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Le piastre papier valait alors 1 fr

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tation des animaux sur pied et ensuite par l'envoi de grandes quantités de viande congelée aux marchés anglais, enfin et surtout avec la stabilité que donna à la monnaie fiduciaire — instrument à l'aide duquel s'effectuent toutes les transactions commerciales à l'intérieur — la « loi de conversion monétaire ». Alors on vit se prononcer un mouvement de valorisation franche et décisive de la propriété immobilière en général, et de la propriété rurale en particulier.

Depuis que ce mouvement s'est produit, la valeur de la terre n'a fait que croître, en laissant toujours le dernier prix obtenu bien au-dessus du prix antérieur, lequel paraissait sinon définitif, tout au moins stationnaire. En présence de ce fait, c'est donc le cas de se demander si cette hausse générale répond à des causes permanentes et justifiées, ou si elle est seulement l'effet d'une spéculation folle, qui porte sur la propriété immobilière comme, à une autre époque, elle portait sur la monnaie fiduciaire.

En réponse à cette question, M. Roman Bravo, l'un des hommes de l'Argentine qui connaissent le mieux toutes les faces du phénomène complexe de la valorisation de la terre, — car il dirige la maison opérant dans cet ordre d'affaires le plus de transactions, — a résumé sur notre demande, dans les termes suivants, les causes qui déterminent actuellement la hausse que subit la valeur de la propriété * :

« La vie économique du pays offre à chaque pas des manifestations de progrès. L'agrandissement des ports, l'extension des lignes ferrées, l'aménagement de canaux, le développement de la construction dans

1. Les opérations effectuées par cette maison de ventes aux enchères, pendant le 1 er semestre de 1903, se montent à 27 millions de piastres papier (59 400 000 francs).

les principales villes de la République, tout cela démontre l'esprit d'entreprise qui anime actuellement l'individu et la collectivité. Le commerce et les industries en pleine vigueur viennent de leur côté renforcer ces éléments de prospérité et de bien-être.

« Mais là où se font le mieux voir l'expansion matérielle et l'intensité des forces en action, c'est dans les affaires de terre. Sans remonter à l'année 1904, il suffira de se reporter aux transactions réalisées dans le premier semestre de 1905 pour constater que, tant dans la capitale de la République que dans les Territoires nationaux et dans les Provinces, l'époque a été féconde au point de vue des transactions sur les valeurs immobilières. Depuis 1889, il n'y en a pas eu une autre plus active, et, cette fois, les faits ont une explication, une sanction logique et naturelle. L'élevage et l'agriculture ont augmenté les sources de la richesse nationale dans de si grandes proportions que, en peu d'années, les soldes en faveur du pays se sont élevés à près de 100 millions de piastres or. Voilà la cause effective de la valorisation de la terre, cause à laquelle vient s'ajouter la confiance que nous avons tous dans le développement graduel des énergies que le travail met en mouvement, à la faveur de la tranquillité publique. »

Un des exemples les plus surprenants de la valorisation des champs et de l'intérêt qu'éveille leur acquisition nous est donné par l'adjudication publique officielle des terres nationales, qui a eu lieu au mois d'avril 1905.

Ces ventes devaient se réaliser pour le compte de ceux qui avaient acheté ces mêmes terres dans des circonstances analogues en 1897, et qui n'avaient

pas payé pendant les délais stipulés par la loi. Tout ce qui, dans la nouvelle adjudication, devait dépasser le prix établi lors de la première vente, déduction faite des intérêts et autres frais, appartenait suivant la loi à l'acquéreur primitif. L'adjudication se fit en présence d'une assistance des plus nombreuses, composée de spéculateurs, de capitalistes et de travailleurs, avides de donner à leur argent ce placement rémunérateur, puisque dans l'Argentine on est convaincu que la meilleure forme d'épargne est l'acquisition de la terre. Il résulta de cette adjudication que dans quelques ventes on obtint le double du prix de base, le triple dans d'autres, et enfin on arriva à payer jusqu'à cinq fois sa valeur.

Dans le Territoire de la Pampa Centrale, on offrit en adjudication publique une étendue de 402300 hectares, sur la base de 1242 322 francs, et on obtint à la vente 3382430 francs, ce qui représente un prix moyen de 21 065 francs la lieue de 2 500 hectares, soit 8 fr. 42 par hectare.

Dans le Territoire du Chubut, on offrit en vente 107 400 hectares, sur la base de 131 087 francs, et on obtint 634 040 francs, ce qui donnait un terme moyen de 14 757 francs la lieue, soit 5 fr. 90 l'hectare.

Dans le Territoire de Santa Cruz on mit en vente une superficie de 40000 hectares sur la base de 84783 francs, et la vente se fit au prix de 236 940 francs, ce qui faisait 14 394 francs la lieue, soit 5 fr. 76 l'hectare.

Dans le Territoire du Chaco, pour lequel il y avait encore plus d'intérêt, parce qu'il s'agissait de terres où il existe des forêts de quebracho de grande valeur, l'industrie à la mode, on obtint une valorisation plus grande, représentant le quintuple de la base fixée à l'adjudication. Les terres à vendre dans ce Territoire

représentaient une surface de 50000 hectares, et devaient produire H 3 700 francs. Cependant on obtint 604 120 francs, représentant un prix moyen de 30206 francs la lieue, et 12 fr. 07 l'hectare.

Dans le Territoire du Rio Negro, on mit en vente 30000 hectares estimés à 76 454 francs, et on obtint 217 800 francs, ce qui faisait 18 150 francs la lieue et 7 fr. 26 l'hectare. Le résultat général de toute cette opération fut que le Gouvernement réalisa une affaire splendide, mais qu'en même temps l'opération fut encore bien meilleure pour les heureux acquéreurs primitifs, qui, pour n'avoir pas rempli les conditions établies par la loi, dans les délais fixés, furent récompensés en recevant l'excédent du prix auquel ils avaient acheté, lequel excédent représentait pour quelquesuns de véritables fortunes.

Pour ce qui a trait aux ventes particulières, il est difficile de se rendre compte de la plus value, en raison du grand nombre de transactions qui se réalisent tous les jours. Mais nous essayerons cependant d'en rappeler quelques-unes, pour fixer approximativement les prix pratiqués en Argentine dans le courant de 1905.

La Province de Buenos Ayres, qui est la plus peuplée et celle renfermant la plus grande richesse de toute la République, est également celle où la propriété rurale a acquis sa plus grande valorisation. Dans la région de Lobos, située à quelques heures de Buenos Ayres, on a vendu un champ de 69 hectares, connu sous le nom de champ de Atucha, à raison de 1 628 francs l'hectare, un autre de 69 hectares à raison de 1 496 francs, un autre de 257 hectares à 748 francs, un autre de 238 hectares à 880 francs.

