Discours prononcé le 21 septembre
grand bénéfice pour le propriétaire et pour le pays. Le système d'élevage extensif doit, peu à peu, céder la place au système intensif, et c'est alors que l'élevage, joint à l'agriculture, exigera un plus grand nombre de bras, attirera de plus importants capitaux, et réalisera de meilleurs résultats.
Fort heureusement, sur ce point il n'y a pas lieu d'être trop pessimiste, car on observe déjà une tendance dans le sens du morcellement de la propriété venant tant des Pouvoirs publics que des propriétaires ou des entreprises commerciales. C'est ainsi que la loi sur les terres promulguée en 1903 a été entièrement établie en vue de combattre l'accaparement, puisque l'on ne permet plus l'acquisition, au profit d'une seule personne, de parcelles de plus de 2500 hectares sur le doiûaine appartenant à l'État. L'action que le Gouvernement peut exercer en cela, est d'autant plus importante et plus efficace, qu'il dispose encore de 86 millions d'hectares de terres désertes, propres à l'agriculture et situées dans des territoires qui se peuplent rapidement.
D'autre part, il existe quelques entreprises qui, possédant de vastes étendues de terrains, les subdivisent en petits lots et les offrent, en toute propriété, aux cultivateurs, à des prix qui ne sont pas très élevés et avec des facilités de payement. Parmi ces entreprises, on peut mentionner le Banco Comercial y Agricola del Rio de la Plata, qui a formé huit centres de population importants dans la Province de Gôrdoba, représentant 70000 hectares aujourd'hui entièrement cultivés et devenus la propriété de ceux qui les travaillèrent. Il faut citer aussi la Sociedad anonima La Caramalan, propriétaire de 238 000 hectares de terres situées dans le sud de la Province de Buenos
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Ayres, aussi bonnes pour l'agriculture que pour Télevage, et que Ton vend de 60 à 85 piastres l'hectare suivant la qualité et la situation, payables en trois ou quatre ans, la partie à payer à terme étant augmentée d'un intérêt de 7 ou 9 p. 100 par an. La Société de colonisation La America, dirigée par MM. Martinez de Hoz et Guttierez, ainii que la Colonisation Strœder, s'occupent aussi avec succès de ce genre d'opérations.
On peu t mentionner également un riche propriétaire, M. Antoine Devoto, qui vient d'acquérir 330000 hectares de terres situées dans la Pampa Centrale, à peu d'heures de la Ville de Buenos Ayres, pour 6 millions de piastres papier (13200000 fr.). Malheureusement, à rencontre de beaucoup d'autres, il se propose de livrer ces terres à la colonisation, mais seulement en les louant, sans que le laboureur ait ainsi l'espoir d'en devenir le maître. Plus de 30000 hectares ont été déjà affermés dans ces conditions. Etant donnés la fertilité de cet immense domaine, l'avantage qu'il a d'être traversé par diverses lignes de chemin de fer, et la proximité des deux grands ports d'embarquement, Bahia Blanca et Buenos Ayres, il faut espérer que la totalité des terres sera bien vite colonisée, et plus tard vendue aux agriculteurs.
On pourrait multiplier les exemples de propriétaires ou d'entreprises commerciales qui facilitent au laboureur l'acquisition de la terre, car on voit s étendre chaque jour davantage ce système de division de la terre en petits lots, pour la vendre à bon marché, et avec facilités de payement aux travailleurs. Les journaux sont remplis d'annonces indiquant la vente aux enchères de terrains, qui, jusqu'à ce jour, n'avaient pas connu le soc de la charrue, et sont maintenant
livrés à la colonisation. En outre, on parle, comme d'un fait accompli, de l'initiative prise par diverses compagnies de chemin de fer, qui, au moyen de leurs propres capitaux, se proposent de mettre en valeur les vastes étendues de terrains encore incultes, qu'elles possèdent dans le périmètre de leur réseau.
Malheureusement, malgré cette tendance à la division des terres, le système d'exploitation qui domine encore en général, c'est celui de la location soit à prix fixe, soit avec abandon d'une partie de la récolte à titre de fermage, on bien encore le système de participation entre le propriétaire et le fermier, ce dernier recevant 50, 40 ou 30 p. 100 de la récolte. Les propriétaires de grandes étendues, qui sont les plus nombreux, préfèrent la première forme, et, en outre, ils imposent au cultivateur l'obligation de laisser, la dernière année, le champ transformé en luzernière.
Le principal inconvénient de ce système consiste en ce que le laboureur ne devient jamais le maître du sol qu'il cultive et qu'il lui manque ainsi le lien puissant de la propriété pour s'attacher au pays et à ses destinées. D'un autre côté, le locataire tâche de retirer le plus grand profit de la terre qu'il cultive sans se préoccuper de savoir si celle-ci s'épuise ou non par sa faute; il n'y laisse pas même un arbre pour rappeler son passage. Cependant, malgré tous ces inconvénients, ledit système fournit encore au colon les ressources nécessaires pour pouvoir acheter plus tard des terres à bon marché, dans un autre endroit. C'est, en beaucoup de cas, l'histoire de nombreux agriculteurs qui, ayant commencé à travailler modestement, dans les conditions énumérées ci-dessus, sont aujourd'hui de riches propriétaires possédant
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d'immenses étendues de terres, qu'ils exploitent en la forme qui leur servit à s'enrichir.
