‹ L'Argentine au 20e siècleChapitre 47 sur 94 · RELATIVE EN · texte numérisé non relu

RELATIVE EN

Blé

Lin

Maïs

Luzerne

Totaux

On voit que, à l'exception du lin, le progrès de l'agriculture argentine ne s'est pas ralenti durant cette courte période de trois ans, mais que, au contraire, les chiffres accusent un résultat plus grand encore, attestant ainsi les grandes destinées économiques auxquelles le pays est appelé.

La culture du blé se présente avec une augmenta-

tion de 1.207 781 hectares, le maïs, avec 485396 hectares, et la luzerne, avec 269 837 hectares. Malheureusement, nous voyons, d'un autre côté, la culture du lin diminuer d'une surface de 224 306 hectares, recul qu'il faut attribuer à la baisse des prix et à la perte d'une certaine partie des récoltes antérieures.

Quant au maïs, en 1904-1905, on en a semé sur 2287 040 hectares et ce chiffre, comparé à celui de la récolte antérieure, représente une augmentation de 485 396 hectares ou 27 p. 100. Par contre, la production fut seulement de 3 574 153 tonnes en 1904-1905, contre 4449134 tonnes en 1903-1904. Cette sensible diminution s'est principalement produite dans la Province de Buenos Ayres, qui accuse une différence de 858 218 tonnes, tandis que la Province de Santa Fé a donné des résultats à peu près stationnaires.

La moyenne du rendement en 1904-1905 pour tout le pays et sur la totalité de la surface ensemencée peut être évaluée à 1 563 kilos par hectare, contre 2112 kilos en 1903-1904. La récolte de 1904-1905 eût donc laissé un grand déficit, si l'augmentation des terres ensemencées n'était venue compenser en partie cette diminution du rendement par hectare. C'est là une preuve à l'appui de cette constatation très importante que nous avons déjà eu l'occasion de faire, à savoir que l'Argentine n'a plus maintenant à craindre comme autrefois de mauvaise récolte totale, en raison de l'énorme augmentation des terres ensemencées.

En parlant de grandes cultures argentines, nous devons en mentionner une tout spécialement qui, bien que n'étant pas susceptible d'être renouvelée tous les ans, prend cependant des proportions considérables, se chiffrant déjà par quelques millions

l'argentine au XX e s. 8

114 L'ARGENTINE AU XX e SIÈCLE

d'hectares. Il s'agit du fourrage appelé luzerne, qui n'était cultivé en 1890 que sur 600000 hectares et en 1895 sur 700 000, alors qu'aujourd'hui il n'en existe pas moins de deux millions d'hectares.

La luzerne sert à deux fins différentes : l'exportation sous la forme de foin-luzerne, ou l'alimentation et l'engraissement du bétail *. De là, deux modes d'exploitation des luzernières : le fauchage et le pâturage, dont dérivent les luzernières des fermes et celles des « estancias ». Chacune d'elles a ses traits distincts 2 .

Les premières se forment à proximité des stations des principales lignes de chemins de fer qui conduisent aux ports d'embarquement, et se composent de fractions de 60 et 100 hectares, cultivés par de petits propriétaires, mais plus généralement par des métayers. J^e fauchage de la luzerne, le séchage, le ratissage, le ramassage et la mise en meules, sont des opérations qui durent d'octobre à mars; l'emballage, en balles pressées et cerclées en fer, au moyen d'une presse actionnée par des chevaux, occupe le restant de l'année. Il y a également une forme d'exploitation des luzernières plus élémentaire et plus rapide : le fauchage et la vente immédiate comme fourrage vert; elle est en usage dans les fermes situées à proximité des villes.

Mais la grande zone de la luzerne, celle qui occupe la plus vaste surface ensemencée, est constituée par les « estancias » comprenant des luzernières destinées à l'élevage et à l'engraissement des bêtes à cornes, principalement. Il y en a de toutes les grandeurs, depuis

1. L'exportation a lieu principalement vers le Brésil et l'Afrique du Sud.

2. Anales de la Sociedad rural Argenlina, des mois de janvier et février 1895, art. El Pats de la Al f alfa.

(( l'estanzuela » (petite estancia) jusqu'aux plus grands établissements. Les latifundia semés en luzerne ne sont pas rares dans le sud de la Province de Côrdoba et Ton peut citer d'immenses savanes vertes qui ont 6 et 8 lieues carrées de 2 500 hectares, ce qui représente 15 et 20 000 hectares de luzernières appartenant à un seul seigneur et maître 1 . C'est ainsi qu'il existe dans cette région quelques établissements ou colo^ nies, tels que la colonie Maria Soledad, située à Carnerillo et à Chucul, possédant 16900 hectares de luzernières, et le champ Duggan, qui en a 15000. Nombreuses sont aussi les propriétés de 6000 hectares.

