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Les affaires de change se traitent sur la base de l'or, c'est-à-dire de la piastre or équivalente à 5 francs de monnaie française; quant aux règlements, ils se font indifféremment en or ou en papier sur la base de 44 centavos pour une piastre papier.
Les changes variaient autrefois d'une façon très sensible suivant les saisons. Les banques achetaient le change pendant la campagne des exportations, qui, pour les laines et les grains, dure depuis décembre jusqu'en mars, et profitaient par conséquent de l'affluence des offres pour discuter les prix. Elles revendaient ensuite ces changes aux maisons d'importation pendant la morte - saison, avec des écarts de 6 à 10 centimes comme bénéfice. Actuellement, la concurrence a de beaucoup réduit ces marges, qui ne varient plus guère, dans les périodes normales, que d'une fraction insignifiante.
D'autre part, les ventes de changes se répartissent aujourd'hui sur une plus longue période par le fait de l'extension de l'exportation à de nouveaux produits comme les viandes congelées ou le maïs, qui ne s'écoulent pas forcément aux mêmes époques que le reste de la récolte. Les banques n'ont donc plus intérêt à faire des réserves de change, qu'elles ne sont pas sûres d'écouler avec facilité quelques mois après.
Toutes ces conditions que nous venons d'énumérer sont assurément sujettes à quelques variations, suivant le genre de commerce ou d'industrie. L'estanciero, l'agriculteur ou l'éleveur, qui n'a d'autres disponibilités que celles provenant de la vente de ses produits, ne peut se procurer du crédit, quelle que soit sa fortune territoriale, qu'à un taux plus onéreux que les grandes maisons de commerce de Buenos Ayres. Mais, ce que nous avons tenu surtout à mon-
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trer, c'est que les banques de l'Argentine sont aujourd'hui puissamment outillées comme capital, très aptes à aider le commerce par leurs multiples services, et qu'enfin leurs conditions se sont abaissées, sous l'action de la concurrence, à des taux qu'on ne s'attendait guère à voir pratiquer dans un pays neuf 1 .
Comme dernier progrès, nous devons signaler l'existence du Clearing-House, qui fonctionne depuis 1893 sur le modèle de celui de Londres, sous l'habile direction de Mr. Thomas Hogg, sous-gérant de la Banque de Londres et du Rio de la Plata. Cette institution, comme son nom l'indique, sert à compenser par des virements les sommes que les banques peuvent se devoir les unes aux autres, le solde seul devant donner lieu à un mouvement de fonds. Le chiffre des opérations compensées par le Clearing- House en 1904 s'est élevé à près de 3 milliards de piastres. Il comprend les opérations des principales banques de Buenos Ayres, à l'exception de la Banque de la Nation, qui ne liquide pas par l'intermédiaire du Clearing-House.
Dans ces dernières années, on ne constate pas une augmentation bien sensible dans le mouvement du Clearing-House, ce qui peut paraître une anomalie en présence du développement commercial dont nous avons fourni de multiples preuves. Pour expliquer ce phénomène, il faut se rappeler que la suppression de la prime de l'or a fait disparaître les spéculations en
1. Dans la seule Province de Buenos Ayres, 52 établissements de Banque étaient déjà en activité en 1904. On comptait 11 Banques formées avec un capital local, 33 succursales de la Banque de la Nation, 2 de la Banque Italienne, 1 de la Banque de Londres, 2 de la Banque Française, 1 de la Banque Allemande, 1 de la Banque de Tarapaca, 2 de la Banque Espagnole et 1 de la Banque Hypothécaire Nationale.
change, qui étaient un bon aliment pour les opérations du Clearing-House. Celles-ci par exemple ont dépassé 4 milliards en 1899. Actuellement, toutes les compensations ne se rapportent qu'à des affaires purement commerciales, ce qui rend difficile une comparaison exacte avec les époques où la spéculation jouait le rôle principal. Mais si Ton pouvait faire abstraction de ce dernier élément, on constaterait certainement que les compensations basées sur des opérations commerciales ont beaucoup augmenté, puisque le chiffre total depuis 1899, amputé des opérations spéculatives, n'a pas accusé un fléchissement trop considérable.
Banque de la Nation. — Pour compléter cette étude sur les banques de Buenos Ayres et leurs opérations, il nous reste à exposer le fonctionnement de la plus importante d'entre elles, la Banque de la Nation, qui présente un intérêt tout particulier en raison de ses attaches officielles.
La Banque de la Nation naquit dans un moment extrêmement critique pour le crédit et les finances argentines. En 1890, après la double et intense crise politique et financière qui s'était déchaînée sur le pays, comme résultat des abus et des erreurs commises par les gouvernements, alors que gisaient, défaites et discréditées toutes les institutions officielles de crédit existant dans le pays, le Gouvernement de M. Pellegrini, appelé à recueillir la succession de celui qui venait de tomber, se trouva en face de terribles problèmes à résoudre. Pour ce qui avait trait aux banques, il tâcha d'en trouver la solution en fondant une nouvelle institution, à laquelle il assigna un capital de 50 millions de piastres, lequel
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devait être offert à la souscription des particuliers. A ceux ci, il assurait en retour une certaine intervention dans l'administration de la Banque, tout en réservant à l'État le droit d'en nommer le président, de même que le Gouvernement français nomme le gouverneur de la Banque de France. Afin de garantir les actionnaires et le public, dans la mesure du possible, contre les erreurs et les abus que l'on avait vus autrefois, il établit dans la charte organique du nouvel établissement certaines dispositions restrictives.
