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(9 mois)
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Pour cette partie du commerce extérieur, la première place appartient encore à Y Angleterre, avec une exportation argentine de 36 445 199 piastres or en 1904 contre 35 600 000 dans l'exercice précédent, soit une augmentation d'environ 845000 piastres. En 1902, l'augmentation sur Tannée 1901 avait été de 5 millions, mais elle tenait à des causes exceptionnelles se rattachant à la guerre de l'Afrique du Sud.
L'Angleterre est le plus gros client de l'Argentine pour les produits agricoles, dont elle prend 16 p. 100 de l'exportation. En 1904, ses achats se sont élevés à 14298268 piastres or, pour les viandes congelées; à 13120 604 pour les céréales : blé, maïs, lin; à 1 658 881 pour les laines ; à 1 608 690 pour le beurre et à 1 350 458 pour les peaux de mouton et les cuirs
de bœufs secs et salés. Sa colonie d'Australie a acheté en 1903 pour 1 645 878 piastres or de blé et du maïs pour 2 260 000 piastres or.
Cette exportation est encore susceptible de plus grands développements, si l'Angleterre se décide à admettre de nouveau l'entrée du bétail vivant, qu'elle a écarté, il y a quelques années, en raison de la fièvre aphteuse, et dont l'Argentine sollicite vivement la réadmission sous réserve de mesures sanitaires. .
C'est l'Angleterre qui a maintenu jusqu'à présent le plus juste équilibre entre ses exportations et ses importations, les augmentant les unes et les autres parallèlement au développement du pays, sans qu'aucune nation n'ait pu encore la supplanter pour l'importance de son commerce extérieur avec l'Argentine. On voit par là que les liens qui unissent les deux nations n'ont rien de factice, ce que viendra mieux encore nous prouver le chiffre des capitaux anglais engagés en Argentine.
La France a occupé, jusqu'en 1876, le premier rang pour les exportations argentines. Aujourd'hui, son chiffre ne s'élève plus qu'à 31 millions de piastres or, inférieur de 5 445 000 à celui de l'Angleterre. Ses achats en Argentine reposent sur un très petit nombre de produits, dont le plus important est la laine, qui figure pour 22 millions de piastres or, soit un peu moins de la moitié de la production totale. Après, viennent les cuirs pour 7 millions de piastres or, puis le lin, le maïs et le blé pour des chiffres variant entre 4 et 5 millions de piastres or.
Le régime protectionniste français a rendu jusqu'à présent difficile l'introduction des céréales argentines, et a prohibé même complètement l'entrée des animaux ou des viandes frigorifiques. Des démarches sont
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actuellement faites, d'un commun accord entre les deux pays, afin d'ouvrir le marché français aux viandes argentines, contre certains avantages concédés à la France pour l'exportation de ses propres produits, vins, tissus, etc.
Cette décadence accentuée et progressive du commerce franco-argentin doit appeler l'attention des hommes de gouvernement et des capitalistes français. Nombreux sont les liens qui ont uni jusqu'à présent l'Argentine à la France. Le code fondamental et la législation de ce pays sud-américain ont été imprégnés de l'esprit libéral, égalitaire et fraternel proclamé par la Révolution française. Le cerveau argentin s'est nourri de la pensée, de la science et de la littérature françaises. Mais il est à craindre maintenant que l'influence intellectuelle de la France perde du terrain, parallèlement à l'influence commerciale, parce qu'aujourd'hui, la fraternité entre les peuples a surtout comme base la solidarité de leurs intérêts.
Donc, la décadence du commerce français avec l'Argentine est véritablement alarmante. Ainsi, lorsqu'on consulte les publications du Département National de Statistique, l'on voit, par exemple, que, dans les vingt-neuf années comprises entre 1876 et 1904, les importations en Argentine ont augmenté dans un sens relatif : celles de l'Allemagne, de 8,3 p. 100, de la Belgique de 0,8 p. 100, des États- Unis de 7,7 p. 100, de l'Italie de 3,6 p. 100, de l'Angleterre 9,5 p. 100.
Par contre, au nombre des pays qui ont vu diminuer à ce point de vue leurs relations commerciales avec l'Argentine, se trouve la France. En 1876, les importations de la France formaient 23,2 p. 100 du total de l'importation, tandis qu'en 1904 elles ne
représentent plus qu'une proportion de 9,1 p. 100, ce qui révèle une diminution de 14,1 p. 100 en 29 ans. En Angleterre, au contraire, les importations qui atteignaient, en 1876, 24,9 p. 100, se sont élevées, en 1904 à 34,4 p. 100 du total respectif, ce qui représente un progrès de 9,5 p. 100 *.