Dans la région de Roja* % située également à quel-

ques heures de la capitale fédérale, le champ où étaient les établissements « San José », « Santa Barbara » et « La Matilde » appartenant à M. Roberto Cano, et composé de 6 400 hectares, s'est vendu entre 462 et 715 francs l'hectare, ce qui représente un prix moyen de 519 francs.

Dans les environs de Dolores, territoire voisin de Buenos Ayres, on a vendu un champ, appartenant à l'établissement « Montes del Tordillo », composé de 7 632 hectares, à raison de 59 francs l'hectare. Dans la section Lincoln, on a vendu 4081 hectares à des prix qui varient entre 147 et 255 francs l'hectare. A Trenque Lauquen, l'une des zones de la Province de Buenos Ayres où la valorisation a été la plus rapide, des ventes se sont réalisées, portant sur 8 919 hectares, à des prix variant entre 118 et 204 francs l'hectare, soit à un prix moyen de 136 francs. A General Pinto, on a vendu le champ de l'établissement « Filadelfia », d'une étendue de 9393 hectares, à raison de 132 francs, en moyenne, l'hectare.

Une des plus importantes acquisitions de terre effectuées dernièrement dans la République est celle que fit le riche propriétaire Antonio Devoto à la « South American Land C° L ed » de 116 lieues (290000 hectares), au prix de 14 millions de francs, ce qui représente un prix moyen de 48 francs l'hectare.

Parmi les ventes qui ont le plus appelé l'attention durant le premier semestre de 1905, ventes réalisées dans la Province de Buenos Ayres et dans la Pampa, figure le champ de « Cobo », à Olavarria, vendu à 352 francs l'hectare, un champ à Arrecifes cédé à raison de 858 francs l'hectare, un autre à Chivilcoxj à 836 francs l'hectare, diverses propriétés situées dans les environs de Campana, à raison de 1980 francs

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l'hectare et un champ à Catrilô à 330 francs l'hectare.

En ce qui concerne les terres propres à l'agriculture, leur prix varie beaucoup selon leur éloignement plus ou moins grand de la Ville de Buenos Ayres ou du port de Bahia Blanca, suivant qu'elles se trouvent rapprochées d'une station de chemin de fer, qu'elles possèdent l'eau près de la surface, ce qui permet la culture de la luzerne, et suivant également la facilité de payement qu'accordent les propriétaires, joints à divers autres éléments d'appréciation.

Parmi beaucoup d'autres exemples, nous mentionnerons les 238077 hectares de terre de Curumalan, situés à dix heures de Buenos Ayres, appartenant à une société anonyme qui les acheta en 1903 de MM. Baring Brothers, de Londres, au prix de 20176885 francs. Cette société a vendu jusqu'au 1 er juillet 1905 plus de 100000 hectares de terres, directement aux agriculteurs, Russes pour la plupart, à des prix variant entre 132 et 198 francs l'hectare, en leur accordant entre trois et quatre ans de terme pour le payement, moyennant un intérêt de 8 p. 100 par an.

La Province de Côrdoba est, après la Province de Buenos Ayres, celle où s'est produite la plus rapide valorisation des terres. Les transactions en propriétés rurales y sont également très nombreuses et représentent un chiffre important. Dans les cinq années de 1899 à 1903, environ 3 800000 hectares de terre ont changé de propriétaires et dans la seule année 1904 on y a vendu 1 546896 hectares.

11 est difficile de se rendre compte des opérations réalisées, à cause de leur nombre; mais, pour ne citer que les plus importantes, nous pouvons rappeler les 25000 hectares situés dans le département Juarez Cebnan, appartenant à Alejandro Roca, vendus aux

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enchères publiques dans le premier semestre 1905, à des prix variant entre 55 et 143 francs l'hectare. Etant donnés les prix que ces terres acquirent postérieur ment, les acheteurs réalisèrent une splendide affaire; aucun d'eux ne donnerait les terres qu'il a achetées à moins du double de leur prix d'acquisition. Dans le département Union de cette même Province, on a vendu 24 253 hectares à des prix variant entre 41 et 114 francs.

Une autre vente très importante du premier semestre 1905, réalisée dans la Province de Côrdoba, a été celle qui eut lieu dans le département de Tulumba, à quinze lieues de la colonie et station Morteros du chemin de fer Central Argentin. La zone vendue comprenait une étendue de 84377 hectares, et le prix qu'on en obtint varia entre 4 fr. 60 et 5 fr. 70 l'hectare.

Dans la Province de Santa Fé, la valorisation de la propriété n'a été, en ces dernières années, ni aussi grande ni aussi rapide que dans les Provinces de Buenos Ayres et de Côrdoba, et cela parce que cette Province ayant été celle où commença le mouvement colonisateur en l'année 1856 par la fondation de la colonie Esperanza, ses terres avaient déjà subi de brusques augmentations dans les années antérieures. Mais, même en tenant compte de ces conditions spéciales, les transactions qui s'effectuent n'en sont pas moins importantes. Dans les cinq années, de 1899 à 1903, les ventes ont porté sur 2 361 000 hectares, et en 1904 sur 820 413 hectares. Dans le département General Lopez, de cette même Province, on a vendu 9509 hectares entre 72 et 180 francs l'hectare.

Les Provinces de San Luis et Santiago de VEstero ont été les dernières à prendre part à ce mouvement ascensionnel de valorisation de la propriété rurale. La première, surtout, a été, à ce point de vue, une rêvé-

lation pour tout le monde. Dès qu'on a pu constater que les terres de cette Province sont admirablement propres à former de splendides champs de luzerne, leur valeur a atteint brusquement de grandes proportions, commençant à 4 fr. 50 l'hectare, pour arriver à 20. 40 et même 60 francs.

Mais, comme nous l'avons déjà dit, c'est dans la Pampa, dans ce vaste Territoire formé par 145 907 kilomètres carrés — juste la moitié de la superficie de l'Italie, — qui fut incorporé en 1880 après l'expédition du général Roca, que se sont produits les cas les plus surprenants de valorisation de la terre. Là, tout subit une incessante transformation : la charrue ouvre chaque année de plus grands sillons pour déposer les germes; l'ensemencement en luzerne se multiplie; les établissements d'élevage arrivent jusqu'aux dernières limites du territoire, et un vaste réseau de chemins de fer en exploitation, en construction, ou à l'étude, promet de l'entourer de toutes parts pour donner la circulation à ses produits et faciliter les échanges. Tous ces changements merveilleux s'opèrent à notre vue, chaque jour; il n'est donc pas étonnant que la valeur de la terre suive cette môme impulsion de progrès.

