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INVENTAIRE DES VALEURS MOBILIERES

L'heure est venue de nous résumer et nous ne pouvons mieux le faire qu'en essayant de chiffrer le mouvement des capitaux qui sont engagés en Argentine et en établissant, aussi exactement que possible, leur rendement. Nous avons déjà eu l'occasion d'indiquer que si l'Europe tournait ses regards vers la jeune République de l'Amérique du Sud, ce n'était point pour des raisons sentimentales, tirées de la beauté de ses institutions politiques ou de la splendeur de ses paysages. Ce qui intéresse le public en général, c'est la mise en valeur des richesses du sol de l'Argentine, son expansion économique ou industrielle, afin de pouvoir au besoin orienter de ce côté son initiative ou ses capitaux.

Pour répondre à cet état d'esprit, il nous a donc paru de quelque intérêt d'entreprendre une aride étude sur les valeurs mobilières en Argentine et leurs revenus. Le capital représenté par les valeurs mobilières est le seul qui ait en quelque sorte une existence officielle que l'on puisse contrôler; il se prête à des statistiques assez précises pour permettre de chiffrer à ce point de vue la richesse d'un pays ; c'est par conséquent là qu'on peut chercher un critérium à l'appui des appréciations favorables que nous avons formulées dans les autres chapitres de ce livre, au sujet du développement et de la prospérité de l'Argentine.

Cet inventaire nous conduira à d'autres constatations également très instructives. En passant la revue

des valeurs mobilières et en évaluant leur rendement, nous examinerons en même temps quelle a été dans ce mouvement général la part du capital étranger et sa rémunération, ce qui nous permettra d'établir approximativement le chiffre et les profits de la commandite que les diverses nations européennes ont fournie à ce pays.

A l'aide de cette statistique, nous verrons enfin sous son jour vrai la situation de l'Argentine, que les résultats de son commerce extérieur ne nous ont qu'imparfaitement indiquée. Si le pays possède une balance commerciale extrêmement favorable, le solde n'ayant pas été moindre de 77 millions de piastres or dans l'exercice 1904 ; par contre, il doit supporter des charges énormes pour le paiement des intérêts des emprunts placés à l'étranger, des dividendes des compagnies de chemins de fer, des établissements de banque, de toutes les sociétés foncières, commerciales ou industrielles qui ont leur siège ou leurs actionnaires en dehors des frontières. Ce sont ces sommes que nous chercherons à déterminer pour établir d'une façon aussi exacte que possible le bilan de l'Argentine.

Ce chapitre sera donc consacré à évaluer, d'une part, ce que le pays doit au capital étranger, et, d'autre part, ce que celui-ci tire de sa commandite donnée au pays. C'est en quelque sorte le compte courant de l'Europe en Argentine dont nous établirons le mouvement et le solde, en prenant comme point d'appui les valeurs mobilières, qui sont les seules bases sérieuses d'investigation dont nous puissions disposer 1 .

1. Dans ce travail, nous utiliserons les communications que M. Albert-B. Martinez a faites sur cette même question au Congrès international de statistique tenu à Londres en

Le montant nominal de toutes les valeurs mobilières, dont l'éipission avait été autorisée dans la République à la fin de 1904, arrivait au chiffre de 1 356 137 845 piastres or et 658 984 321 piastres papier ou 1 646 094 426 piastres or, en convertissant la monnaie fiduciaire.

Dans ce calcul, les valeurs mobilières se rapportant aux compagnies étrangères d'assurances, ne sont pas comprises — elles s'élèvent à 189 millions de piastres or, — parce que ce capital n'est fixé dans l'Argentine que pour une très faible part, représentée par le montant des fonds publics que la loi leur prescrit d'acquérir, et qui ne s'élèvent qu'à 2200000 piastres or, en titres de la dette extérieure. Tout le reste appartient aux maisons-mères établies à l'étranger, et n'est pas venu dans le pays.

Ce qui arrive avec les compagnies d'assurances se produit aussi avec Jes établissements de banque fixés dans la République. Les principaux d'entre eux ne sont que des succursales de maisons fondées à l'extérieur, et, pour cette raison, on ne sait pas exactement quel est le capital avec lequel ils opèrent dans le pays. 11 en est quelques-uns, très prospères, qui travaillent, en grande partie, avec le montant considérable des dépôts de leurs clients, le capital apporté par eux étant restreint. Ces établissements n'ont aucun compte

août 1905. Son inventaire des valeurs mobilières est basé sur les données fournies par le Year Book de la Bourse de Londres, les renseignements obtenus des Administrations publiques et, pour ce qui a trait à un grand nombre de Sociétés anonymes, au recensement qu'a fait en 1904 la Ville de Buenos Ayres sous la direction de M. Albert-B. Martinez, afin de connaître le montant des capitaux engagés dans ces entreprises. Ajoutons que cette enquête n'a pu fournir que des résultats approximatifs, un certain nombre de Sociétés ayant leur siège à l'étranger et échappant par conséquent à toute investigation.

