‹ L'argent: rentiers, agioteurs, millionnairesChapitre 17 sur 27 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Pays, habitants , institution^, opérations^ lois et coutumes, nous avons essayé de tout analyser, et nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire, dans un livre de ce genre, d'insisler davantage, d'approfondir avec plus d'audace les secrets de la maison. Nous les avons vus à Tœuvre tous les personnages de cette

~ 184 — cofnédie, ta réritable comédie humaine, puisque sur ce théâtre parlent et se meuvent les plus sérieux agents de la vie sociale. Nous les avons yas, comme les héros de Cooper, ces spéculateurs sans entrailles, coller contre la terre leur oreille attentive, et, sombres, haletants , regarder, respirer, écouter: le bruit qui monte, le nus^e qui passe, Todeur de la poudre, le souffle du vent, tout est ici arrêté au passage, pesé, mesuré, défini, c'est une fièvre que rien ne guérira, une émotion qui ne cesse jamais, c'est la passion de Taisent avec ses grandeurs et ses dangers, et les voilà bien dans ce forum «'igité les fils de h Révolution l

On a beaucoup parfé d'amour, de dévouement. Une immense plaisanterie, la fraternité! Â bas Rostcbild, vive Gaton ! Insensé quiconque est encore esclave de ces sentiments de commande , de ces idées de convention, dont la France a barbouillé fes formules banaies sur ta toile de ses drapeaux f Malheureux et coupable celui qui n'a pas brisé îes chaînes de la tradition, rompu avec le» théories du passé; qui, regardant d'un œil prophétique là-bas, bien loin, dans les brn* mes «de l'avenir, n'a pas fouiHé le présent

" 185 — d'ane main cruelle, et cherché dans les flancs dtt monde nouveau la force, le bonheur et lagloire !

L'IndÎTÎdualisme, ce dieu sans cœur, s'a$-^ sied, un livre de comptes à la main, sur le bord de Tabime qu'a creusé si profond laf main sanglante des révolutions. Les timides,r les niais et les ignorants se récrient. N'en dé-^ plaise à ceux-là, c'est peut-être le dernier mot du progrès, et lesFabricius n'ont rien à faire chez nous

Est^e un crime, morbleu, d'aventurer son argent et de suivre dans sa course la Spéculation qui nous emporte — Cœ$arem vehis et fortunam. — * Il rirait bien dans sa tombe, le vieux Voltaire, s'il entendait ses fils parler ainsi!

Il se commet des abus, il se pratique des infamies: je le veux bien ! Les habiles profitent de l'ignorance des autres , et rien n'est plus facile à la bande noire que de régner en souveraine. Mais si, revenant à des sentiments moins violents et plus sages , la masse s'instruit, épèle l'alphabet de la Spéculation, lit dans ce livre comme elle a lu dans d'autres, la masse aura droit et pouvoir à gouverner ceux qui la saignent aujourd'hui!

Les paroles sonores, les théories vagues, les phrases banales, chansons, folies! — Moins de cœur, plus de tête. Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux, s'écriait jadis un révolutionnaire! Ils ne sont forts que parce que vous êtes ignorants , diront ceux qui pensent comme nous, et qui voient dans la science de FEconomie politi-.

que et dans le monde des intérêts le salut dé la France. Un jour nous serons mille contre un. Ce jour-là se trouvera tranché le nœud gordien que les Alexandre coupent avec l'épée.

Riche et pauvre, à vous deux !

Nous avons sous nos yeux vu passer tout ému le fleuve de l'histoire. Que nos malheurs nous servent de leçon, que chacun travaille, s'agite, réfléchisse, combatte, qtie les intérêts bardés de cuivre et d'or se rencontrent debout sur la grande route, pour se heurter et se confondre, comme à Waterloo les soldats Anglais, -Français ou Prussien. L'œil vif, le geste sûr, la main bonne, tirez votre épingle du jeu, comme un combattant son épée. La voilà dans sa force, sa sincérité et sa grandeur première, la liberté!

La liberté figure aux tons divers, aux reflets changeants, devant laquelle se proster-

nent les amants yigoureux du droit et de la grandeur publique. S'il nous est perniisd'exprinaer un vœu , demandons à ceux d'en haut, aux dispensateurs suprêmes, demandons-leur pleine et entière, la liberté d'action de conduite et de mouvement sur la terre que bat d'un pied sonore la haute et grande Spéculation. Le char allait trop vite, on lança un jour des bâtons dans les roues. La note du 9 inars, la loi sur les Sociétés en commandite parurent frémissantes dans les co* lonnesdû Moniteur. L'intention était bonne, le but excellent. Fut-il atteint ? que produisirent ces mesures ? — peut-être un trouble malheureux dans les affaires, peut-être celte crise difficile dans laquelle est entrée, il y a quelques mois, la Bourse en alarmes !