Dans la Pampa Centrale, on a vu, en ces derniers temps, des terres propres à être ensemencées en luzerne, avec l'eau de 3 à 10 mètres du sol, non loin des centres peuplés, et avec des voies de communication rapides, se vendre à des prix quadruples de ceux qu'elles valaient il y a un an et demi et atteindre jusqu'à 220 francs l'hectare. Il existe plus d'un exemple de champs, qui avaient coûté 22000 francs la lieue de 2500 hectares et qui ont été vendus à 220000 francs.

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A la gare Catrilô du chemin de fer de l'Ouest, située sur le même Territoire de la Pampa, on a offert à son propriétaire, M. Mathias R. Sturiza, 1 540000 francs pour un champ qu'il acquit, il y a deux ans, pour 132000 francs.

Des personnes compétentes assurent, en s'appuyant sur les prix obtenus dans les dernières ventes, qu'aux environs de Sanla^Rosa de Toay, capitale du Territoire de la Pampa, la valeur des champs a augmenté de 300 p. 100. Dans le département Victoria, du même Territoire, des champs qui étaient offerts, il y a peu de temps, à 6 fr. 60 l'hectare sans trouver preneurs, se vendent aujourd'hui à 66 francs.

Telles sont les principales manifestations du phénomène économique de la valorisation de la terre, un des plus intéressants parmi ceux que présente l'actualité argentine à l'étude des observateurs. Est-ce là le vrai symptôme de la vitalité du pays, ou bien faut-il voir dans ces faits l'annonce d'une période de crise commerciale, caractérisée, selon le savant économiste Juglar, par la hausse de toutes les valeurs et par une spéculation effrénée?

Les événements qui se déroulent au milieu de la fiévreuse activité argentine, bien plus rapidement que chez les autres nations, ne tarderont pas à nous donner la réponse à ces questions *.

1. L'importance des transactions sur les propriétés rurales est aujourd'hui si grande et la spéculation tellement ardente que les prix consignés ici, d'après des indications recueillies il y a quelques mois à peine, apparaissent déjà à Pheure actuelle comme des faits fort anciens.

La canne à sucre. —■ Étendue des plantations. — Chiffres de la production. — La législation sucrière. — Consommation.

— Impôts.

La vigne. — Étendue des plantations. — Production, consommation. — Qualité imparfaite. — Concurrence de l'importation étrangère.

Le tabac. — Étendue des plantations. — Valeur du produit, préparation défectueuse.

Le mûrier. — L'élevage du ver à soie peut s'implanter en Argentine, mais cette culture n'existe encore qu'à l'état d'essai.

La yerba maté. — Importante consommation de ce produit.

— Chiffre de l'importation étrangère. — Régions propres à cette culture.

Le coton. — Conditions physiques propres à cette culture.

— Premiers résultats favorables en Argentine. — Son implantation dans le Chaco. — Défaut de main-d'œuvre- pour le développement de cette industrie.

Le caoutchouc. — Existence de plants dans l'Argentine. — Richesse encore inexploitée.

Étant donnée la diversité du climat, tous les arbres fruitiers peuvent s'implanter en Argentine. — Les différents fruits cultivés suivant les régions. Amélioration des produits.

Le commerce des fruits. — Son développement possible en raison de l'inversion des saisons par rapport à l'Europe. — Procédés frigorifiques appliqués au transport des fruits. — Régions particulièrement appropriées pour la production des fruits.

Indépendamment de la culture des céréales comme le blé, le lin, le maïs et l'élevage si important des

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animaux de l'espèce bovine et ovine, ainsi que les industries connexes, il existe d'autres cultures, dont quelques-unes ont déjà une grande importance et d'autres sont appelées à l'acquérir dans un avenir très prochain, si, comme il y a lieu de l'espérer, la marche ascensionnelle de la République Argentine ne subit aucun ralentissement.

La canne à sucre. — Parmi les cultures industrielles se place en première ligne la canne à sucre. La canne est cultivée principalement dans la Province de Tucuman, où sont établies la plus grande partie des fabriques de sucre qui existent dans le pays. On la plante, et elle prospère dans une partie des Provinces de Santiago, Salta et Jujuy, dans le nord de Santa Fé, à Corrientès et dans les Territoires de Formosa, du Chaco et de Misionès.

La culture de la canne à sucre existe depuis fort longtemps dans le pays ; mais elle a acquis un développement remarquable, principalement dans ces derniers dix ans, par suite des prix élevés atteints par le sucre, de la création de nombreuses usines dotées de machines perfectionnées et enfin des bénéfices notables que cette culture a rapportés.

Le résultat a été un excès de production, qui a conduit l'industrie sucrière à une crise intense, dont maintenant elle est en voie de sortir. Ceux qui en ont le plus souffert ont été ceux qui ont abusé du crédit pour monter des fabriques coûteuses, qui ont fait des plantations de canne à sucre dans des terres impropres à cette culture ou situées dans des conditions défavorables quant au climat, à la terre et aux moyens de transport.

L'étendue totale cultivée en 1905 est estimée à environ 60 000 hectares, ce qui représente par rapport

à Tannée 1895 une augmentation de 1 000 hectares.

Suivant le calcul de personnes compétentes, un hectare de canne à sucre demande pour sa plantation une dépense de 100 piastres papier et peut produire un résultat rémunérateur pendant une quinzaine d'années et même davantage. La quantité de canne à sucre que produit un hectare varie de 25000 à 35000 kilogr. et peut atteindre jusqu'à 45000 kilogr.

Quant au rendement que produit l'élaboration de la canne à sucre, il est susceptible de plus grands progrès, le jour où Ton obtiendra une utilisation plus complète des jus et où Ton mettra en pratique des procédés perfectionnés dans les travaux successifs de défécation, concentration, cristallisation, etc.

Actuellement, les rendements en sucre ne dépassent pas 8 p. 100, et, dans la généralité des cas, ils ne sont pas supérieurs à 4 et 5 p. 100, surtout dans les fabriques qui ont encore d'anciens systèmes d'élaboration ! .

Il est intéressant de consigner ici quelques renseignements rétrospectifs, qui démontrent le développement qu'a pris la production du sucre depuis quelques années. Dans un autre chapitre, nous nous occuperons plus spécialement de cette production en tant qu'industrie.

Ainsi, en 1884, on a récolté 24000 tonnes; on tst arrivé à 75000 en 1894,puis on a atteint 109000 en 1895, ce qui fait une augmentation de 352 p. 100 en onze ans. En 1896, la production a été de 134417 tonnes, soit une augmentation de 360 p. 100 sur le produit de 1884. Enfin, en 1901, on a récolté 158154 tonnes, en 1902, 123081, et en 1903, 140000 tonnes.