On a beaucoup discuté, à une autre époque, pour savoir si le Gouvernement de M. Pellegrini, dont personne ne mettait en doute les patriotiques intentions, n'aurait pas mieux fait de relever l'ancienne Banque Nationale, qui gisait parmi les ruines de la crise, et dont le portefeuille, administré par la nouvelle institution, aurait laissé un résultat plus favorable que la désastreuse liquidation qui eut lieu ensuite, en sauvant de cette façon de gros capitaux de l'État; mais cette question n'a plus d'intérêt pour le moment.
Comme il fallait le craindre, le public qui avait sous les yeux de si éloquents exemples de la triste fin à laquelle sont exposées les banques officielles lorsqu'elles fonctionnent dans des nations formées par les hasards de l'immigration, sans traditions solides, et où n'existe pas de sanction pour la répression de certains abus, le public, disons-nous, regarda la nouvelle institution avec méfiance, et s'abstint de prendre des actions. Le Gouvernement, étant ainsi déçu dans son attente, fût obligé de remplacer la souscription par une émission fiduciaire, et c'est ce qui explique pourquoi l'on créa une banque officielle pure, au lieu de la banque mixte que Ton s'était proposé d'établir.
Comprenant que le succès d'une banque dépend beaucoup plus encore de la confiance qu'elle sait inspirer au public que de sa charte organique, le Gouvernement de M. Pellegrini et ceux qui le suivirent prirent des mesures pour ne placer à la tête de la Banque de la Nation que des personnes qui, par leur rectitude de jugement, leur compétence technique en affaires de banque, leur position sociale et leur connaissance du monde des affaires, fussent capables de donner du prestige à l'établissement, en l'entourant du respect et de la considération dont il avait besoin pour prospérer. C'est ainsi que, malgré son origine officielle, la Banque a pu se consolider dans l'opinion publique et rendre d'importants services à l'industrie et au commerce.
La charte organique de la Banque n'est pas incorporée à la Constitution nationale, mais il ne faut pas oublier que c'est avec des hommes et non avec des chartes que l'on peut inspirer au public la confiance. Or, malheureusement, en ces derniers temps, à la suite de la campagne présidentielle de 1904, les nominations au poste de directeurs de la Banque de la Nation ont pris un certain caractère politique et elles ont donné lieu à des manifestations de mécontentement dans les principaux organes de la presse, en raison de l'exclusion délibérée de personnes que leur compétence reconnue dans les affaires de banque désignait pour être à la tête d'une institution de crédit 1 .
1. Voici dans quels termes s'exprimait le journal La Naciôn, au sujet des dernières nominations de directeurs : « Il figure parmi les nouveaux nommés des citoyens estimables, mais dénués de toute pratique en affaires de banque. De là est résulté des critiques justes et dignes d'attention, vu qu'il s'agit d'un
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Au sujet de cette ingérence politique contre laquelle les banques ont à lutter, un ancien ministre des Finances de l'Argentine disait, avec une rare franchise, dans un document officiel : « Les banques officielles portent en elles le germe de la ruine matérielle et morale du pays. On ne doit pas incorporer à l'administration politique d'un État, une institution de crédit, parce que, tôt ou .tard, on la fera servir d'arme politique. Une banque ne peut être dirigée que par des intérêts privés; dès que Ton introduit dans son sein des éléments politiques, alors commencent le désordre et la dissipation des capitaux, précurseurs de la banqueroute. Nous avons tous vu comment la Banque Nationale et la Banque de la Province se sont déformées et ruinées, dès qu'elles commencèrent à être maniées par les gouvernements. Ce qui est arrivé chez nous a eu lieu dans d'autres pays et c'est inévitable. Il pourra y avoir deux ou trois présidences armées de courage et de l'autorité suffisante pour empêcher que la politique ne contamine la banque officielle; mais cela ne peut durer bien longtemps. La banque officielle succombera à ce mal 1 . »
Malgré les modifications erronées que l'on a introduites dans sa charte organique et dans son directoire, la Banque de la Nation est encore solide sur ses bases; c'est une institution en pleine prospérité et qui peut jouer un rôle considérable dans la vie écono-
établissement officiel, lequel n'a pu se soustraire aux influences funestes de la politique que grâce à un noyau de directeurs passionnés pour l'institution et qui ont su la défendre, en tout temps, contre le vice de sa propre organisation officielle. »
1. Voir Memoria del Departamento de Hacienda de i899, présenté par J. M. Rosa.
mique de l'Argentine, si elle reste toujours fidèle aux principes qui ont inspiré sa création.
Dans l'impossibilité de faire une histoire rétrospective de la Banque, qui, d'ailleurs, manquerait d'intérêt, nous présenterons un tableau de son mouvement dans les quatre derniers semestres :
Dépôts en papier 1
— or
Portefeuille en papier..
— or
Encaisse en papier . . . .
— or
Créances sur Pextérieur.
1 er JANVIER 1" JUILLET 1905 1904
er JANVIER
En millions de piastres.
I er JUILLET