NOMBRE
d'hectapes cultivés
PROPOR- TION EN 0/0
Est ou Littoral. Capitale Fédérale, Provinces de Buenos Ayres, Santa Fé, Entre Rios et Corrientès
Centre. Provinces de Côrdoba, San Luis et Santiago de l'Estero
Ouest ou Andine. Provinces de Mendoza, San Juan, La Rioja et Catamarca
Nord. Provinces de Tucu-
man, Salta et Jujuy
Teiritoires nationaux :
Nord. Misionès, Formosa, Chaco
Centre. Pampa
Ouest. Neuquen
Sud. Rio Negro, Chubut,
Santa Cruz, Terre de Feu.
Territoire des Andes
Totaux et proportion en 0/0.
Il résulte de ce tableau que la grande zone agricole de l'Argentine est formée par les Provinces de Buenos Ayres, Santa Fé, Entre Rios et Corrientès, avec 6 671 421 hectares ensemencés, soit 11,1 p. 100 de leur superficie ; au deuxième rang, vient la zone embrassant les Provinces de Gôrdoba, San Luis et Santiago de
l'Estero, avec 1 643070 hectares cultivés, ou 7 p. 100. Là s'arrête, pour le moment, le progrès agricole argentin, vu que les autres zones ne pourront être exploitées que plus tard, lorsque la population des deux premières débordera, ou bien quand des sources inexploitées de richesses, — comme cela arrive actuellement avec le quebracho dans le Ghaco, — appelleront le travail de l'homme et les capitaux.
C'est la Province de Buenos Ayres qui figure, à la dernière récolte, avec la plus grande surface semée de blé, celle-ci s'élevant à 2 006 910 hectares. Cette vaste étendue de culture représente, comparativement à celle de 1901-1902, une augmentation de 691 479 hectares, et, par rapport à 1895, de 1 630 464 hectares. Si on la compare à celle de 1888, qui fut de 246 788 hectares, on voit qu'elle a augmenté de 1 760 122 hectares.
Des 2 millions d'hectares ensemencés dans la Province de Buenos Ayres en 1904-1905, 870506, ou 43 p. 100, appartiennent à la région dénommée « Centre et Sud », formée par les cantons de Veinto cinco de Mayo, Saladillo, Général Alvear, Tapalqué, Bolivar, Azul, Ola varia, Juarez, Général Laprida, Général Lamadrid, Guamini, Coronel, Adolphe Alsina, Puan et Saavedra, dont quelques-uns, bien qu'ils ne se soient associés que tardivement au mouvement de transformation changeant en vertes prairies des régions jusqu'alors incultes, forment aujourd'hui des centres importants de production influant considérablement sur la balance économique du pays.
Le véritable progrès de l'agriculture dans la Province de Buenos Ayres ne date que de 1895. Jusqu'alors, elle n'était considérée que comme une contrée essentiellement adonnée à l'élevage, et cette fausse conception était tellement enracinée dans certains
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esprits, qu'on croyait que l'agriculture n'était possible que dans la Province de Santa Fé. En comparant les chiffres, on constate que cette dernière Province présenta, en 1888 et en 1895, 401 652 et 1 million d'hectares semés de blé, tandis que celle de Buenos Ayres n'en avait que 247 000 et 367 000 hectares.
On observe un fait analogue avec le lin, dont les chiffres furent respectivement de 73 000 et 266 000 hectares à Santa Fé, alors que Buenos Ayres n'en présentait que 44 000 et 65 000 hectares, aux mêmes époques. La culture du maïs forme une exception, car la Province de Buenos Ayres, tant en 1888 qu'en 1895, figure avec des chiffres beaucoup plus élevés que sa rivale. Tandis que Santa Fé ne présente que 61 000 et 186000 hectares ensemencés, Buenos Ayres accuse, dans les mêmes années, 510000 et 669000 hectares.
Mais il faut arriver à l'année agricole 1901-1902, pour voir la Province de Buenos Ayres prendre le pas sur celle de Santa Fé et atteindre pour le blé des chiffres jusqu'alors inconnus, laissant bien en arrière toute concurrence. Pour le lin, auquel Santa Fé a voué une prédilection spéciale, cette Province a toujours maintenu, depuis 1888, sa suprématie sur Buenos Ayres. Pour le maïs, la supériorité revient à cette dernière, bien qu'il soit juste de déclarer que, en 1901-1902, l'autre Province fit des progrès considérables.