Nous avons dit que la République Argentine avait

i. Voir Carlos P. Girola, Investigation agricole dans la Rép. Argentine, année 1004, p. 240.

l'argentine au XX* s. 11

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eu aussi sa crise sucrière par suite d'un excès de production, et de même que les autres nations productrices de sucre, elle s'est vue dans l'obligation de faciliter la sortie de son excédent en accordant des primes à l'exportation.

Ces primes ont été concédées dans la forme suivante : une loi de 1,894 obligeait le producteur à payer 6 centavos par kilogramme de sucre fabriqué et lui accordait par contre une prime de 16 centavos pour chaque kilogramme exporté dans des conditions déterminées. Cette Joi cessa d'être en vigueur le 31 décembre 1904; mais elle fut remplacée par une autre, le 1 er janvier 1905, en vertu de laquelle le fabricant qui n'exporte pas 25 p. 100 du sucre élaboré par lui, paye 15 centavos par kilogramme sur le quart de sa fabrication ou sur la partie qu'il n'exporte pas.

Ces deux lois comportent une différence radicale : par la première, l'État recevait 6 centavos par kilogramme de sucre fabriqué, desquels il restituait 4 centavos par kilogramme livré à la consommation, pour remettre ensuite 16 centavos par kilogramme exporté, conservant ainsi, comme minimum d'impôt, 2 centavos par kilogramme livré à la consommation. Par la seconde loi, l'État ne reçoit rien à la sortie du sucre de la fabrique, car le producteur se borne à remettre des traites pour une valeur égale à 15 centavos par kilogramme sur le quart de sa fabrication, traites qu'on lui restituera s'il exporte le quart de sa production, de sorte qu'il ne reste à l'État, en cas d'exportation, pas un centime comme produit d'impôt sur le sucre. Mais, par une décision du Gouvernement prise au mois d'avril 1905, on a supprimé l'impôt de 15 p. 400" et l'obligation d'exporter un tant pour cent du sucre fabriqué. L'industrie du sucre est alors entrée dans

une nouvelle période de liberté absolue, et en même temps s'est débarrassée de la protection officielle. La République Argentine s'associe ainsi d'une manière absolue à l'accord international de Bruxelles, qui supprima les primes d'exportation du sucre.

D'après un travail documenté de l'administrateur général des impôts internes, depuis 1897 jusqu'en 1904, on a payé l'impôt pour 1 038 millions de kilogrammes de sucre, sur lesquels on a exporté 243 millions de kilogrammes et livré à la consommation intérieure 779 millions de kilogrammes, avec un excédent sur place de 15 millions de kilogrammes *.

La consommation, dans les huit années de 1897 à 1904, a été de 780 millions de kilogrammes, ce qui représente 97 millions par an. Pratiquement, cette consommation n'est pas toujours égale, mais augmente de 5 millions de kilogrammes par an. Ainsi, on a consommé en 1897 environ 80 millions de kilogrammes, tandis qu'en 1904 le chiffre a atteint 115 millions.

De l'année 1896 à 1903 inclusivement, l'État a perçu 47 581 622 piastres papier d'impôts internes pour 914 millions de kilogrammes de sucre élaboré, mais a déboursé sous forme de prime à l'exportation 30388665 piastres papier pour 212 millions de kilogrammes de sucre; il ne lui est donc resté par conséquent que 17 192 936 piastres liquides comme résultat net de sa perception *.

1. Voir Information sur l'impôt du sucre par V administrateur des impôts internes, Rufino Varela, année 1905, p. 29.

2. Voir Le protectionnisme et ses excès en faveur de Vindustrie sucrière. Notes historiques, par Ricardo Pillado, Post-scripturn, p. 15.

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La vigne. — Une autre culture importante de la République Argentine est celle de la vigne, qui est plus spécialement localisée dans les Provinces de Mendoza et San Juan. Il suffira, pour se rendre compte du développement de la viticulture, de savoir qu'en 1885 il existait en plants de vignes 32 541 hectares, alors qu'actuellement le chiffre dépasse, croyonsnous, 40000 hectares. Les différentes espèces de ceps sont choisies parmi les meilleures que cultivent la France et les principales nations vinicoles. Les plantations se sont faites dans les meilleures conditions, mais cependant les produits de l'industrie argentine laissent encore beaucoup à désirer. De plus, celle-ci a souvent mis sur le marché des vins mauvais, aigres, mélangés d'eau, qui ont amené son discrédit, et qui ont fait naître dans l'esprit de beaucoup le doute qu'il puisse exister réellement une industrie vinicole argentine.

Ce qui a contribué principalement à ce résultat désastreux, c'est le manque de capitaux dont, souffre cette industrie, ce qui ne permet pas de donner à la fermentation le temps nécessaire et d'améliorer le vin, en le laissant séjourner dans des caves aménagées à cet effet.

Pressés par les échéances, les viticulteurs argentins s'empressent d'élaborer leurs produits dans le moins de temps possible et de le lancer dans la circulation pour pouvoir faire face à leurs engagements. Il en résulte qu'en général, sauf des exceptions aussi honorables que limitées, l'industrie vinicole produit des tisanes et non des vins.

Malgré ces conditions défectueuses, la consommation des vins du pays est arrivée cependant à prendre des proportions importantes, ce qui a contribué à éli-

miner en grande partie, grâce aussi à de forts droits de douane, les produits similaires étrangers. En 1899, pour ne pas remonter très loin, la consommation totale de vin a été, pour toute la République, de 182 631 350 litres, sur lesquels 135 millions de litres étaient représentés par des vins du pays et 48 millions par des vins étrangers (dans ces derniers ne sont pas compris les vins qui s'importent en bouteilles). En 190Ô, on a consommé 174 millions, dont 126 millions devins du pays et 48 millions de vins étrangers. En 1901, sur 186 millions, les proportions respectives ont été de 138 millions et 47 millions; en 1904, sur une consommation de 212 millions, la proportion a été de 175 millions pour les vins de pays et 37 millions pour les vins étrangers.

La production vinicole argentine, comme nous l'avons déjà dit, est limitée aux vins de consommation générale. Les variétés plus fines qui entrent dans la consommation sont fournies par la production étrangère.

La consommation de vins fins en 1904 révèle une notable augmentation sur celle de 1903, ce qui est une démonstration de plus à ajouter à celles déjà nombreuses consignées dans le cours de ce livre, au sujet des excellentes conditions économiques et par conséquent gastronomiques dans lesquelles se trouve actuellement la population de l'Argentine. Les grands et profitables rendements des moissons agricoles permettent aux habitants de pourvoir leur table de vins fins.