Nous sommes donc bien fondés à conclure que tout ce qu'on pourra faire afin de développer le courant des échanges franco-argentins contribuera puissamment à fortifier l'influence française et la confraternité entre les deux nations latines.
Les causer de cette décadence du commerce français ont été mentionnées dans un document officiel envoyé par la Chambre de Commerce française de Buenos Ayres au Ministre du Commerce, en 1904.
On peut les résumer ainsi qu'il suit :
1° L'exagération des droits dont beaucoup de nos articles sont frappés à leur entrée dans l'Argentine ;
2° La concurrence de l'industrie locale pour un certain nombre de produits ;
3° La cherté de notre main-d'œuvre, et, par conséquent, de notre fabrication, ce qui, dans bien des cas, ne nous permet plus de lutter contre nos concurrents ;
4° Les imperfections de notre outillage pour certains articles ; /
5° La persistance de nos industriels à ne pas vouloir se conformer aux goûts de la clientèle ;
6° L'insuffisance des crédits accordés par les fabricants ou négociants français, comparativement à ceux de leurs concurrents ;
7° Le manque fréquent de connaissances techni-
1. Cf. Anuario de la Direction gênerai de Estadistica, afîo 1904, t. I, p. xx.
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ques des voyageurs que les commerçants et industriels envoient sur nos marchés, ce qui les empêche presque toujours de tirer tout le profit qu'ils seraient en droit d'attendre de ce contact direct avec la clientèle ;
8° Enfin, en ce qui concerne la navigation, la cherté de notre armement, et, par conséquent, de nos frets *.
L'Allemagne arrive ensuite au troisième rang avec 29 522 000 piastres or. Après la France, c'est le plus gros consommateur de laines de l'Argentine ; l'exportation pour cet article atteint le chiffre de 14085 000 piastres or. Les autres articles exportés en Allemagne sont les cuirs pour 4 467 325 piastres or; les céréales, lin, maïs, blé, son, pour 5 584 000 piastres or. On ne voit figurer pour ce pays, comme du reste pour la France, aucune exportation de bétail ou de viandes congelées.
La Belgique atteint le chiffre de 17566000 piastres pour les produits exportés de l'Argentine. Elle reçoit à peu près les mêmes articles que l'Allemagne : la laine pour 5969 000 piastres or, les céréales pour 11 millions, parmi lesquelles le maïs figure pour 4066000 piastres or. Nous voyons figurer ici un article nouveau, l'extrait de viande, pour 417 342 piastres or. Il s'agit des produits Kemmerich, rivaux des produits Lièbig, qui se fabriquent dans l'Uruguay.
Depuis quelques années, l'Argentine a gagné un nouveau client, c'est Y Afrique du Sud. Pendant la durée de la guerre du Transvaal, il s'est créé un fort courant d'exportations, en animaux, viandes conge-
1. Voir Rapport à M. le Ministre du Commerce sur les causes de la diminution du commerce français dans la République Argentine, année 1904.
lées et céréales, qui s'est maintenu depuis lors. Le montant des produits exportés dans l'Afrique du Sud en 1904 est de 4 941 000 piastres or.
Le Brésil vient aussi s'approvisionner en Argentine de céréales et particulièrement de blés et farines. Le chiffre de l'exportation est de 10 427000 piastres of. Entre les deux principaux pays de l'Amérique du Sud, il existe des convenances réciproques pour un rapprochement économique, le Brésil fournissant les produits de ses cultures riches, café, yerba maté, tabac, etc., et l'Argentine, ses cultures courantes de t céréales et son bétail.
Dans l'Amérique du Nord, au contraire, l'Argentine ne trouve que peu de débouchés pour ses produits, car les deux régions ont à peu près les mêmes cultures. L'exportation aux États-Unis ne dépasse guère 10 215 000 piastres or, comprenant seulement des cuirs, de la laine et de l'extrait de quebracho pour le tannage, alors que l'exportation des États-Unis en Argentine s'élève, comme on Ta vu, à 24 474 000 piastres or.
C'est pour cette raison que le Gouvernement argentin a déjà envisagé la dénonciation de son traité de commerce avec les États-Unis, afin d'améliorer la proportion de ses échanges avec ce pays. Il cherche de même des bases d'arrangement avec le Brésil, au point de vue économique; mais, jusqu'à présent, il ne paraît pas avoir rencontré beaucoup d'écho à Rio Janeiro. Dans ces pays, les questions d'opposition de race dominent souvent les plus graves problèmes, et ainsi s'explique que les tentatives faites en vue de l'établissement d'un traité de commerce n'aient pu encore aboutir.