Le rôle du gouvernement est tout tracé.

Il surveille d'un œil vigilant le inouvemeot des grandes machines, et sa main s'étend sur la tête des grands meneurs. Quant aux ridicules et coupables manœuvres , faut-il toujours» les prévenir par des mesures qui atteignent des innocents et que peuvent un jour ou l'autre mal juger des gens toujours prêts à commenter, à leur profit, les actes sérieux ou graves? Sommes-nous- donc

si simples et si généreux que nous nous laissions plumer sans crier» et que nous ayons besoin de censeurs !

Pourquoi des plumes éloquentes , des voix célèbres ne parlent«elles pas aujourd'hui , et que fait donc. dans sa boutique ou son olympe la Littérature? C'est vraiment pitié de voir tout un peuple d'intelligences s'égarer follement dans les sentiers battus, se nourrir de rêves et de fleurs» de mièvreries et de banalités» perdre tant de papier, sans qu'il en revienne rien au pays » sans qu'il pousse une pensée forte au milieu de ces feuilles perdues lancées chaque matin à tous les coins delà ville!

Elle pouvait être si belle et si puissante^ mariant ses vertus heureuses aux ardeurs nouvelles, prenant la tête dans le défilé, donnant le ton, jetant le signal, buvant à pleins poumons l'air embrasé de notre époque.

Mais non : toujours les mêmes histoires^ les mêmes blagues, les mêmes rengaines ! Regarde?: Je ne sais qui» propose de faire un grand ouvrage où seront chaulées, glorifiées dans la langue des dieux ^ les coaquêtes de l'industrie, les instruments précieux du. commerce, les hautes inventions! L'idée tombe

~ 189 -dans Teau, on devait la porler aux nues. Un anonyme, da nom de Véron, propose un prix à qui saura chanter Les chercheurs d'or.

Pas un des concurrents, pas un des vainqueurs, n'ose, la voix haute, sans vergogne, prendre la défense du malheureux métal, et l'on prêche les délices de la pauvreté. Prudhommie, convention!

Au théâtre, les riches sont des scélérats» des gredins, des voleurs; les pauvres, des héros; l'argent est toujours coupable. Triste littérature!

La philosophie revient à la charge et les métaphysiciens obscurs invoquent les idées de vertu. La vertu, qui donc Ta comprise parmi ces rêveurs égarés au pays de l'imagination, et que valent les systèmes de ces songe-creux, dont l'esprit court dans les nuages à la poursuite d'une vérité qu'il est impossîMe d'atteindre! La vertu, c'est la fille du bien-être avant tout , malgré tout, — et je l'appellerai vertueux par excellence , celui-là qui pétrira du pain pour tous , qui donnera les matelas et le linge aux pauvres de la rue ; pas de rêves grandioses^ pas d'enthousiasmes inutiles , mais, le front penché sur les livres, l'œil ardent, le

^ 190 — cœur ému, creusons ces questions vitales, et suivons-la dans ses mouvements de fièvre et de malaise, cette Spéculation qui résume en elle le caractère de notre siècle^ caractère vraiment sérieux et vraiment humain que gardera toujours dans l'avenir la France éclairée par ses fautes passées, toujours dupe, toujours victime!

L'or, le sang des nations! disais-je au commencement. Je répète mon mot à la fin, et j'ajoute que si jamais il s'arrête dans les veines d'un peuple, s'il se glace, comme le.

sang de nos cœurs, dans le corps malade des sociétés qu'ébranlent les événements mauvais, le mal est aussi grand qu'aux jours néfastes de l'histoire.

On a beau faire, elle triomphe, cette Bourse tant calomniée. On défait pour elle les vieilles lois, on en fait de nouvelles , le législateur s'incline: comme l'athlète antique^ elle fait craquer les cordes qui ceignent son front ; il faut bien qu'elle soit maîtresse en France !

Sur les bords opposés de là Seine, par delà le Pont des Arts, on voit aussi un monument. C'est là que siègent sur des chaises curules, les Arts, la Science, la Poésie , là qu'on parle la langue des Pascal, desBossuet

et des Jean-Jacques, et le génie y lient ses assises. Mais rhonime de notre temps est indifférent à la gloire de la patrie, il répondu la voix éloquente des maîtres de la parole par un sourire de pitié! Les Quarante, des orateurs bavards, des poètes finfs, des philosophes

tombés

Les Soixante sont rois! Ils sont entrés bottés, éperonnés comme Louis XIV, dans la salle du Parlement. L'Etat, c'est nous, oniih dit, et devant l'homme d'argent , hommes d'état; de lettre et de guerre baissent leur plume et leur épée. Il a coulé trop d'encre et coulé trop de sang. Sur le carnet de l'agent de change se dessine eh chiffres sûrs la figure émue de la nation, et l'argent pèse plus que le fer dans la balance de l'avenir.

HENSEIGNEMENTSL

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