‹ L'Argentine au 20e siècleChapitre 28 sur 94 · PLAN ET MÉTHODE DE CE LIVRE · texte numérisé non relu

PLAN ET MÉTHODE DE CE LIVRE

la consommation intérieure absorbe plus ou moins de produits importés. C'est ainsi, par exemple, que les mauvaises récoltes des années 1901 et 1902, qui ont produit une baisse d'environ 9 millions de piastres dans les exportations de céréales, ont déterminé, en 1902, une baisse de 4 millions de piastres dans les importations de fer et matériaux, c'est-à-dire des produits se rattachant à la construction. La même dépression a pu s'observer dans les importations de tissus, boissons, et plus encore dans celle des objets de luxe. Les disponibilités du pays étant étroitement dépendantes de la réalisation facile des produits du sol, on comprend.aisément qu'en cas de mauvaise récolte ou de mévente, les consommateurs n'aient plus la même faculté d'achat.

On peut constater la même répercussion dans les chiffres du Budget, la puissance contributive du pays étant influencée par les mêmes causes que la consommation. S'il arrive que la récolte soit mauvaise, le Budget de l'année suivante en porte immédiatement la trace. Ainsi, en 1902, c'est-à-dire dans l'année de la mauvaise récolte, les recettes totales étaient prévues à 62 890 000 piastres papier et 47 433 347 piastres or; mais on n'a réalisé qu'un total de 59 531 150 piastres papier et 40 238 777 piastres or, d'où, à la fin de l'exercice, un déficit de 3 358 840 piastres papier et 7 194 567 piastres or.

De même, les recettes des Douanes, qui sont la source de revenus la plus variable, à cause de leur rapport direct avec la consommation, ont baissé, d'une année à l'autre (1903 en relation avec 1902), de plus

de 6 millions de piastres, comme conséquence de la crise agricole.

Un rapport non moins direct existe entre la situation monétaire et les résultats de la récolte. Si la balance commerciale est favorable, l'Argentine devient alors créancière de l'étranger pour l'excédent de ses exportations et les rentrées d'or qui en sont la conséquence viennent, après déduction du service de la dette extérieure, augmenter la proportion entre le stock métallique et la circulation fiduciaire en général.

Comme le prouvent ces quelques exemples, la prospérité du pays est subordonnée au résultat de sa récolte; c'est elle qui donne la mesure de toutes les améliorations, de tous les progrès dans Tordre économique et financier.

A la différence des vieilles nations d'Europe, l'Argentine n'a pas derrière elle des réserves de capitaux accumulés, pour pouvoir vivre sur son propre fonds en temps de crise. Son commerce et son industrie se rapportent presque exclusivement à sa production rurale et en subissent toutes les vicissitudes.

Tout repose ici sur la valeur de la terre, base de la fortune publique et privée. Les disponibilités qui apparaissent au lendemain de bonnes récoites peuvent contribuer à former le capital mobilier, mais celui-ci reste toujours dans une relation très étroite avec les produits du sol et ne constitue pas, à proprement parler, une épargne facilement mobilisable.

D'ailleurs, il faut reconnaître qu'en général ce capital ne demeure pas inactif et se stérilise le moins possible dans des placements en fonds publics. Celui

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