Avant de sortir de la Province de Buenos Ayres, nous indiquerons encore que le second rang, dans la culture du froment, appartient à la région dénommée l'Ouest, laquelle, avec 595 695 hectares, ou 29 p. 100 du total, forme, comme la région analogue de l'Amérique du Nord, l'un des grands greniers de l'Argentine. Dans'cette région, il existe des cantons, tels que
ceux de Nueve de Julio. Lincoln, Pehuajo, Général Villegas, Trenque Leuquen et autres, qui, réputés de tout temps comme inaptes à la culture, ont surpris tout le monde, en se révélant comme de véritables emporiums de richesse. Cette région a été touchée, il est vrai, par la baguette magique de la fée Chemin de fer r qui a déroulé, dans ces pays neufs contenant tant de richesses inexploitées, un immense ruban de voies ferrées dont l'effet merveilleux fait songer aux contes des Mille et une Nuits.
C'est dans cette région que, comme conséquence logique de l'éveil agricole, Ton a vu se produire de surprenantes augmentations dans les prix des champs, qui progressaient par bonds, montant en peu de temps de 20 à 40, de 40 à 80, de 80 à 100 piastres rhectare, et plus encore, sans qu'on puisse nier que cette hausse, en apparence capricieuse, n'ait un fond réel, puisqu'elle repose sur la puissance rémunératrice de la terre.
Dans la Province de Santa Fé, berceau de la colonisation agricole de la République, il existe actuellement 852 colonies et champs cultivés, dont la surface ensemencée embrasse une étendue de 3 095 559 hectares, qui se décomposent comme suit : blé, 1 349253; lin, 540189; maïs, 683020; arachides, 21122; luzerne, 474 956; autres cultures, 27019 hectares.
La Province de Côrdoba est une autre des révélations agricoles de l'Argentine. Négligée, il y a peu de temps encore, par le courant colonisateur, qui se dirigeait de préférence, d'abord à Santa Fé et ensuite, dans la Province de Buenos Ayres, celle dont nous nous occupons commença à appeler l'attention des travailleurs, lorsque ceux-ci, découragés par quelques années calamiteuses à Santa Fé, furent attirés par la
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fertilité de son sol, le peu de profondeur des nappes d'eau, le régime des pluies, le bon marché des champs, la proximité des centres de consommation et des ports d'embarquement et par les facilités de transport qu'offrait à leurs besoins un vaste réseau de chemins de fer. Ces travailleurs y plantèrent leurs tentes et s'y établirent en nombre chaque jour plus grand, pour s'adonner au dur labeur du défrichement de la terre, et celle-ci leur a rendu en retour de magnifiques moissons, véritable bénédiction de la nature reconnaissante.
Les résultats ont donc dépassé toute attente, à tel point que, aujourd'hui, la Province de Côrdoba est l'un des premiers centres colonisateurs de la République et l'un de ceux qui, dans l'Argentine, offrent le plus brillant avenir à l'élevage et surtout à l'agriculture. Actuellement, nous voyons se produire là une transformation si rapide des terres, qu'elle ne laisse pas de surprendre les natifs et les étrangers. Il suffira de savoir, pour se rendre compte de l'énorme développement agricole dans cette Province, que, en 1898-1899 on y comptait 176 colonies et 71 champs colonisés; en 1902-1903, ces chiffres atteignirent respectivement 268 et 138, et, en 1903-1904, 295 et 155. Naturellement, Tétendue des colonies a augmenté dans les mêmes proportions, puisque de 1594535 hectares en 1898- 1899, elle passe à 2 968 649 en 1902-1903, et à 3 155 691, lors de l'ensemencement pour 1903-1904. De ce vaste espace défriché et cultivé lors de la dernière récolte, 978919 hectares avaient été semés en blé, 178072 en lin, 101555 en maïs, 306932 en luzerne et 2096 en plantes potagères.
Mais ce qui surprend le plus dans la Province de Côrdoba, ce n'est pas seulement la vaste étendue qui
a été semée, mais surtout le prodigieux accroissement de tous les genres de cultures. Ainsi, la surface de blé ensemencée qui était, en 1898-1899, de 638 332 hectares, passe, en 1903-1904, à 978919, et, en 1904-1905, à 1 092 155 hectares. La même chose est arrivée avec le lin qui, de 74696 hectares ensemencés en 1898-1899, passe, en 1903-1904, à 178072 hectares. Tout ceci indique bien le vaste horizon ouvert au travail agricole dans cette Province fortunée.
