‹ L'Argentine au 20e siècleChapitre 70 sur 94 · AL.3C · texte numérisé non relu

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Tous ces établissements fonctionnent avec un capital relativement important et en majeure partie versé. Pour comprendre cette situation, il faut savoir que les banques doivent, en Argentine, se suffire avec leurs propres moyens et n'ont point la ressource de mobiliser leur portefeuille par le réescompte à la Banque de la Nation. Celle-ci, en effet, est moins pour elles un appui qu'une concurrence, puisqu'elle recherche également la clientèle privée. Les disponibilités des banques sont donc constituées par leur propre capital et leurs comptes de dépôts — ces derniers de nature assez variables suivant les périodes, — mais sans pouvoir disposer de cette force supplémentaire venant d'un crédit à la Banque de la Nation.

Ce défaut de mobilité des capitaux offre un double inconvénient : il oblige les banques à maintenir toujours leur encaisse à un chiffre élevé et, en second lieu, il leur enlève la possibilité de trouver l'emploi de leurs dépôts de fonds, du moins pour les comptes à vue. Sans cette faculté de mobilisation rapide, elles ne peuvent faire fructifier, en des opérations à court terme, les sommes qu'elles ont reçu en dépôt et ne sont par conséquent pas en mesure d'allouer un intérêt à cette partie de leurs capitaux. A l'exception de deux ou trois banques, comme la Banque Française du Rio de la Plata, qui donnent 1 p. 100 à vue, toutes les autres, et notamment les banques anglaises, ne servent aucun intérêt à leurs déposants. Pour les comptes de dépôts à trois mois, l'intérêt est en général de 3 p. 100.

En ce qui concerne le taux de l'escompte, il s'est produit un abaissement considérable en moins de dix années, d'une part à cause de la concurrence croissante entre les divers groupes financiers, et, d'autre

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part, en raison de l'affluence de capitaux à la suite de plusieurs années de bonnes récoltes.

Après s'être longtemps maintenu entre 7 p. 100 et 8 p. 100, le taux moyen pour les premières signatures tend maintenant à se rapprocher de 4 p. 100, c'est-à-dire à s'abaisser au niveau des taux pratiqués sur les principales places européennes. C'est là un fait qui pourrait paraître surprenant à ceux qui croient que la situation monétaire du pays est toujours affectée par la prime de l'or, mais l'on verra dans la partie financière qu'il y a, au contraire, afflux d'or dans le pays et que jamais ses disponibilités n'ont été plus abondantes.

Les banques admettent des dépôts à vue, à 30 jours, à 60 jours, à 90 jours et à 180 jours. Elles reçoivent aussi des dépôts, sous une forme spéciale appelée « de Caisse d'Épargne », auxquels elles allouent un taux de 4 ou de 3 1/2 p. 100, pour des dépôts ne dépassant pas, suivant les établissements, de 5 à 10000 piastres papier, ou 3 à 5000 piastres or, sous la condition que si les dépôts sont retirés avant 60 jours, il ne leur sera rien alloué. Au delà de 60 jours, l'argent peut être retiré à la convenance des déposants et les intérêts leur sont bonifiés depuis le jour du versement. La petite épargne déposée de cette façon atteint des sommes importantes, et le public se familiarise de plus en plus avec ce genre d'opérations.

Ce qui diffère très sensiblement des conditions en usage en Europe, c'est le taux de l'intérêt perçu sur les comptes-courants débiteurs. Comme il n'existe dans l'Argentine aucune loi réglant ce taux, celui-ci s'est maintenu, à certaines époques heureusement éloignées, à 10 et même 12 p. 100. Dans les dernières

années, le Gouvernement a payé, comme maximum, 7 p. 100, et ceci dans des moments d'incertitude, comme par exemple pendant la guerre du Transvaal, alors que Ton craignait des complications internationales, et que le taux de l'intérêt avait monté en Angleterre et ailleurs. Depuis trois ans, le Gouvernement ne paie plus que 5 p. 100 et parfois 4 p. 100 d'intérêt.

Pour les particuliers, les conditions ont été également abaissées par l'effet de la concurrence et le taux de 7 p. 100 est devenu à peu près la moyenne. Dans certaines banques, le taux des comptes débiteurs est même descendu jusqu'à 6 p. 100.

Le tableau ci-après indique le mouvement des principaux comptes, dans les trois derniers exercices, pour les diverses banques qui publient leurs bilans en Argentine.

Sur une place internationale comme Buenos Ayres, ce sont naturellement les opérations de change qui constituent le principal attrait. Depuis la suppression de la prime de l'or, qui en a réduit les risques à des différences peu sensibles, ces opérations n'ont plus le même caractère spéculatif; mais, par contre, les profits pour ce genre de négociations ont dé beaucoup diminué, les affaires ayant gagné seulement en solidité et en étendue. Nous rappelons ici que les opérations d'agio sur l'or, qui s'élevaient encore à 1 234 millions de piastres papier en 1899, n'ont plus atteint en 1904 que 211000 piastres.

De plus, pour restreindre encore la part des risques, les opérations, au lieu de se faire couramment comme autrefois en chèques à un mois de date, se font aujourd'hui par transferts télégraphiques, afin d'éviter autant que possible les variations de cours.

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