‹ L'Argentine au 20e siècleChapitre 59 sur 94 · Latzina, ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

Latzina, ouvrage cité, p

déjà fournis sur l'augmentation annuelle des terres ensemencées et sur l'importance de celles qui peuvent encore être mises en valeur si l'Argentine reçok, par l'immigration, des colons pour les cultiver. De plus, la création d'un réseau de voies ferrées économiques, l'ouverture de nouveaux ports sur les grands fleuves, tout cela donnera au commerce d'exportation de nouvelles facilités, qui se traduiront finalement par des accroissements ! .

Dans cette situation éminemment favorable, il reste encore cependant un inconnu à dégager. Le Message présidentiel a fait allusion à une dénonciation éventuelle des traités de commerce, qui remettrait en question toutes les faveurs dont jouissaient certains États pour l'introduction de leurs produits, en vertu de la clause de la nation la plus favorisée. D'autre part, à cette occasion, l'Argentine chercherait à s'ouvrir de plus larges débouchés dans les pays qui ont mis une entrave à l'entrée de ses céréales ou de son bétail, quitte à leur concéder, en retour, certains avantages pour augmenter leurs importations. Ces remaniements de traités sont, pour une nation essentiellement tributaire de l'étranger, une œuvre délicate; elle doit être menée avec beaucoup de modération et de prudence, afin de ne pas courir le risque de provoquer

1. Le commerce intérieur échappe plus ou moins à la statistique et ne présente, du reste, que peu d'intérêt pour l'étude de la situation économique du pays; il est, en quelque sorte, une annexe de l'importation, qui fournit près de la moitié de son montant. En 1902, ce mouvement de produits nationaux ou marchandises nationalisées de toute provenance, pour toute destination, a atteint 57 millions. Gomme toujours, la Capitale figure pour près de la moitié dans ce chiffre.

des réactions compromettant les résultats déjà acquis à ce jour.

Il semble maintenant qu'après avoir étudié cette affaire avec toute l'attention qu'elle mérite, le Chef de l'État a abandonné l'idée de dénoncer les traités de commerce existants, puisqu'il s'est déjà écoulé une année sans que cette question ait été abordée. Du reste, dans la loi actuelle des douanes de la République, se trouvent des moyens de défense,. permettant d'atteindre par représailles ou de favoriser les pays qui, de leur côté, veulent atteindre ou favoriser les produits argentins. Ces moyens sont les tarifs maxima, minima et infima, que la dite loi permet au Gouvernement d'imposer.

La clause de la nation la plus favorisée, que la République consigne dans tous les traités, n'a d'ailleurs pas empêché que l'exportation de l'Argentine n'ait pris l'essor prodigieux que nous avons constaté dans un autre partie de ce chapitre. Il faut seulement reconnaître que la dénonciation des traités de commerce, afin d'en effacer la clause incriminée, est devenue, même pour des hommes d'État distingués, une constante obsession, bien qu'elle ne se justifie par aucun argument décisif et puisse exposer le pays à des aventures périlleuses 1 .

Sur certains points cependant, il peut y avoir des remaniements utiles à apporter dans la législation douanière argentine, pour donner le plus d'essor au commerce extérieur. C'est ainsi qu'en ce qui concerne la France, des négociations officieuses ont déjà été

1. On peut consulter avec fruit un notable travail sur La clause de la nation la plus favorisée, présenté, en 1905, an Ministre de l'Agriculture, par le chef de division Richard Pillado.

ouvertes, en vue d'accorder certaines facilités à l'Argentine pour l'introduction de ses viandes congelées, et, par contre, les vins français, les tissus, etc., recevraient un traitement de faveur. Si juste que soit la hase de cet arrangement, rien ne fait prévoir encore qu'il sera ratifié par les deux pays et pourra recevoir bientôt son exécution.

En se plaçant à un point de vue plus général, on doit reconnaître que, si le commerce de la France et surtout son industrie n'ont pas pris en Argentine la place qu'ils auraient dû occuper étant donnée l'importance de l'exportation argentine en France, c'est que nos industriels ou commerçants sont partis d'un faux principe, dont ils supportent encore aujourd'hui les conséquences. Au lieu de suivre l'Argentine dans son évolution rapide, ils se sont obstinés à la considérer, vue de loin, comme une nation encore peu ouverte à la civilisation et au progrès. Ce sont donc des soldes, des vieux articles, des outillages démodés que l'on cherchait à écouler en Argentine, comme on le fait encore actuellement pour la Chine ou l'Afrique. Les chemins de fer construits avec du matériel français en sont un exemple; leur installation a laissé beaucoup à désirer, et ce n'est qu'actuellement que l'on fait quelques efforts pour leur permettre de supporter la comparaison avec les autres lignes.

Plus avisés, au contraire, furent les Anglais, les Allemands ou les Américains du Nord, qui, ayant mieux étudié ce pays et ses tendances, surent l'initier à tous les progrès matériels. Les chemins de fer construits par les entreprises anglaises sont, en ce genre, des modèles pour leur parfaite adaptation aux besoins du pays. Le matériel des tramways, fourni en partie

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par les États Unis, peut aussi rivaliser avec celui des principales capitales européennes. Pour l'éclairage électrique, les grandes compagnies allemandes ont également importé ici le meilleur de leur outillage 1 .