La douane, qui est toujours un baromètre fidèle pour mesurer le degré de bien-être d'un peuple, nous donne la preuve de ce que nous affirmons. En 1904, ont passé par ses dépôts, venant de l'étranger,

26 468 douzaines de bouteilles de vin de Champagne, soit 12 577 de plus que l'année antérieure; 3082 douzaines de vin de Xérès, soit un excédent de 2 538 douzaines ; 3 371 douzaines de porto, c'est-à-dire une augmentation de 1 896 ; 237 629 bouteilles de vermout, ce qui représente une augmentation de 61 212 bouteilles, et 26 725 litres de xérès en barils, soit une augmentation de 10766 litres. Les vins communs importés en tonneaux pour 1903 se sont élevés à 38 millions de litres.

Comme l'industrie sucrière, l'industrie vinicole naissante a subi sa crise. L'abus que Ton fit du crédit pour établir des chaix et des installations coûteuses, et, d'autre part, les procédés défectueux de fabrication qui amenèrent le discrédit sur le produit, déterminèrent un malaise profond, dont n'est pas encore sortie cette jeune industrie. Elle ne peut prétendre à un avenir en Argentine que lorsqu'elle aura perfectionné ses moyens de préparation et formé peu à peu ses crus avec de la patience et du temps.

Le tabac. — Le tabac est une autre plante industrielle qu'on cultive déjà depuis nombre d'années dans la République. Les régions les plus favorables à cette culture sont celles du nord et du centre, et surtout les Provinces de Corrientès, Tucuman, Salta, Catamarca et les Territoires du Chaco, Formosa et de Misionès. Il n'y a qu'une très minime partie du territoire argentin où Ton s'adonne à la culture de cette plante; c'est à peine si l'on trouve 9000 hectares ensemencés, dont 3 000 à Corrientès, 2 000 à Salta, 1 500 à Tucuman, 1 000 à Catamarca et au Territoire du Chaco et 1 500 dans d'autres Provinces et Territoires.

La culture du tabac, selon un agronome compétent,

ne se fait pas, dans la République, avec tout le soin qui serait nécessaire pour obtenir, préparer et mettre en circulation un produit de valeur. Ce qu'il y a de plus défectueux, c'est la préparation des feuilles, le séchage et la conservation ; de là résulte qu'on n'obtient que des produits peu appréciés, et que, pour les tabacs spéciaux et fins, on doit recourir à l'importation '-.

Cette culture peut cependant prendre de l'extension dans les régions où Ton s'en occupe et dans celles du centre et du nord de la République où abondent les terrains propres à cette exploitation, mais à la condition qu'on choisisse avec soin les espèces qui conviennent, qu'on améliore les moyens d'ensemencement et de récolte, et qu'on prête plus d'attention à la préparation du produit.

Le mûrier. — La culture du mûrier peut être comprise dans celle des plantes industrielles, si l'on tient compte que ses feuilles servent à l'alimentation du ver à soie.

Du temps de la conquête, dit l'ingénieur Carlos D. Girola, notre guide compétent à travers les cultures industrielles, on élevait le ver à soie dans les Provinces de Cuyo et l'on y fabriquait des tissus de soie à la main; mais, par suite de la facilité des transports, les soies importées firent une telle concurrence aux tissus à la main que l'élevage du ver à soie se réduisit graduellement et finit par disparaître.

De nombreuses expériences effectuées au cours de ces dernières années ont démontré que Ton peut entreprendre cette industrie dans une grande partie du

1. Voir Investigation agricole dans la République Argentine^ par Carlos D. Girola, année 1904, p. 166.

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pays, et qu'elle a les plus grandes chances de se développer là où la population est la plus dense, la maind'œuvre plus abondante et les habitations des cultivateurs plus vastes et plus commodes, comme dans les Provinces de Buenos Ayres (nord), de Santa Fé et dans une partie de celles d'Entre Rios et de Côrdoba. Cependant, jusqu'à présent, les cocons indigènes ne sont l'objet d'aucune demande et leur placement en est si difficile qu'on ne peut conseiller l'élevage du ver à soie qu'à titre d'essai.

Le mûrier se développe et prospère parfaitement sur la plus grande partie du territoire argentin et principalement dans la région centrale et septentrionale, où il croît avec rapidité et vigueur. Il est donc à désirer que sa culture s'étende et que la propagation de cette plante servant à l'alimentation du ver à soie permette le développement de l'industrie séricicole, qui constitue déjà l'une des principales sources de richesse de quelques nations. Le mûrier fournit en outre un bois de construction excellent, et ses feuilles peuvent également être utilisées pour l'alimentation du bétail; au lieu de planter des arbres qui n'ont aucun emploi, on pourrait ainsi accorder au mûrier une place de préférence.

La yerba maté. — Nous ferons également mention d'un produit spécial à l'Amérique du Sud, la « yerba maté », qui, prise en infusion à l'aide d'un tube appelé « bombilla», a été pendant longtemps la boisson véritablement nationale. Elle est aujourd'hui presque complètement abandonnée par les classes aisées, mais sa consommation est encore très étendue dans certaines régions de la République. Prise comme le thé ou le café, et sous une forme plus hygiénique, elle s'emploie chaque jour davantage dans, les classes

ouvrières des villes aussi bien que des campagnes. Les chiffres de l'importation du maté, provenant du Brésil et du Paraguay, — sans compter ce qui vient du Territoire argentin de Misionès, — indique mieux que toute autre démonstration l'importance que possède encore la consommation de cette boisson. C'est ainsi qu'en 1904, on a importé 40 317 tonnes de maté, représentant une valeur de 4 456 790 piastres or.

En s'appuyant sur ces chiffres, et dans le but de repeupler les bois d'ilex détruits par une exploitation imprévoyante, des essais ont été tentés pour développer la culture du maté et les premiers résultats semblent de bon augure pour le succès de cette entreprise.

M. Thays, directeur des parcs et prpmenades de Buenos Ayres, à qui Ton doit l'embellissement floral de la métropole argentine, a été le premier à triompher des difficultés qui s'opposaient à la culture artificielle de la semence de maté.

Le développement de la plante est assez rapide; la récolte des feuilles peut commencer au bout de six .ans, quelquefois avant; la plante est suffisamment développée au bout de dix ans. Les soins à donner à cette culture sont analogues à ceux que demandent toutes les plantes frutales. Sa longévité est grande et jusqu'à présent on ne lui connaît aucune maladie.

