PLAN GÉNÉRAL ET MÉTHODE DE CE LIVRE
Avant de commencer toute étude sur la situation économique et financière de la République Argentine, il importe d'abord de faire connaître l'esprit dans lequel cet examen doit être poursuivi et la méthode qui convient à ces recherches. Nous sommes ici sur un terrain très neuf, très spécial, et toute comparaison trop rigoureuse avec ce qui se passe dans d'autres pays pourrait nous conduire facilement à des erreurs d'appréciation.
Ce qu'il faut avant tout pratiquer, c'est le principe philosophique « Nil admirari », qui consiste à ne s'étonner de rien et à s'abstenir de tout jugement trop absolu. Si, dans les années prospères, les progrès du pays dépassent toutes les prévisions, ainsi que cela s'est vu, par exemple, pour les chiffres du commerce extérieur, il est par contre presque impossible
l'argentine au xx« s. 1
2 L'ARGENTINE AU XX e SIÈCLE
de prévoir dans quelle mesure les résultats d'une année pourront être consolidés Tannée suivante.
Comme toutes les nations jeunes, l'Argentine procède par sauts dans sa marche vers l'inconnu; elle est encore dans un état instable où les oscillations en haut et en bas sont très amples et très brusques.
Il est facile de discerner la cause de cette situation essentiellement variable.
L'Argentine, dans sa phase actuelle, est une contrée exclusivement agricole, dont les principales sources de richesse sont dans l'élevage et les céréales et où par conséquent chaque année la récolte règle toute la vie du pays 1 . C'est sur elle que repose, en grande partie, le mouvement du commerce extérieur; elle lui imprime ces brusques déplacements que l'on constate d'une année à l'autre et qui se sont traduits, dans certaines périodes, par des variations de 200 à 300 millions de francs en avance ou en recul.
Non seulement l'influence de la récolte s'exerce sur les exportations, celles-ci étant constituées à raison de 56 p. 100 par des produits agricoles, mais encore elle agit non moins fortement sur les chiffres des importations 2 .
La puissance de consommation du pays est en effet très intimement liée aux résultats de la production agricole; suivant que celle-ci est bonne ou mauvaise,
1. Nous prenons ici le mot de récolte dans son sens le plus large, mais nous aurons ultérieurement à distinguer les résultats de l'élevage de ceux de la culture, puisqu'ils n'oscillent pas forcément dans le même sens.
*2. La valeur de l'exportation de 1904 fut de 264 157 525 piastres or, et, suivant la statistique officielle, les produits de l'agriculture s'élevèrent à 150 328 529 piastres or.