Les mêmes observations pourraient s'appliquer à bon nombre d'autres produits importés de l'étranger. Ainsi, il n'y a rien de mieux aux États-Unis, comme matériel agricole, que ce que possède l'Argentine, et, en ce qui concerne l'élevage, nous n'avons qu'à rappeler que c'est vers l'Amérique du Sud que l'Angleterre envoie ses meilleurs reproducteurs.

De tout ce qui précède, il ne faudrait pas conclure que l'Argentine paye très cher la gloire d'être dotée d'un outillage moderne à l'instar des vieilles nations d'Europe. En ces dernières années, c'est plutôt la relation inverse que l'on a pu constater. Les principaux pays industriels, ayant des stocks à liquider par suite d'une surproduction à peu près générale, se sont rejetés vers les marchés de l'exportation afin de pouvoir écouler leurs excédents. Il en est résulté une concurrence dont l'Argentine a pu, dans beaucoup de circonstances, profiter pour faire ses approvisionnements à des conditions particulièrement avantageuses. Tel fut le cas pour les rails : l'industrie allemande en a offert jusqu'à 118 francs la tonne, alors que les prix d'Europe étaient plus élevés et elle a cependant été supplantée par les usines des États- Unis, qui ont enlevé des commandes à 108 fr. 25 la tonne. C'est l'application du nouveau système économique appelé Dumping, qui consiste à développer

i. L'organisation du service des eaux et des égouts à Buenos Ayres, qui a été faite sur les plans de M. Bateman, est aussi de tous points remarquable.

autant que possible la production, afin d'abaisser en proportion le prix de revient, puis à revendre à ce même prix de revient, sur les marchés extérieurs, ce que le pays de production n'a pu absorber.

Toutes les nations que nous venons de citer sont les consommateurs actuels des produits argentins, mais il faut espérer que de nouveaux marchés vont encore s'ouvrir, attirés par l'abondance et la qualité de ces produits.

Parmi les nouveaux pays disposés à commercer avec l'Argentine, il faut mentionner l'empire du Japon, qui s'est préoccupé de développer sa production sur la base de la réciprocité et a délégué à Buenos Ayres une Commission chargée de lui fournir des données complètes et concrètes sur la possibilité d'établir un échange de produits avec la jeune nation sud-américaine.

La Commission japonaise vient d'accomplir sa tâche, avec le sérieux et l'application qui caractérisent les fils de l'Empire du Soleil levant, et, après une étude de plus d'une année, elle est arrivée à cette conclusion que plusieurs produits argentins, tels que les laines, les cuirs et les farines, pouvaient trouver un large débouché au Japon, mais à condition de ii'être pas surchargés des frais que leur imposent les intermédiaires européens.

Approfondissant ses investigations, cette commission a trouvé que la grosse difficulté qui existe pour que le Japon soit un client direct de l'Argentine, consiste dans l'absence d'une ligne directe de navigation ; aussi pense-t-elle tourner cet obstacle par une entente avec la Compagnie Toyo-Yusen-Kaisha, qui établirait des voyages directs jusqu'à Buenos Ayres via Capetown, en quarante-cinq jours, au lieu de

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soixante-dix qu'il faut employer maintenant, ce qui amènerait un rabais de 75 p. 100 sur les frets.

Cependant, aussi flatteuse que soit la perspective de ce nouveau marché, il y a une disposition dans le plan du gouvernement nippon, qui doit faire réfléchir beaucoup les hommes d'État argentins : c'est le projet d'introduire des immigrants agriculteurs japonais dans ce pays, c'est-à-dire des immigrants qui présentent des inconvénients de toutes sortes, contre lesquels ont réagi des pays tels que les États-Unis, et dont l'entrée serait même contraire à l'esprit de la Constitution argentine, qui impose au Congrès le devoir de fomenter « l'immigration européenne ».

Comme conclusion à cette étude sur le commerce extérieur argentin et ses rapides progrès, nous croyons devoir citer les paroles enthousiastes par lesquelles un homme d'État terminait une étude sur le même objet, résumant ainsi tous les éléments qui concourent au développement de l'activité commerciale argentine :

« Malgré le peu de population, disait-il, et tout ce qui est encore inexploité dans notre domaine agricole, la production de l'Argentine est considérable. Les troupeaux qui paissent dans nos champs démontrent l'état de progrès auquel est arrivé l'élevage; les moissons qui couvrent les plaines de Santa Fé et de Buenos Ayres ont fait connaître, sur les marchés européens, le nom de la République Argentine comme celui d'un florissant pays agricole; le sucre, extrait de la canne de Tucuman, a enrichi cette province et Tindustrie nationale, et, bientôt, les vignes cultivées dans les vallées de l'ancienne Province de Cuyo s'étendront davantage encore et donneront des vendanges plus abondantes.

« Les cheminées des manufactures se dressent dans

beaucoup de villes de la République Argentine et quelques produits, constituant des matières premières, commencent à être tranf ormes par le travail national. Les industries, appuyées sur la vitalité de notre production et soutenues uniquement dans une mesure rationnelle et équitable par les Pouvoirs publics, se développent sans avoir besoin de l'aide exagérée et toujours condamnable d'un protectionnisme outré. Enfin, notre commerce extérieur, dont nous avons commenté les résultats flatteurs, vient à son tour renforcer cet organisme économique, qui est la base du bien-être et de la puissance des nations *. »

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