à rendre aux autorités du pays; aussi les bilans qu'ils publient embrassent-ils toutes les opérations, tant de la maison-mère que des succursales. 11 est donc bien difficile de connaître les bénéfices de celles-ci et leur contribution dans les dividendes distribués.

La même observation peut s'appliquer aux 8 millions de piastres or de la « Central and South American Telegraph C° » et aux 10 080 000 piastres de la Compaûia de « Obras Pûblicas del Rio de la Plata », sociétés qui n'ont engagé, dans l'Argentine, qu'une très petite partie de leur capital, dont on ne connaît même pas le montant.

En comparant le chiffre nominal des valeurs mobilières indiqué ci-dessus, à celui communiqué il y a quatre ans au Congrès des valeurs mobilières, soit 1 553 301 309 piastres or, il résulte que, dans ce court espace, ces valeurs ont augmenté de 92 793 117 piastres or. Toutefois, nous ajouterons, pour nous tenir dans la réserve qu'imposent ces travaux scientifiques, que toute cette somme ne présente pas une augmentation réelle et effective de capital, mais qu'une partie importante de celui-ci provient de valeurs qui n'étaient pas comprises dans le précédent inventaire, à cause de la difficulté d'obtenir les données nécessaires.

Malgré tout, même en tenant compte de cette circonstance, l'augmentation dans le chiffre des valeurs mobilières de l'Argentine est importante, et c'est bien là un nouveau signe révélateur des excellentes conditions économiques du pays.

Une autre remarque qui a bien aussi son intérêt, c'est que les chiffres que nous venons d'indiquer représentent, en majeure partie, les valeurs mobilières que les diverses compagnies ont été autorisées à émettre, d'après leurs statuts; or, on sait que tout

ce qui est autorisé n'est pas toujours émis et qu'il en reste parfois une part considérable dans les portefeuilles des sociétés. Si Ton fait donc la déduction nécessaire, d'accord avec les déclarations des compagnies elles-mêmes — ce que malheureusement toutes n'ont pas fait, — on trouve que le montant desdites valeurs émises et du capital versé s'élève à 1 318 973 675 piastres or et 607 136 614 piastres papier, soit en tout : 1 586 116991 piastres or.

Le grand groupe de valeurs mobilières est constitué par le capital que représentent les compagnies particulières de chemins de fer, lequel atteint 588 millions de piastres or, contre 550 millions à la fin de l'année 1900. Ce capital croît chaque jour, et, étant donné le développement du réseau de voies ferrées dans tout le pays, il n'est pas exagéré d'augurer que, dans peu de temps, il présentera des proportions considérables, atteignant peut-être 700 ou 800 millions de piastres or.

Le second grand groupe est constitué par les valeurs représentatives de la dette publique extérieure, qui s'élève à 366499000 piastres or. Ce chiffre est en diminution de 23 millions de piastres or sur la circulation au 31 décembre 1900, par le fait des amortissements effectués et de l'absence de toute nouvelle émission de dette extérieure.

Si, au montant de cette dette, Ton ajoute les quantités que représentent la dette extérieure de quelques Villes, la dette intérieure de la Nation et de quelques Provinces, on trouve que toute la dette publique argentine forme un montant de 453 millions de piastres or.

Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur la composition et le mouvement de ces deux premiers

groupes de valeurs, que nous avons déjà étudiés dans des chapitres spéciaux.

Alors que pour les compagnies d'assurances et les banques étrangères, toute évaluation de leur capital est difficile, il n'en est pas de même pour les sociétés hypothécaires. Le capital qu'elles ont engagé dans l'Argentine s'élève, en valeur nominale, à 59 972 294 piastres or et 20 568175 piastres papier. Cependant, ce n'est là qu'une faible partie du capital étranger employé en hypothèques dans le pays, car, en raison de l'intérêt élevé que rend ce genre de placements et qui atteignait il y a peu de temps encore, 10 p. 100 l'an, il est venu de l'étranger des sommes considérables, lesquelles ont été employées sous une forme privée. M. Ernest Tornquist évalue à 9 millions de livres sterling, ou 45360000 piastres or, le capital étranger placé en hypothèques dans la République. 11 faut également signaler, comme un fait intéressant pour le pays, le placement, chaque jour plus considérable, du capital étranger dans les exploitations agricoles et d'élevage de l'Argentine. Suivant l'inventaire fait en 1900, avec les données du « Year Book of the Stock Exchange » de Londres, le chiffre de ce placement s'élevait à 23565020 piastres or pour l'agriculture, et 29 758000 piastres or pour l'élevage, c'est-à-dire un total de 53 millions de piastres or, ou 265 millions de francs.