Une autre des grandes révélations agricoles de l'Argentine nous est offerte par le Territoire de la Pampa, Centrale, qui, en 1888, n'avait en culture que 5 964 hectares, dont 4530 en maïs, 880 en luzerne et 163 en blé. En 1895, il contenait 10 334 hectares cultivés; mais, en 1903, il atteignit le chiffre de 125000 hectares de cultures diverses, dont 29000 en blé et 17 000 en maïs.
Dans l'espace de vingt ans, la Pampa, qui était regardée autrefois comme un territoire stérile, presque impropre à la culture et à la colonisation, s'est considérablement développée. Elle a aujourd'hui plus de 60000 habitants, 20 centres de population, environ 300 000 hectares en culture, des troupeaux en nombre considérable, et une exportation de produits, estimée à 10 millions de piastres, ou 22 millions de francs, par an.
Ses terres ont beaucoup augmenté de valeur :
la lieue carrée de 2 500 hectares se vend jusqu'à 100000 piastres, ou 220000 francs et au-dessus, et Ton peut affirmer que, dans les cantons les plus éloignés, son prix n'est pas inférieur à 40 ou 50 000 piastres, soit à 88 ou 110000 francs. Cet immense progrès s'est fait sentir tout récemment; il ne date que de trois ans à peine et les prix ont chaque jour une tendance à augmenter.
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En terminant ce tableau de la production agricole, argentine, d'après la statistique officielle, nous devons rappeler que cette production s'accroît par bonds et qu'on doit considérer son chiffre comme essentiellement provisoire, en raison des fortes plus-values à prévoir lorsque se formeront de nouveaux centres de colonisation. C'est ainsi que la Pampa Centrale, dont nous venons de parler comme étant un véritable grenier d'abondance au point de vue de l'agriculture et de l'élevage, est capable, dans l'avenir, de produire, à elle seule, assez de viande et de céréales pour en alimenter une grande partie de la population du globe.
Dans l'Argentine, on emploie pour les cultures les plus importantes, telles que le blé, le maïs, le lin, la luzerne, etc., les machines et instruments aratoires les plus perfectionnés servant au labourage, au semage et à la récolte. Nous ne pouvons pas nous arrêter à les citer tous; mais il nous suffira de dire que, dans les régions de grande culture, il existe une idée progressiste qui pousse les propriétaires d'établissements agricoles, ou même les simples colons, à se munir du meilleur matériel, pour lequel ils emploient des sommes considérables. Si l'agriculture a pris la rapide extension dont on s'est rendu compte, nonobstant l'insignifiant concours que lui a prêté, durant ces dernières années, l'immigration européenne, on le doit principalement à l'emploi des machines et des instruments perfectionnés dont il a été fait usage.
Les meilleurs systèmes de charrues, de herses, de semeuses, de faucheuses de tous les modèles, de faucheuses-attacheuses, d'égraineuses, de moteurs, de batteuses d'une construction soignée et parfaite,
toutes les machines du plus récent modèle, dit Girola, sont connus des agriculteurs de l'Argentine qui en font un emploi courant.
Pour se rendre compte de l'importance qu'a atteint, dans ce pays, l'emploi des machines et des instruments agricoles, il suffit de savoir que, de 1890 à 1904, on a introduit de l'étranger, et principalement des États-Unis, 459 606 charrues, d'une valeur officielle de douane représentant 6657045 piastres or, 22783 égraineuses, évaluées à 1389679 piastres or, 98470 faucheuses valant 10209910 piastres or, 37 824 semeuses d'une valeur de 881 340 piastres or, et 4 770 batteuses valant 6250923 piastres. De 1898 à 19Ô4 on a importé 13 725 égraineuses de maïs, évaluées à 1 702 397 piastres or.
Nous devons également signaler que les fabriques de machines et d'instruments agricoles ont pris un grand développement dans l'Argentine; quelquesunes sont établies avec de grands capitaux, et possèdent un outillage aussi parfait que les établissements les mieux montés de l'Europe.