Le mode d'exploitation suivi dans les cultures agricoles varie, bien entendu, d'après la situation des terrains, leur fertilité, les moyens de communication. L'agriculture proprement dite s'est établie et se propage près des voies de communication fluviales et terrestres, qui facilitent le transport des récoltes. Les principales cultures ne peuvent supporter les frais de transport pour une distance au delà de 300 kilomètres par chemin de fer jusqu'aux points d'embarquement ou de consommation, et plus de 30 kilomètres de la ferme à la gare la plus proche. Il y a seulement quelques produits d'une valeur plus grande, qui peuvent donner lieu à une exploitation avantageuse même à de longues distances, leur prix de vente élevé couvrant largement tous les frais de transport.
La région formée par les Provinces de Buenos Ayres, Santa Fé, Côrdoba et Entre Rios, qui est la plus riche en céréales, est aussi celle où se trouvent le plus grand nombre de petites exploitations. La statistique de la production de 1901-1902 a démontré que, sur un. nombre de 37 434 fermes, 13150, soit 36 p. 100 environ, étaient exploitées par les propriétaires; 18 819, soit 50 p. 100, par des locataires, et
5 465, ou 14 p. 100, par des métayers, abandonnant la moitié ou les deux tiers de la récolte au propriétaire. Une autre statistique récente, celle de la Province de Santa Fé, nous révèle qu'au moment de la moisson, le nombre des propriétaires exploitants était de
6 747, ou 32 p. 100, et celui des locataires, de 14 227, soit 68 p. 100.
La plupart des fermes, spécialement celles cultivées par le propriétaire, dit la Investigation agricola, ont
une superficie variant entre 25 et 100 hectares. Lorsque l'exploitation est faite par des métayers ou par des locataires, surtout dans ce dernier cas, elles ont une plus vaste superficie et les travaux s'y effectuent avec plus de rapidité, mais, généralement, avec moins de stimulant et de perfection. Les fermes de 500 à 1000 hectares et plus, où Ton utilise le travail des journaliers , sont moins fréquentes encore , parce qu'en général, il n'y a pas avantage à employer pour les cultures communes des salariés. En échange, il existe de grandes exploitations, dont les propriétaires ne s'occupent en réalité que de l'administration et qui sont livrées aux métayers ou aux locataires, moyennant un tant pour cent de la récolte, ou un loyer en espèces, suivant la culture et les conditions stipulées. Le propriétaire ou colonisateur n'est pas, dans ce cas, un véritable agriculteur, mais un entrepreneur, qui, le plus souvent, manque des connaissances indispensables pour imprimer à la culture une direction, sinon technique, du moins rationnelle.
La production agricole.
Ayant fait ainsi connaître les conditions physiques du territoire argentin, les zones appropriées aux diverses cultures, ainsi que la constitution de la propriété rurale, le moment est venu maintenant de rechercher quelle étendue atteignent respectivement aujourd'hui les surfaces ensemencées en divers produits, non seulement en les comparant à la superficie de chaque Province, mais encore en les rapprochant des chiffres de la période antérieure.
Nous avons, pour cette investigation, un point de départ précieux qui nous est fourni par le Censo agro-
pecuario, fait au mois d'octobre 1888, première opération sérieuse de ce genre effectuée dans la République, sous une direction compétente *.
Dans une introduction, le directeur de ce travail disait : « Il n'y a pas plus de onze ans (il se reportait à Tannée 1878) que les productions de l'agriculture argentine sont supérieures à ses besoins. Les quantités de blé, par exemple, que l'on exportait avant 1878, étaient si minimes qu'elles ne valaient pas la peine qu'on en tînt compte. Maintenant, nous voyons que, dans les onze dernières années, on est arrivé à exporter jusqu'à 237 865 925 kilos de froment (1887), 6 392 442 kilos de farine (1888), 361 844 305 kilos de maïs (1887) et 81 208 176 kilos de graines de lin (1887). Celui qui examinera ces chiffres trouvera peutêtre que c'est aller bien vite en si peu de temps ».
L'étendue des cultures agricoles, que révéla le recensement de 1888, atteignait, à cette époque, pour toute la République, 2 422 995 hectares, dont 815 438, ou 33 p. 100 environ, en blé; 801 533, ou 33 p. 100, en maïs; 390009, ou 16 p. 100, en luzerne; 121073, ou 5 p. 100, en lin; 28 672, ou 1,2 p. 100 en orge; 23345, oii 0,9 p. 100, en vigne, et 21 062, ou 0,8 p. 100, en canne à sucre, le restant revenant à des cultures sans importance.
Ce point de départ étant établi, passons sur les folies et les dilapidations de la spéculation effrénée des années 1888 et 1889, comme aussi sur les écroulements financiers de 1890, et arrêtons-nous à Tannée 1895, où le pays, encore sous Teffet de la
1. Cf. L'agriculture et V élevage dans la République Argentine, d'après le recensement de la première quinzaine d'octobre 1888, par F. Latzina; Imprimerie typographique P. Mouillot, Paris, 1889.
terrible catastrophe passée, s'est reconcentré en luimême et s'est remis au travail avec une nouvelle ardeur, seul remède propre à guérir ses blessures et à le pousser de nouveau dans les voies du progrès. Cet inventaire des progrès agricoles réalisés par l'Argentine, après sept années de dure épreuve, est d'autant plus intéressant à présenter qu'à cette époque a eu lieu précisément le second recensement national, qui a marqué exactement l'état économique, démographique et politique du pays.
En 1895, nous trouvons donc, — limitant nos investigations aux quatre principales cultures, — que les progrès réalisés étaient représentés par les chiffrés suivants :
PRODUITS
HECTARES CULTIVÉS
HECTARES CULTIVÉS
AUGMENTATIO