Suivant les dernières données statistiques, la culture de la luzerne est distribuée comme suit : Province de Buenos Ayres, 500000 hectares; Province de Côrdoba, 500000; Province de Santa Fé, 300000; Pampa Centrale, 120000; Province de Mendoza, 100000; Province de San Juan, 80000; autres provinces, 100000, ce qui forme une surface totale de 1 700000 hectares. Au moment où nous écrivons ces lignes, cette surface doit certainement atteindre 2 millions d'hectares.

Malgré l'importante progression déjà réalisée, — elle n'est pas moindre de 25 p. 100 par exemple en 1903-04 dans la Province de Côrdoba, — la culture de cette plante fourragère est encore à ses commencements dans l'Argentine; elle est appelée à s'augmenter encore notablement, vu les superbes résultats qu'on en retire, tant sous le rapport du fourrage qu'au point de vue de la transformation de certains champs incultes, où croissent parfois des herbes dures, d'un développement lent et peu nutritives.

L'un des premiers effets économiques que produit

1. Cf. Anuario de la Direction gênerai de Estadistica de la Provincia de Côrdoba, de Tannée 1903.

116 L'ARGENTINE AU XX e SIÈCLE

la culture de la luzerne dans une propriété ou dans une région, consiste à donner une plus value importante à la terre où on l'a semée. On cite, à ce sujet, quelques cas qui paraîtraient incroyables, si Ton ne pouvait facilement les contrôler. Des champs, qui, il y a deux ou trois ans, étaient vendus à raison de 2 piastres papier l'hectare, en valent aujourd'hui 30 et ceux que l'on payait 25 et 30 piastres, maintenant s'échangent à 80 et 100 piastres.

Les champs de luzerne donnent également de la valeur à ceux qui sont situés dans leurs environs. Il suffit de la classification : « bon pour la culture de la luzerne » pour qu'un terrain obtienne immédiatement une haute valeur commerciale.

Quant au rendement des luzernières exploitées d'une façon rationnelle et moderne, on peut en juger par un simple fait que rapportait, au cours de cette année, un journal de Buenos Ayres, le Standard : une lieue de champs ensemencés en luzerne à La Penca, au sud de la Province de Côrdoba, a donné l'année dernière un bénéfice de 150 000 piastres or, et, l'année précédente, elle avait donné 214 000 piastres. Ce journal ajoute qu'une lieue semblable de terrains, à la Nouvelle-Zélande, ne vaudrait pas moins de 1800 000 piastres or 1 .

Le développement constant de la surface des terres ensemencées est assurément le fait le plus marquant de la situation agricole. Il est d'autant plus intéressant à signaler que, dans les dernières années, ce progrès a été réalisé grâce aux seules ressources du pays, puisque, après la crise politico-financière de 1890, on

1. Cf. Anales de la Sociedad rural Argentina, numéro déjà cité.

vit s'arrêter presque complètement le courant d'immigration et de colonisation qui avait favorisé l'agriculture dans la période antérieure. Dès que ce courant sera rétabli, et il semble qu'il l'est déjà, grâce à la puissance d'attraction quexercent les bonnes récoltes, plus encore que toute autre mesure politique ou administrative, on verra certainement la production agricole de la République recevoir de ce chef une nouvelle impulsion.

Les 9 millions d'hectares semés en 1904-1905 représentent un peu plus de 3 p. 100 de la superficie du pays, contre une proportion de 0,008 p. 100 en 1888. En outre, il ne faut pas oublier qu'environ 60 millions d'hectares, soit un peu plus de 20 p. 100, sont affectés à l'élevage des moutons, dont le nombre est évalué à 420 millions, à l'élevage des bêtes à cornes, comprenant environ 30 millions de têtes, à l'élevage du cheval et des mules, dont le nombre est approximativement de 5 millions.

Enfin, si l'on admet qu'il soit possible d'augmenter de beaucoup au moyen du système intensif le rendement des terres cultivées, on pourra aussi, de la même façon, sur la même superficie de terrain, augmenter le nombre des têtes de bétail, de telle sorte qu'il est permis de conclure que la République Argentine peut commodément livrer à la colonisation plus de 100 millions d'hectares de bonnes terres, sans compromettre ni affecter en rien l'élevage.

Etant connu, dans ses lignes générales, le remarquable progrès atteint par l'agriculture argentine dans les dix-sept dernières années, ainsi que le développement de chacune des principales cultures auxquelles l'homme des champs s'est adonné de préférence, nous devons rechercher maintenant quelles sont les régions

L'ARGENTINE AU XX e SIÈCLE

du pays où cette expansion s'est fait le plus particulièrement sentir. Pour cela, nous diviserons la République en zones géographiques, suivant la position des divers territoires, et nous indiquerons la superficie de chaque région, ainsi que la surface totale occupée par toutes les cultures.

Surface totale cultivée durant Tannée agrioole 1902-1903.

Page 1