La culture du maté peut s'étendre en deçà des limites du Territoire de Misionès, dans les terrains favorables de Corrientès, du Chaco et de Formosa, peutêtre aussi dans d'autres parties de la région septentrionale ou de la région centrale, et donner lieu à une exploitation plus intense. M. Thays a obtenu des spécimens de maté pour semences au Jardin Botanique de Buenos Ayres, dont la culture se fait en plein air.

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Le coton. — Des divers Territoires argentins, nul ne se prête mieux que le Chaco, Formosa et Misionès à la culture du cotonnier, tant par leurs conditions climatériques que par la composition de leurs terres.

Le cotonnier est indigène des îles ou régions maritimes des tropiques, et sa région géographique de culture, aux deux côtés de l'Equateur, va, vers le nord, jusqu'au 40 e degré de latitude, et, vers le sud, jusqu'aux environs du 30 e , mais jamais jusqu'aux 35 e ou 40 e , malgré son adaptation probable.

Cette plante souffre à peine des plus fortes chaleurs de Tété, tandis que les journées très froides interrompent ses fonctions organiques. Elle a besoin d'une atmosphère chaude et humide pour son développement végétatif, sans que l'humidité soit excessive, parce que, dans ce cas, sa croissance est trop rapide.

C'est sans doute grâce a ces conditions naturelles que la culture du cotonnier a commencé à prendre un certain développement dans les Territoires du Chaco, de Formosa et de Misionès déjà nommés, dès que les cultivateurs s'aperçurent de son excellent rendement.

La culture de ce précieux textile n'est cependant pas nouvelle dans le pays ; elle fut pratiquée autrefois, principalement dans Misionès, durant l'administration des PP. Jésuites, qui en fabriquaient divers tissus pour leur propre usage et pour trafiquer avec le dehors. Mais, avec l'expulsion des membres de la célèbre Compagnie de Jésus et le dépeuplement qui en fut la conséquence, on vit se produire la décadence et l'extinction presque totale de cette culture, dont les habitants ne conservèrent que le souvenir.

De nombreuses années passèrent, jusqu'en 1894, où l'on sema comme essai, dans le Territoire de For-

mosa, quelques graines des variétés « Louisiana et Sea Island », provenant des États-Unis.

Ces essais donnèrent d'excellents résultats, ce qui encouragea l'ensemencement de grandes surfaces. Il y a actuellement, dans diverses colonies fondées au Chaco et presque exclusivement cotonnières, environ 5500 hectares affectés à la culture de cet arbuste. Aussi peut-on dire aujourd'hui, affirme un rapport officiel, que le Chaco marche à l'avant garde de la production cotonnière de la République, tant par l'extension de la culture que par la quantité de fibres qu'il récolte annuellement, et par l'importance de son commerce avec la place de Buenos Ayres 1 . Dans le court espace de deux années, de mars 1902 à mars 1904, on a exporté par Barranqueras, le port de cette région, 386 620 kilogr. de fibres et 130378 kilogr. de graines de cotonnier. Tout ceci permet donc d'augurer, comme l'affirme le même document, que le Chaco deviendra une contrée de grande production du coton, à la condition que les facteurs réfractaires puissent être progressivement éliminés du chemin.

Pour que le lecteur puisse se rendre compte de l'avenir qui est réservé, dans le développement économique de l'Argentine, à la culture et à l'exploitation du coton, il suffit de se reporter au calcul suivant sur son rendement. Les terres du Chaco, propres à cette culture, donnent, dans les bonnes années, un rendement moyen par hectare de 2000 kilogr. de coton en rame, c'est-à-dire fibre et graine. En vendant ce coton au prix infime de 10 centavos le kilogr. (aujour-

1. Voir la notable monographie intitulée : Investi g aciones atgodoneras en los territorios ciel Chaco, Formosa y Alisionès, arïo 1904, par l'ingénieur agronome Fidel Aïaciel Perez, dont nous tirons toutes les données pour ce travail.

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d'hui on ie cote jusqu'à 12, 15 et 17 centavos), le rapport minimum pourrait être évalué à 200 piastres (440 fr.) par hectare, même lorsque les prix seraient relativement plus bas que ceux indiqués. Quant aux frais d'exploitation, ils ne dépassent pas 100 piastres par hectare, sauf quelques petites variations suivant les localités.

C'est là ce que coûte la production d'un hectare planté en cotonniers, durant la première année. Plus tard les frais diminuent de 25 p. 100, de sorte que le bénéfice liquide peut arriver à dépasser 100 piastres (220 fr.) par hectare.

L'un des grands obstacles que rencontre cette culture pour sa complète évolution, consiste dans le manque des bras indispensables aux délicates et minutieuses opérations concernant la récolte. Il est même arrivé, durant ces dernières années, que, dans certains endroits, on a offert jusqu'à 4 centavos par kilogramme de coton extrait et, dans d'autres, jusqu'au tiers du produit de la récolte. Mais on peut assurer que, lorsque le cultivateur tant du pays que de l'extérieur se sera rendu compte de l'extraordinaire rémunération que laisse ce textile, la production cotonnière prendra une extension beaucoup plus grande.

Comme il s'agit d'une culture industrielle en formation, il n'a pas été possible encore d'en retirer tous les profits que l'on en obtient en d'autres pays ; c'est ainsi que la graine du cotonnier, qui, aux États-Unis spécialement, est une source de richesse, commence à peine à être utilisée pour en extraire l'huile. Divers établissements viennent d'être fondés dans ce but et c'est un commencement. L'ingénieur-agronome Maciel dit, avec raison, qu'il ne manque que des filatures et des établissements de tissage pour que ie cycle indus-

triel de l'exploitation cotonnière du Chaco arrive à son évolution complète.

Caoutchouc. — Une autre richesse forestière que possède l'Argentine et qui est pour le moment inexploitée, — ceci dû principalement au défaut de population et au manque de voies de communication, — c'est l'extraction du caoutchouc contenu dans certains arbres tropicaux.

Dernièrement, par exemple, quelques personnes compétentes ont découvert qu'il existe en abondance dans le nord-est de la République et dans les Provinces de Salta et de Jujuy, entre les 23 e et 26 e degrés de latitude nord, et les 62 e et 66 e degrés de longitude ouest de Greenwich, un arbre, le « Ficus elastica », producteur des gommes élastiques qui ont donné tant de richesse au territoire bolivien de l'Acre et à différentes régions du Brésil.

Diverses plantes donnent le caoutchouc : les unes, du genre appelé « lecherones », poussent dans les lieux les plus humides et les plus sombres; d'autres, appelées au Brésil « ebeas », qui sont beaucoup plus fines; et enfin, il y en a d'une troisième sorte, appelées « lianes ».