A un rang très inférieur dans le commerce d'expor-
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tatioti de l'Argentine, en 1904, viennent ensuite : Y Italie, qui reçoit pour 4345 000 piastres or de produits, principalement en cuirs et maïs; les Pays- Bai pour 3 500 000 piastres or, comprenant du lin et des céréales, maïs et blés; Y Uruguay pour 5 millions de piastres or, en animaux, viande, sucre et cuirs ; l'Espagne pour 1924000 piastres or, en cuirs, maïs et suifs; le Chili pour 1 170000 piastres or, comprenant seulement des animaux, bœufs, mulets.
Nous mentionnerons enfin V Autriche-Hongrie, bien que ce pays ait fort peu de contact avec l'Argentine au point de vue commercial. Les importations représentent environ 550000 piastres or et les exportations argentines, spécialement en blé, forment un total de 2 260 000 piastres or, qui est le chiffre pour
Toute une partie du commerce extérieur de l'Argentine ne peut se classer avec précision; ce sont les produits qui sont embarqués sur des bateaux pour se rendre à la mer, et, ensuite, ceux qui proviennent des douanes fluviales pour être transportés à Buenos Ayres, à destination de l'extérieur. Le montant de ce chapitre s'est élevé en 1904 à 107 millions de piastres or. Il comprend à concurrence de 96 millions des produits agricoles, blés et maïs expédiés « à ordre » et sans destination exacte, soit à Saint- Vincent (île du Cap-Vert), soit à Las Palmas (Canaries) ou à Falmouth (Angleterre).
Le tableau ci-après montrera, suivant Tordre de leur importance, les produits exportés par l'Argentine dans les trois derniers exercices et les neuf premiers mois de 1905, ce qui permet de voir quelles sont les branches de production qui ont le plus augmenté :
Produits de l'élevage.. . .
— de l'agriculture.
— forestiers
Articles variés
(9 mois)
Total en piastres or.
Ce sont, en 1904, les produits de l'agriculture, ainsi que l'indique cette statistique, qui ont imprimé au commerce extérieur de l'Argentine son énorme développement. Ils représentent 56 p. 100 des exportations et se sont accrus de 42 p. 100 en une année. Les produits de rélevage ont également progressé, mais d'une dizaine de millions seulement, ce qui était aussi le chiffre de l'augmentation en 1901. Pour ceuxci comme pour les laines et cuirs, les progrès sont beaucoup plus réguliers que pour l'agriculture, qui enregistre les plus amples variations suivant les résultats de la récolte.
Pour les trois trimestres, du 1 er octobre 1904 au 30 juin 1905, correspondant à la grande campagne d'affaires, l'exportation des quatres produits principaux de l'Argentine a été la suivante, comparée aux mêmes périodes des années précédentes.
Eu millions de piastres or.
Blé 61,4 46,5 33,7
Lin 20,2 25,1 15,3
Maïs 31,2 19,1 13,6
Laine 53,9 46,2 49
Autres produits 70,1 52,4 60
Total des 3 trimestres. 236,8 189,3 171,6
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C'est donc pour cette période une nouvelle augmentation de 47 1/2 millions de piastres or que nous devons encore enregistrer.
Il ne faut pas oublier, du reste, pour apprécier ces résultats, que la surface des terres ensemencées a augmenté, dans ces quinze dernières années, de plus de 200 p. 100, et que, dans Tannée 1904, l'accroissement pour le blé n'a pas été moindre de 32 p. 100.
Bref, pour marquer les étapes de ce progrès par une dernière statistique, nous indiquerons que l'exportation de blés est aujourd'hui 10000 fois supérieure à ce qu'elle était il y a trente ans ; pour le maïs, la progression est de 800 p. 100; pour le foin, 80 p. 100; pour le lin, 70000 p. 100, et pour la farine plus de 600 p. 100*. Ce sont là des chiffres qui montrent combien rapide fut la croissance de l'Argentine, et quel a été, à travers de nombreuses crises, le progrès réalisé.
Si Ton considère maintenant la marche du commerce extérieur non point d'année en année, mais dans son mouvement d'ensemble, calculé sur une assez large période, il n'y a nul doute que ce commerce ne soit appelé à prendre de nouveaux développements. L'importation, dont le champ est assez limité, peut encore réaliser d'autres progrès, parallèlement à l'accroissement de la population. D'autre part, lorsque l'Argentine imprimera plus d'essor à son industrie, il est probable qu'il entrera aussi dans le pays un plus grand nombre de matières premières pour être transformées.
Quant à l'exportation, pour en mesurer l'accroissement, il suffit de se reporter aux renseignements