COMMERCIALE
(piastres)
Pour avoir l'explication de ces phénomènes, il faut se rappeler que, dans la dernière période de douze ans, la population s'est augmentée seulement d'environ un million d'habitants, et que, par conséquent, la puissance de consommation du pays ne pouvait se modifier que dans des limites assez étroites. Si l'on fait abstraction de quelques périodes d'importations exceptionnelles, tenant par exemple à des grosses entrées de matériel pour la construction de nouvelles voies ferrées, on voit que les importations, dans leur rapport avec le chiffre de la population, représentent de 27 jusqu'à 37,6 piastres par tête d'habitant, tandis que le même rapport pour les exportations varie de 37,8 piastres jusqu'à 53 piastres, suivant les développements de la production agricole 1 .
Si nous examinons maintenant les résultats présents du commerce extérieur, nous voyons que la situation se résume par les chiffres suivants pour l'année 1904, en comparaison avec 1903 et 1902.
Exportations 264157 525 220 984 524 179 486 727
Importations 187 305 969 131 206 600 103 039 256
Excédent, p. or. 76 851556' 89 777 924 76 447 471
La balance commerciale se solde donc en 1904 par un excédent de 76 851 556 piastres or en faveur des exportations, contre 89 777 924 pour l'exercice 1903, lequel accusait une augmentation de 13 330 453 piastres or par rapport à 1902.
1. II faut aussi tenir compte, pour l'appréciation des chiffres, de l'importation depuis 1890, des changements dans les droits de douanes, dont nous parlerons ultérieurement. De même, il y a eu l'influence des variations du change quand les droits se payaient en papier (Latzina, Annuaire, 1903, p. 353).
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Quant aux résultats de Tannée 1905, dont nous ne connaissons à l'heure actuelle qu'approximativement les chiffres, voici d'après les derniers renseignements comment on peut les établir :
Exportations 322 millions p. or.
Importations 205 —
Excédent 117 —
C'est donc avec un énorme excédent, représentant 585 millions de francs, que s'est soldée la balance économique de Tannée 1905.
Une première observation s'impose, avant tout commentaire sur les chiffres du commerce extérieur: elle est relative à la méthode suivant laquelle ces comptes sont établis. Pour les importations, on prend les évaluations du tarif des douanes, et pour les exportations les prix courants de la place, calculés en or. Seulement, ce procédé d'estimation offre Tinconvénient de nous fournir des résultats qui ne sont pas conformes à la réalité et donnent tout au plus avec certitude les rapports d'une année à l'autre.
Les évaluations du tarif des douanes sont majorées, pour un grand nombre d'articles, de 20 à 30 p. 100 au-dessus de leur valeur réelle et quelquefois même deviennent de pures fantaisies.
Pour avoir une idée de cette influence perturbatrice qu'exerce sur le calcul des importations le tarif d'évaluation de la valeur des marchandises soumises au droit d'entrée, tarif qui est la base des travaux de la Statistique Nationale, il suffit de voir ce qui s'est passé avec le café. En 1899, on l'évalua à trente centavos or; en 1900, à 20; et, en 1902, à 12 centavos or.
Cet abaissement de 30 à 12 centavos, en trois années seulement, permet de juger de l'instabilité de ce tarif d'évaluation.
Voici quelques exemples des droits que paient en Argentine les principaux produits d'importation :
Le droit de 50 p. 100 frappe principalement les tissus, les articles de confection, les voitures, l'harnachement, les meubles, les chaussures, la parfumerie, la lingerie confectionnée, les chapeaux et articles similaires non grevés de droits spécifiques, parce qu'il existe une foule d'articles qui acquittent les droits d'entrée sous cette forme. Dans la pratique, ce droit de 50 p. 100 ad valorem se convertit en un droit de 100 p. 100 et plus, ceci dû aux valeurs arbitraires du tarif d'évaluation.
Le droit de 45 p. 100 pèse exclusivement sur les bas, chaussettes et articles du même ordre.
Celui de 40 p. 100 frappe les sacs de toile écrue et de tous genres en coton, la mégisserie, les dentelles fines de soie pure ou de soie mélangée, celles de fil, les couvertures de lit en laine, ou en laine mélangée avec chaîne de coton, doublées ou bordées, la passementerie et les cordons de soie ou de soie mélangée, les tissus et tout article de soie ou de soie mélangée, en y comprenant la bourre de soie, etc.
Le droit de 35 p. 100 est applicable aux tissus de laine en général, avec ou sans mélange.
Le droit de 25 p. 100 frappe toutes les marchandises non grevées d'un droit spécial. Celui de 20 p. 100 frappe l'acier en barres, en planches et en planchettes, et les tissus de coton écru.
Celui de 15 p. 100 grève le chêne, le cèdre, le pin spruce, et les tissus de soie spéciaux pour le blutage.
Le droit de 10 p. 100 comprend quelques produits
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chimiques, et, en outre, le cacao, rétain, les machines en général, la pite, le jute ou le chanvre filé pour faire des nattes, etc. Celui de 5 p. 100, qui est le plus bas de l'échelle, vise les huiles de goudron, les fils d'acier pour clôtures, les charrues, les bijoux, lç soufre, le coton, en branche et filé pour métiers, le fil à coudre, les sacs et autres articles divers.
Il y a, en outre, environ 95 articles ou produits grevés de droits spécifiques.
