‹ L'argent d'autrui: comédie en cinq actesChapitre 56 sur 98 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

LAFONTAS, seul, apiès un silence.

C'est abominable, des propositions pareilles !... abominable et ridicule ! (il prend unecigareUe, la tourno, la déchirp, puis va l.i jeter dnns la cheminée.) Ah ! ça, comment a-t-il appris pour Kate,pour Catherine?... (Il s'assied sur le canapé.) Il est évident que cet homme a raison, et qu'entourée d'ennemis, la banque, ma banque sautera comme tant d'autres ont sauté !... Tonnerre! sont-ils forts ces gaillards-là! sontiis forts!... J'aurais dû les voir, les convaincre de marcher avec nous, en se cachant. L'affaire n'était pas mauvaise, aurait pu les séduire, les amuser, et ma foi, côte à côte, divisés pour le plus grand nombre, mais unis quand même, on aurait accompli des merveilles d'asluce, réalisé des gains phénoménaux. Tandis que maintenant !... trop tard I Ils n'accepteraient plus- (il se lève, rôde, puis commence de remonter la pendule, fébrilement.) Ruinés! nous allons être ruinés, coulés, engloutis, Tamisey, Guillaume,

Edouard, et moi ; car je ne les trahirai point. Ce serait honteux 1 (U fait craquer ses doigts.) Honteux! (Un court silence.) Il y a des moments où on se sent vieux comme les rues; et c'est à peine, tant mon enfance me paraît loin, si je me rappelle le visage de ma mère. Ah ! la pauvre femme, qu'elle est heureuse d'être morte! heureuse de n'avoir jamais vu son fils tel que la vie l'a fabriqué, l'ambition, les femmes, la saleté courante ! ... Son rêve me désirait soldat, probe. Mais non, je n'ai voulu d'aucun métier honorable, et, Tâge venant d'être utile de servir à quelque chose, voilà ce que je me suis fait! ( 1 s'abat dans un fauteuil et s*abiorbe davantage.) Je n'irai pas au café de Bourges, je ne trahirai personne.

Un silence durant lequel, derrière lui, Kate, en charmante toilette de ville, s'est avancée avec mille précautions, puis soudai*^, lui a mis ses deux mains gantées sur les yeux.

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