PRÉFACE IX
qu'un courant s'est dessiné dans certains groupés financiers ou industriels, en faveur d'une intervention plus marquée dans le mouvement des affaires argentines.
Cette attitude pleine de réserve, qui peut du reste avoir eu son bon côté aux jours de crise, s'explique assez naturellement par l'insuffisance des notions d'une bonne partie du public à l'égard des États de l'Amérique du Sud. Même dans les milieux les plus instruits, les idées sont encore un peu confuses et tiennent du roman plus que de la réalité. Pour beaucoup de Français, l'Argentine flotte dans une brume de rêve et son immense territoire apparaît plutôt à l'esprit sous l'aspect d'une pampa sauvage que sous la forme de terres cultivées.
Il en est de môme au point de vue des appréciations sur la situation politique : elles manquent quelque peu de précision et ne comportent pas les distinctions nécessaires. On est assez porté, en France, à englober dans un même discrédit tous les peuples de l'Amérique du Sud, comme étant animés de cet esprit révolutionnaire qui a paralysé, dans ces pays, l'essor des affaires. Or, en ce qui concerne l'Argentine, il ne doit être actuellement fait aucune confusion entre son état politique et celui de ses voisins immédiats, le Paraguay et l'Uruguay, plus exposés au souffle de la révolution.