de Texpérience ; mais... Toccasion, la volage, Tinepte occasion, celle dont j'aurais eu besoin pour devenir un Masséna ou un Davout, ne se présenta pas une fois, pas une ! 11 y a deux ansje n'étais encore qu'un modeste employé comme jadis, à mon point de départ. Je fus obligé de le constater, un dimanche, et je me sentis très las, sombre, avec un poids terrible sur les épaules. Plus de famille! De ridicules appointements! Une chambre misérable! Un maigre feu de coke! De la neige, au dehors! Et j'étais jeune, ambitieux! Et j'avais le mépris des foules!... Que résoudre ? Je faillis me couper la gorge.
CATHERINE, très émue.
Oh!
LAPONTAS.
A force de ressasser d'identiques tracas cependant, d'énerver mes rancunes, de soupirer, de me comparer à Pierre, h Paul, j'en arrivai à me dire que, somme toute, j'étais peut-ôlre susceptible de m'édifier un palais, à mon tour, si par hasard, au fronton de ma destinée, certains... hiéroglyphes se trouvaient écrits. Et une idée, — l'idée dont je vous entretenais à la minute,— commença de germer en moi, laborieusement. Elle grandit, mûrit, grossit, passons. L'été venu, j'avais un plan d'affaire, de véritable affaire, prête à jouer des coudes.
CATHERINE, plaçant son bouquet au milieu de la tab'e.
Là, regardez mon bouquet. Est-il joli ?
LAPONTAS.
Admirable. (Se retournant vers Ab2l.) Négligeons
iO l'argent d'autrui
aussi les détails de mon plan, Abel, pour de nombreuses raisons ; et qu'il vous suffise de savoir qu'une affaire ne s'exploite pas sans aide, sans capitaux. Où les dénictier toutefois? Je ne connaissais personne ; on m'eut ri à la figure. Or, voyez ce qu'est la chance, lorsque la chance daigne s'occuper de nous. Dare, dare, elle me procura l'aide, en me conduisant droit ici, rue du Bac, de Montmartre où je végétais, en mettant votre mère sur mon chemin, voire excellente mère, qui m'a prêté quelques billets de banque, m'a permis de m'adjoindre les Davannes, des coulissiers, dont le plus intelligent, Guillaume, a des relations enviables.
ABEL
Et les capitaux, monsieur?
Parfait, Abel ! vous avez des dispositions. En eflet, restent les capitaux... Mon Dieu, je ne les tiens pas, — les capitaux sont chose peureuse I — Mais ils dorment au soleil, le temps est calme.... et je possède un habile moyen de leur tâter le pouls.
CATHERINE, avec une SOI t- de tristesse .
Vrai?
LAFONTAS.
Vrai. C'est même afin de le produire, ce moyen, que je vous ai priée de recevoir les messieurs Davannes aujourd'hui, — de le produire, de bien vous l'expliquer, puis de marcher de l'avant. (Un court silence.) Voilà, mon brave! Je vous promets une fortune. Êtes-vous plus tranquille?
ABEL
On n*est jamais fâché d'apprendre.