La première variété, celle des « lecherones », produit de 8 à 10 kilogr. de gomme par année ; il existe des terrains qui en contiennent jusqu'à 50000 plantes par lieue et les moins favorisés en ont 2 000 plantes. Si Ton tient compte que la valeur commerciale du caoutchouc est de 13 fr. à 17 fr. 50 le kilogr. on pourra se faire une idée de la grande richesse que contient cette région. Il faut ajouter à cela que le travail d'exploitation est simple et facile, que la contrée est sans aucun doute très saine, et, qu/çn payant aux ouvriers

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un salaire de 4 fr. 50 jusqu'à 17 francs par jour, il reste encore un bénéfice considérable.

Actuellement, dans diverses entreprises, des personnes d'initiative se préoccupent d'exploiter cette nouvelle richesse forestière argentine, qui peut devenir, elle aussi, avec le temps, une attraction pour les hommes et les capitaux.

Il existe une autre catégorie de cultures, qui, bien que ne présentant pour le moment qu'une importance minime, est destinée à en avoir une plus grande dans un avenir prochain : c'est celle des arbres fruitiers, dont nous devons signaler les rapides progrès. Étant donnée l'immense superficie du territoire argentin, doté des climats les plus divers, depuis le climat glacé de la Terre de Feu jusqu'au semi-tropical de Corrientès et de Jujuy; depuis le climat tempéré du littoral jusqu'au climat plus doux des montagnes de Côrdoba ou des Provinces Andines, et avec des altitudes diverses au-dessus du niveau de la mer, il n'y a rien d'étonnant que tous les arbres fruitiers qui existent au monde puissent y vivre et prospérer.

Dans la région septentrionale, et spécialement dans les Provinces de Corrientès et Tucuman, à Salta, à la Rioja, à Catamarca, Jujuy, Formosa, au Chaco et à Misionès, on cultive actuellement les oranges, les mandarines, les citrons de différentes espèces, les figues et les grenades. A Tucuman et à Salta, on cultive les « chirimoyos » et les « pal tas ». Les amandes, les olives, les figues de Barbarie, les ananas, les bananes et les « guayabos » peuvent également se cul-

tiver dans cette région ; mais malheureusement toutes ces cultures restent stationnaires à cause de ce manque de bras qui trouble toutes les fonctions de la vie économique et industrielle de l'Argentine.

Dans la région centrale, on trouve aussi des mandarines (nord de Entre Rios et de Santa Fé), des citrons (Entre Rios, Santa Fé et Buenos Ayres), la vigne, surtout dans les Provinces de Mendoza et San Juan, ainsi qu'à la Rioja, Salta et Catamarca, et à Côrdoba, Santa Fé, Entre Rios et Buenos Ayres. Les pêches, les prunes, les abricots, les cerises, les pommes, les poires, les coings, les nèfles, les ligues se cultivent dans toutes ces régions et principalement dans la Province de Buenos Ayres et dans les îles du delta du Parana. Dans cette partie, on trouve aussi des amandiers, des noyers, des noisetiers, des châtaigniers, mais sur une petite étendue. Il y a une production moyenne de citrons; l'olive se développe également dans de bonnes conditions.

Dans la région méridionale, il n'y a pas de culture de fruits, sinon dans quelques propriétés du Rio Negro et dans la vallée du Chubut. Cependant, les pêches, les abricots, les prunes, les cerises, les pommes , les poires peuvent prospérer dans différents endroits, et les noix, les noisettes et les châtaignes pourraient couvrir de vastes étendues de la région andine où les pluies sont plus fréquentes et l'humidité atmosphérique plus élevée '.

Jusqu'à présent, en raison des grands bénéfices que recueillaient ceux qui s'adonnaient à l'agriculture et à l'élevage, et surtout à cause de l'insuffisance de

i. Voir chap. Arbbes fruitiers, dans l'Investigation agricole de G. P. Girola, reproduit dans les Annales de la Société Rurale Argentine, janvier et février 1905.

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population, qui est la cause première dont nous avons déjà parlé, la culture des arbres fruitiers était, pour ainsi dire, abandonnée dans le pays, et le peu qu'il y avait ne répondait à aucun plan défini, qui aurait eu pour base le choix minutieux des semences que Ton devait planter, la préparation de la terre et la protection efficace des arbres. Malgré tout, on obtenait des résultats satisfaisants qui révélaient, plus encore que l'intervention de l'homme, la bonté du sol et l'excellence du climat.

Mais, depuis peu, il s'est produit une remarquable évolution dans cette branche de culture, qui semble promettre pour l'Argentine une industrie fruticole comparable à celle d'autres peuples plus avancés. Aujourd'hui, d'après Girola, on apporte plus de soin dans les plantations et dans la culture des arbres fruitiers, car les cultivateurs ont acquis la conviction qu'il vaut mieux produire qualité que quantité et que cette culture demande, comme les autres, la sélection des variétés au moment de la plantation des arbres, des perfectionnements incessants au moyen de greffes bien faites, enfin l'application de procédés spéciaux pour chasser les insectes nuisibles et empêcher le développement des maladies parasitaires ou autres.

De tout ceci, il résulte que la culture des arbres fruitiers marche graduellement vers des méthodes rationnelles, qui ne tarderont pas à exercer leur influence bienfaisante en transformant les anciennes plantations, que l'on appelle avec raison forêt d'arbres fruitiers, en jardins bien plantés et cultivés, donnant des produits très améliorés au point de vue de la qualité et de la beauté des fruits. D'autre part, les producteurs d'arbres fruitiers se préoccupent en même temps de mieux connaître les variétés et de

les sélectionner, pour mettre en vente celles qui doivent procurer le plus de bénéfices et propager les espèces les plus appréciées.

La culture des arbres fruitiers est loin d'occuper le rang qui lui revient parmi les productions du sol argentin. Elle est distribuée d'une façon irrégulière; certaines espèces abondent dans quelques régions et manquent ou sont très rares dans d'autres, sans qu'il soit possible à celles-ci de se les procurer dans des conditions économiques, à cause de la difficulté et de la rareté des moyens de transport.

Quant au commerce des fruits, il a été jusqu'ici très restreint et limité presque exclusivement aux fruits frais, car, à l'exception de la fabrique « Tigre Packing Company » et de quelques autres qui préparent les pêches conservées dans du sucre, tous ceux qui s'occupent d'offrir cet article en vente au public, le font sous cette forme.

