‹ L'Argentine au 20e siècleChapitre 44 sur 94 · Cf. Censo National, t. Il, p. xli · texte numérisé non relu

Cf. Censo National, t. Il, p. xli

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servent pas moins à nous donner certains aperçus concernant cette intéressante matière.

L'Argentine est encore, au point de vue de la constitution de la propriété rurale, dans un état primitif, presque féodal pourrions-nous dire, en raison de Ténorme étendue de terres qui est accaparée par un petit nombre de possesseurs. Ceux-ci les utilisent, soit pour l'élevage du bétail, dans des établissements appelés « estancias », que nous décrirons plus loin, soit pour des exploitations agricoles, lorsqu'ils ne préfèrent pas les laisser improductives, attendant que le temps et le progrès économique viennent leur donner une valeur que leur propre effort n'a pas été capable de leur imprimer.

Les « estancias », c'est-à-dire le système le plus général de l'exploitation de la terre, occupent des superficies qui varient entre 5000 et 75000 hectares; quelques-unes même arrivent jusqu'à 175000 hectares. Beaucoup d'entre elles sont situées à peu d'heures de la Ville de Buenos Ayres ou touchent aux limites de centres urbains importants.

De telles étendues de terres consacrées à l'élevage, appartenant à de simples particuliers, ne s'expliquent, ni se conçoivent dans les nations européennes, où les domaines privés sont fort subdivisés, ni même dans un pays neuf et d'une immense superficie, comme les Etats-Unis de l'Amérique du Nord, où plus de la moitié des terres cultivées se divisent en fermes de moins de 40 hectares chacune, car celles, de plus de 400 hectares, servant à la culture et à l'élevage, forment l'exception, la moyenne de toutes les exploitations étant de 55 hectares.

Il est facile de comprendre, sans qu'il y ait besoin d'une longue démonstration, combien cet état de

choses contribue à retarder le progrès général du pays. Onjse rend compte également que pour réaliser ce progrès, il faut avant tout obtenir un accroissement de la population étrangère, en l'attirant par le puissant stimulant de la propriété foncière.

La grande difficulté qui s'oppose au développement de la production agricole dans l'Argentine provient essentiellement de la constitution défectueuse de la propriété, de l'accaparement de la terre par un petit nombre de personnes, de l'établissement du plus odieux système de latifundia que l'on ait connu. Tout cela est la conséquence de l'imprévoyance avec laquelle l'État s'est défait de vastes étendues de terrains, qui ont passé ensuite aux mains de spéculateurs ou de grands propriétaires, lesquels alors les ont laissées en friche, en attendant une meilleure valorisation de la terre pour s'en défaire.

Dans les Territoires nationaux, d'après le député Joachim Castellanos, qui s'est préoccupé de combattre les latifundia, il existe des zones de terre de propriété particulière, dont l'étendue peut se décomposer comme suit : 1 million d'hectares en propriétés de 10 à, 40 000 hectares ; 3 millions d'hectares en propriétés de 40 à 80 000 hectares ; enfin, 3 212 431 hectares en propriétés de 80 000 hectares et plus. C'est-à-dire qu'il existe 7 millions d'hectares exploitables et cultivables qui, cependant, aux mains de capitalistes indolents, restent inutilisés pour l'accroissement de la population et de la production l .

C'est avec raison que ce même député, alarmé par cette concentration de la propriété en un petit nombre de mains et s'efforçant de déterminer une réaction contre un état de choses aussi préjudiciable, concluait en ces termes : « Ce n'est pas seulement dans un but

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économique et pour des exigences de caractère immédiat, qu'il faut insister pour que tout le territoire du pays soit ouverte l'activité nationale, représentée par ses forces productrices; il y a encore des raisons d'un autre ordre qui se rapportent à l'avenir de nos institutions et exigent aussi des mesures de prévision patriotique, pour éloigner les périls de cette désorganisation politique et sociale auquel conduit toujours l'accaparement du sol. Les fatales conséquences de cet état de choses ont été déjà constatées dans des nations plus vigoureuses et mieux organisées que l'Argentine; il suffit de se rappeler le cri d'alarme poussé par les Gracques et dont l'écho s'est répercuté dans la postérité : Latifundia perdidere Italiam et provincias. »

Le principal auteur responsable de ce mal profond est sans contredit l'État argentin, qui a gaspillé le riche domaine dont il hérita de la Métropole, en le faisant passer aux mains de spéculateurs, au lieu d'en favoriser l'équitable répartition. La subdivision des grandes surfaces de terrains, concentrées entre les mains (le quelques personnes seulement, est donc aujourd'hui l'une des conditions de développement du pays, et c'est à bon droit que des voix puissantes se sont élevées tant au Parlement que dans la presse, pour proclamer cette vérité économique. Les grandes « estancias » de 20 lieues carrées, avec des troupeaux immenses, disait M. F. Segui, l'auteur d'une Investigation agricole, doivent finir par former de petites exploitations d'élevage de une, deux ou trois lieues, où, avec un nombre moindre d'animaux, mais avec de meilleurs éléments, on obtiendra un plus

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