‹ L'argent d'autrui: comédie en cinq actesChapitre 57 sur 98 · ACTE TROISIÈME 0Î · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME 0Î

KATE

Quoi, my dear? Vous êtes bouleversé.

LAFONTAS.

Un homme sort d'ici, et m'a offert de m'acheler. Tout ce qui se passe dans la banque, je serais tenu de le lui redire.

KATE

Un homme d'âge, n'est-ce pas ? sérieux, vêtu de noir, une rosette à la boutonnière?

LAFONTAS.

Vous le connaissez donc ?

KATE

C'est moi qui vous Tai envoyé. 11 était venu me rendre visite avant-hier, samedi, et me conter sa petite histoire : David et Goliath.

LAFONTAS.

Et vous lui aviez répondu ?

Tout de suite, qu'il avait raison.

LAFONTAS.

Raison !

KATE, hésitante.

Je lui ai conseillé de s'adresser h vous, je lui ai expliqué votre caractère. . un peu vacillant. Puis, comme il craignait de ne pas réussir, on craint toujours avec les personnes hésitantes! je lui ai fourni le moyen de vou3 prendre,

iOO l'argent d'autrui

LAFONTAS, furieux.

Mille millions... ('1 achève son bUsphèmedu geste.) C'est par trop raide.

KATE

J'ai cru bien faire.

LAPONTAS.

Bien faire! (Il rit méchamment.) Bien faire! Ou la bienfaisance va4-elle se nicher! (L^ secouant.) Hé ! misérable femme, je ne valais pas grand'chose, mais dorénavant, grâce à vous, je vaudrai moins que rien I

Pourquoi ?

KATE

LAFONTAS.

Pourquoi! Voici qu'elle me demande pourquoi, maintenant I 11 y a des êtres nés dans le mal, en vue du mal, et qui ne comprendront jamais plus !

KATE, très doucement, naïvement.

C'est donc mal devons avoir aimé, de vous aimer encore, et de ne pas vouloir que vous vous nuisiez à vous-même ?

LAFONTAS.

Catherine ne se serait point permis d'agir ainsi I Catherine m'aime, elle ! car, au lieu de me pousser vers l'ordure, sans cesse la malheureuse s'est efforcée de me retenir, de réveiller mes quelques bons instincts.

KATE

Ça lui a pas servi. Dès que vous avez pu, vous m'avez fait la cour, vous l'avez abandonnée. Mais

ACT2 TROISIÈME iûi

continuez h m'injurier, Henri, à me secouer par les épaules ; de vous, je le supporterai.

Un court silence.

LAFONTAS.

Quelle somme vous a-t-on proposée pour me livrer aux Juifs?

KATE

Cinq cent mille francs.

LAFONTAS.

Ce n'est pas beaucoup.

KATE

J'ai préféré accepter moins, et qu'on vous attribuât davantage.

Un silence.

LAFONTAS, dégouffrant un soupir.

Ah I ma pauvre banque catholique I

KATE

Les catholiques, voyez-vous, ils se remuent pas assez.

LAFONTAS.

Je le crains.

KATE

Us se figurent que tout leur est dû.

Nouveau silence, durant lequel, de ci, de là, se promène

LAFONTAS.

Si je ne m'abuse, nos titres augmenteront encore de 500 francs, hé ?

KATB.

Avant leur dégringolade ?

LAFONTAS.

Oui.

KATE

Je les cote mieux.

LAFONTAS.

Doublons le chiffre.

KATE

Vous pouvez.

LAFONTAS, calculant de tête.

Six cents actions à 2.500, 6 fois 25=150... un million et demi. Ça, et l'offre Baker, quatre millions et demi. Plus mes appointements à courir, 30 000 fr. (Il commence de sVgayer.) Hé! hé I... deviendrais-je un capitaliste ?

KATE

Moi aussi, j'ai gagné de l'argent... pas loin de cent soixante mille dollars.

LAFONTAS.

Peste I

KATE

Et je ne compte pas la promesse.

LAFONTAS.

Fichtre I

Nouveau silence.

KATE

M'aulorisez-vous à parler^ Henri ?

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