acte troisième
l'inconnu.
Qu'est-ce qu'une affaire de cinquante millions, h côté de la nôtre ?
On lancera une deuxième émission.
l'inconnu.
Nous pourrions bavarder comme cela pendant trois heures, et cela ne nous mènerait à rien. Permettez-moi de suivre... mon apologue. (Geste d'assenliment de Lafontas.) Donc^ Goliath est debout, et le petit David m'apparaît assez penaud de ne pas l'avoir tué. (Dénégation de Lafontas.) Admettons-le, je vous prie. Que surviendra-t-il ?... David va préparer une seconde pierre, et Goliath, qui méprisait d'abord son antagoniste, va se dissimuler de son mieux, feindre d'abindonner le combat, et agir par la ruse, désormais. Car je connais Goliath, et suis certain qu'il n'oubliera pas. Il est puissant, riche, — vous le savez ! — il a énormément d'amis à Londres, à Vienne ; et, peu à peu, le pauvre David, si robuste naguère, sera tout étonné de moins bien respirer, de sentir un vague malaise, de ne plus môme avoir envie de sourire, d'avoir perdu jusqu'à son appétit, de vivre en un désert horrible, désolé, sans espoir. (Brusquement.) Mais voilà! le temps court, trop de soins nous réclament, il faudrait louvoyer, remettre, et ceux qui m'envoient préfèrent en finir le plus tôt possible.
LAFONTAS, ironiquement.
Diable I
l'inconnu.
On a déjà beaucoup agi, à la sourdine. Toutefois, on désirerait savoir jour par jour ce qui se passe
l»4 L* ARGENT D'aUTRUI
dans la maison, ce qu'elle vaut, ce qu'elle médite. On récompenserait magnifiquement la personne...
LAFONTAS.
Assez, monsieur.
l'inconnu.
Magnifiquement. On lui propose...
LAFONTAS.
Si vous ne déguerpissez pas, je vous fais jeter h la porte.
l'inconnu, sans bouger.
Malgré votre parole ?
LAFONTAS.
Malgré tout.
l'inconnu.
Pas mal I Mais vous semblez oublier plusieurs choses, mon cher monsieur ; 1» que vous êtes entré chez les Davannes, jadis, avec les 30,000 francs d'une mercière, votre maîtresse; 2« que vous êtes orné d'une fausse madame Lafontas...
LAFONTAS.
Taisez-vous.
Il prend son revolver.
l'inconnu.
Rangez-moi donc ça dans un tiroir. (Lafontas obéit machinalement.) S' que si vous ne devenez pas noire homme, nous en inventerons un autre, moins scrupuleux, suffisamment renseigné. Etes-vous plus cahïie?
LAFONTAS, très bas.
Assez.
Un court silence.
L*JNCONNU.
Vous voyez que nous ne manquons pas d'adresse, monsieur. Et Ton vous a choisi, et l'on persiste à vous choisir, parce que vous êtes intelligent, qu'on a des preuves de votre intelligence... comme du reste.
LAFONTAS.
Elle est propre, mon intelligence !
l'inconnu.
Si, si, vous êtes très intelligent. (Un silence.) Reprenons-nous la conversation où nous l'avions laissée, amicale, tout-à-l'heure ?
Un court silence.
LAFONTAS.
Parlez.
l'inconnu, doucemenl.
On vous donnerait trois millions, de la main à la main; on vous garantirait une place avec des appointements égaux à ceux que vous possédez. De plus, vous avez quelques actions de la banque catholique?
J'en ai.
LAFONTAS.
l'inconnu.
De plus, on vous les réaliserait, quand le moment sera venu.
lafontas.
C*est abominable!
l'inconnu.
Abominable ? Eh I non, mon cher monsieur. C'est votre jeunesse qui vous fait trouver abominable une de ces parties comme il s'en joue invariable ment à la Bourse. La place est aux plus forts, aux plus riches, aux plus experts.
Oh ! si je ne l'avais pas imaginée, cette banque catholique ! et si je n'y croyais pas, un peu !
l'inconnu.
Basteîon croit un jour, et le lendemain, on doute. C'est l'éternelle histoire.
LAFONTAS.
Permettez-moi de réfléchir.
l'inconnu.
Une semaine, deux semaines même, s'il vous les faut. Tenez! chaque soir, de huit à neuf, je serai au café de Bourges. Apportez -moi une réponse favorable. Je vous mettrai en relations avec les gens dont je ne suis, hélas! que l'obscur interprète ; et vous verrez comme ils sont spirituels, du meilleur monde, et coulants en affaires.
LAFONTAS, ironiquement.
Oui!
l'inconnu, lui tendant la main.
Au revoir?