Cependant, au milieu de la fiévreuse activité qui caractérise la situation présente en Argentine, ce commerce reçoit chaque année une impulsion plus grande, non seulement au point de vue de la consommation intérieure, qui a été vulgarisée sous l'action de sociétés comme la « Cooperativa Fruticola », s'efforçant de livrer au consommateur des articles de première qualité à des prix convenables, mais encore au point de vue de la consommation des villes importantes de l'étranger. Ces envois de fruits frais pourront constituer bientôt une branche importante du commerce extérieur argentin, comme cela existe déjà aux États-Unis et dans d'autres pays.

Pour le commerce de fruits frais avec l'étranger, l'Argentine se trouve dans des conditions exceptionnelles, car, en raison de sa situation géographique,

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elle peut, en profitant de l'inversion des saisons, envoyer aux marchés consommateurs d'Europe des produits de l'été qui y arriveront en plein hiver et y seront considérés comme de véritables primeurs. Sur ces marchés, elle aura encore l'avantage de n'avoir pas à compter avec des concurrents redoutables, car ceux qui pourraient lui disputer son rang, comme les producteurs de l'Afrique du Sud, région située à la même latitude que Buenos Ayres, ou le Chili, qui a une variété de fruits riches, n'ont ni l'un ni l'autre la production abondante de la République, ou, s'ils l'ont, comme la seconde de ces deux contrées, se trouvent séparés de l'Europe par une distance plus grande qui augmente considérablement le prix du transport.

En profitant de ces excellentes conditions physiques, et aussitôt que ce commerce aura obtenu les concours indispensables qui lui manquent, c'est-à-dire des vapeurs rapides et commodes avec des chambres frigorifiques pour emmagasiner de grandes quantités de fruits frais, les résultats bénéficiaires ne se feront, croyons-nous, pas attendre.

L'un des auteurs de ce livre a remis au mois de mars 1903 à MM. Garcia, Jacobs et C le , de Londres, à titre d'échantillon, un lot de pêches conservées par le froid, et, d'après le témoignage de ces commerçants, les pêches de Buenos Ayres peuvent faire l'objet d'une bonne entreprise, à la condition que les variétés produites soient d'une qualité supérieure. Entrant dans les détails de cette affaire, ils ajoutaient que les meilleures qualités envoyées avaient donné un bon résultat; ils terminaient en disant que les consignations de Buenos Ayres arrivant à Londres dans les mois de février, mars, avril et mai, devaient donner des rendements intéressants.

Après cet essai, beaucoup d'autres ont été faits par différentes personnes, jusqu'au jour où, croyant le moment venu d'établir ce commerce sur des bases solides et permanentes, la Direction de la Royal Mail Navigation Company prit la résolution de doter ces vapeurs de cales spéciales frigorifiques pour le transport des fruits frais.

Les premiers envois n'ont pas été complètement satisfaisants, parce que dans ce commerce que l'on entreprend maintenant sur une vaste échelle* tout le monde a beaucoup à apprendre, depuis le producteur qui plante les variétés qu'il croit propres à l'exportation, le valet de ferme qui recueille le fruit de l'arbre, celui qui le range dans des caisses spéciales, jusqu'à la compagnie de navigation qui doit confier le soin de refroidir les cales de ses navires à un personnel technique compétent, pour y maintenir une température constante, appropriée à chaque espèce de fruits. Cependant, même dans des conditions encore imparfaites, les progrès réalisés ont été très remarquables et permettent d'affirmer que l'exportation, dans cette branche de la production argentine, est parfaitement réalisable.

Les expositions de fruits que le Gouvernement de la République organise tous les ans avec beaucoup de sens pratique et d'opportunité, ont contribué puissamment à attirer l'attention sur ce genre de culture, en même temps qu'elles stimulaient les perfectionnements. Ces expositions ont été pour tout le monde une véritable révélation, car bien peu se doutaient que l'Argentine possédait une si grande variété des meilleures espèces d'arbres fruitiers, et qu'elle pouvait rivaliser avec d'autres pays au point de vue de cette production.

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Dans l'Argentine, le commerce des fruits frais, qui en est encore à ses débuts, ne peut pas compter, comme aux Etats-Unis, sur le concours important que devraient lui prêter les wagons frigorifiques, mis à la disposition des producteurs par les compagnies de chemins de fer pour le transport de grandes quantités de fruits d'une extrémité à l'autre du territoire. Mais cette innovation, comme beaucoup d'autres réclamées par le commerce et par l'industrie, viendra en son temps, quand la population aura augmenté et qu'il se sera ouvert, avec un caractère permanent, de nouveaux marchés consommateurs. Pour le moment, les fruits qui se consomment dans le pays, comme ceux destinés à l'exportation, n'ont pas à parcourir de longues distances pour arriver à destination, étant donné que généralement ils sont cultivés non loin de Buenos Ayres et particulièrement la pêche, qui, par sa qualité exceptionnelle, est le fruit le plus recherché.

Bien que tout le territoire argentin se prête admirablement aux diverses productions de fruits, il y a cependant certaines régions exceptionnellement préparées par la nature pour devenir un splendide verger. Parmi celles-ci, on peut citer les îles que forme le delta du Parana; elles sont dotées d'une terre extrêmement riche en splendides végétaux, et baignées pendant certaines époques de l'année par les eaux du fleuve, qui y déposent un limon fécondant analogue à celui que laissent, sur les rives de l'Egypte, les eaux fameuses du Nil. Là se reproduisent les plus diverses variétés d'arbres fruitiers, depuis les pêchers, les abricotiers, les poiriers, les pommiers, les figuiers, les pruniers, les cognassiers, jusqu'aux « diospiros kaki », et beaucoup d'autres espèces.

Une autre région qui a commencé à appeler l'attention par ses fruits splendides est celle dénommée Rio Colorado; elle sera, quelque jour, aussi célèbre par ses pêches et ses abricots que Test actuellement le territoire de Californie dans les États-Unis. A peu de distance de Buenos Ayres se trouve aussi une autre région privilégiée, surtout pour la culture de la pêche : c'est celle du village de Dolorès, dans la Province de Buenos Ayres, dont les fruits exquis figurent sur les meilleures tables de Londres et d'autres capitales européennes.

Comme on le voit par ces renseignements, la fruticulture argentine réalise de rapides progrès ; elle peut arriver avec le temps à s'implanter non seulement sur le marché intérieur, mais encore sur ceux plus importants de l'extérieur.

Quant à la préparation des fruits frais conservés dans le sucre ainsi que celle des fruits séchés, industries toutes deux très développées aux États-Unis, elles n'existent encore ici qu'à l'état rudimen taire ; mais on peut espérer qu'elles ne tarderont pas aussi à s'implanter, vu les rapides progrès qu'en ceci et en d'autres matières réalise chaque année l'Argentine.

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