Depuis 1900, un fait législatif paraissant de peu d'importance, mais qui, dans la pratique, a donné des résultats très avantageux, est venu atténuer en une certaine mesure le caractère vexatoire du tarif argentin. Ce fait consiste dans la stabilité relative que le Congrès a donné à la loi des douanes, en sup primant la revision annuelle à laquelle le tarif d'évaluation était soumis, ce qui a permis au commerce d'établir sur des bases certaines ses transactions, lesquelles, auparavant, étaient exposées à l'aléa, à cause des modifications continuelles dudit tarif. Cette initiative, comme beaucoup d'autres, vint de l'ancien ministre Joseph-Marie Rosa.
Toutefois, l'exagération dans les évaluations subsistait à la base du tarif et l'abus devint tellement criant que le Ministre actuel des Finances, le D r Terry, dut lui-même reconnaître « qu'une réforme s'imposait pour la rectification de toutes ces évaluations, afin que l'Administration des Douanes ne vienne pas frapper indirectement les produits importés, bien audelà des droits qu'avait en vue le pouvoir législatif». Un nouveau tarif a paru depuis le 1 er janvier 1905 et s'il a donné lieu, lui aussi, à quelques récriminations, il n'en constitue pas moins une amélioration sur la situation antérieure.
En ce qui concerne les droits à l'exporta tion, on constate également dans les évaluations des différences notables avec les prix du marché qui devaient en principe leur servir de base. Ils ont été établis après Ja crise de 1890, et, comme ils ne se justifient plus aujourd'hui par une insuffisance de ressources, ils viennent d'être supprimés par le Congrès, pour
Ces droits de douane à la sortie ont été établis par la Constitution Argentine avec un caractère transitoire. La Charte disposait qu'ils subsisteraient jusqu'en 1866; mais, à cette époque, le pays se trouvant en guerre avec le Paraguay, on réunit une Convention qui prorogea, pour quelques années de plus, les droits d'exportation.
En 1887, ils furent supprimés; mais, en 1900, après la terrible débâcle financière, ils furent de nouveau rétablis pour répondre aux lourds engagements qui pesaient sur le Trésor.
Ces droits étaient de 4 p. 100 ad valorem et frappaient principalement les cuirs et peaux, la laine de mouton lavée ou en suint, les plumes d'autruche, le suif ou la graisse, l'huile animale, les cornes, etc.
Ainsi qu'on le constate par cette simple énumération, ces droits grevaient les produits de l'élevage, lorsqu'ils sortent du pays pour être consommés sur les marchés étrangers, et cela, après avoir déjà supporté de lourdes taxes, sous la forme d'impôt foncier, de droits de douane sur les fils de fer pour la clôture des champs, et encore beaucoup d'autres taxes locales ; au contraire les produits de l'agriculture, par exemple, échappaient à tout droit. C'est pour cette raison que l'on a toujours considéré que le droit à la sortie ne reposait sur aucune base d'équité et que toutes les
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administrations argentines ont tâché de le supprimer, comme vient de le faire le Congrès en 1905.
Qu'il s'agisse de l'importation ou de l'exportation, il y a donc, comme on le voit, inflation des deux côtés, ce qui donne aux chiffres consignés dans les statistiques officielles, moins une valeur réelle qu'une valeur de comparaison.
Pour les importations, il y a lieu de faire encore une remarque très importante : c'est que les droits ont été élevés, puis abaissés dans ces dernières années. Des droits additionnels montant à 10 p. 100 ont été établis au moment où le conflit avec le Chili faisait craindre une guerre, c'est-à-dire le 29 janvier 1902, époque à laquelle on ajouta une surtaxe de 5 p. 100 à celle qui existait déjà à partir de 1899. Depuis lors, ces droits ont été définitivement supprimés en janvier 1904. Il n'en est pas moins certain qu'avec ces variations, nous n'avons pas toujours la même base d'appréciation, car les importations reçoivent de ce chef des impulsions en sens divers qui empêchent toute comparaison rigoureuse.
En outre, il faut faire entrer en ligne de compte la valeur des importations non contrôlées par les Douanes. A ce sujet, le ministre actuel des finances, M. Terry, dans un discours prononcé à Mendoza, a dit textuellement ce qui suit : « On sait, et les gens d'affaires l'affirment ainsi, que l'on perd 20 p. 100 de la recette des douanes, par suite de complaisances et d'abus et qui doivent être extirpés 1 ». Le revena produit par l'importation, en 1904, ayant été de 40 millions de piastres or, le 20 p. 100 formerait donc
i. Economista Argentino, 28 janvier 1905.
8 millions de piastres or, chiffre représentant une importation de beaucoup de millions, si l'appréciation du Ministre est exacte.
Enfin, dans les chiffres que nous indiquons n'est pas compris le mouvement métallique, qui, pour les trois dernières années, a donné les résultats suivants :
Importation métallique. 24 917 951 26 086 184 8 909 086 Exportation — . 1604 292 1196152 3 074 341
Solde 23313659 24890032 5834745
L'augmentation que Ton constate, d'une année à l'autre, dans les importations métalliques, est en rapport direct avec l'accroissement des exportations : elle correspond aux envois d'or que reçoit maintenant l'Argentine, plus spécialement de la place de Londres, pour compenser le solde favorable de la balance commerciale.
Sous le bénéfice de ces observations, nous étudie rons maintenant en lui-même ce mouvement commercial, en indiquant sa répartition suivant les pays qui échangent leurs produits avec l'Argentine. Nous donnerons ensuite l'énumération des principaux articles faisant l'objet de ce commerce extérieur.
Importations.
Voici le tableau des importations des trois derniers exercices et des neuf premiers mois de 1905, classées par provenance et selon l'ordre de leur importance :
LAHG BUTINE AU XX e S.
L'ARGENTINE AU XX e SIÈCLE