, Dans les années écoulées depuis 1900, ce capital, suivant les données officielles, est resté stationnaire; mais en réalité, d'après des informations privées, nous avons lieu de croire qu'il s'est accru dans de fortes proportions; seulement, au lieu d'être placé en titres de sociétés anonymes, ce capital s'est employé par voie d'achats pour le compte de parti-

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culiers. Ce changement est, du reste, tout en faveur de l'Argentine : elle aurait tout à redouter si la terre continuait à passer entre les mains de puissantes sociétés anonymes établies à l'étranger et l'exploitant à distance comme on dirige une factorerie, sans seulement connaître le pays qui leur offre d'immenses bénéfices et sans s'incorporer d'une façon quelconque aux vicissitudes de la vie nationale.

Parmi les exploitations industrielles, celle qui a pris en ces dernières années le plus d'importance est l'industrie des frigorifiques. Les établissements sont aujourd'hui au nombre de dix, avec un capital nominal de 22269624 piastres or. D'autres industries, comme celles de la sucrerie, de la brasserie, du quebracho et aussi l'exploitation de mines, commencent à figurer dans le total des valeurs mobilières pour un chiffre intéressant.

Le montant nominal de toutes les valeurs mobilières étant évalué à la fin de 1904 à 1 646 094 426 piastres or, la question qui maintenant se pose est celle de savoir quel est le revenu annuel de ces titres. C'est là le point le plus délicat et sur lequel nous ne pouvons fournir que des évaluations approximatives.

S'il est très aisé de connaître le montant du service des titres de la dette publique tant extérieure qu'intérieure, par contre, il est bien difficile de calculer dans tous les cas le montant des dividendes que chaque compagnie paie à ses actionnaires. Les unes ne publient pas de bilans et les autres confondent les bénéfices réalisés en Argentine avec ceux qu'elles produisent à leur siège social à l'étranger.

Dans l'état actuel de nos connaissances, voici comment ce revenu peut être évalué :

Revenu annuel des valeurs mobilières de l'Argentine au 31 décembre 1904.

dénomination des valeurs. Piastres or. Piastres pap.

Dette extérieure de la Nation.... 17 037 874 »

— intérieure — » 8 929 656,5H

— desVilles 187 500 3 909 136,07

— des Provinces » 1 165 935

Banques hypothécaires, nationale

ou provinciale 729 185 7 738 055

Banques 4 316 780 3 167 074

Banques ou Sociétés hypothécaires

et Sociétés d'épargne 4 537 997 2 133 317

Chemins de fer 20 549 447

Tramways, transports 2 812 744 46 434

Éclairage 2 872 850

Télégraphes, téléphones 314 216 229 800

Compagnies d'assurances (argentines et étrangères) » 1 885 512

Élevage et Agriculture 3 626 013 440 500

Frigorifiques 1911388

Exploitations de quebracho 460 400 1 704 000

Brasseries 361440 334 317

Sucreries et raffineries de sucre.. 400 000 452 650

Commerce en général et divers. . . 2 444 360 2 180 462

Totaux 68 562 394 34 318 848,62

Amortissement de la dette extérieure 4 856 569

— des autres dettes 187 500 8 644 932,05

— des cédules de la Banque Hypothécaire Nationale et des certificats de la Banque de la

Province de Buenos Ayres 100 000 1 296 938

Amortissement des titres de la Banque Nationale en liquidation — » 920 495

Totaux * 73 706 463 45 181 213,67

Conversion des Piastres papier à

Total 93 610 081

A quel total s'élève approximativement le montant des valeurs mobilières appartenant à des nationaux ou à des étrangers? Telle est la question que nous

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devons maintenant nous poser comme Tuue des plus intéressantes à résoudre pour l'avenir du, pays. Dotée d'une immense superficie territoriale, maîtresse d'immenses richesses naturelles inexploitées, et peuplée seulement de 5 millions d'habitants, l'Argentine est une nation encore en voie de formation. A elle arrivent les hommes et les capitaux de tout l'univers, à la recherche d'une large rémunération de leurs initiatives et de leurs efforts.

Au point de vue économique, il importe donc énormément de savoir, pour l'Argentine, si le revenu de ses valeurs mobilières appartient à des personnes résidant dans le pays, ou bien s'il va, au contraire, à l'extérieur, augmentant ainsi d'une manière défavorable le montant de ses engagements, ce qui viendrait déséquilibrer la balance des payements internationaux.

Lorsqu'il s'agit d'un pays qui se trouve dans les conditions spéciales de l'Argentine, où il n'y a pas de capitaux accumulés, où l'esprit d'entreprise n'est pas très développé et où toute initiative de quelque importance en matière commerciale ou industrielle cherche à s'appuyer sur l'extérieur, le montant des sommes qui sortent chaque année pour payer les articles importés, faire le service de la dette publique, solder les dividendes des actions de sociétés anonymes, les bénéfices des entreprises particulières, le revenu des capitaux placés en prêts, hypothèques et en commandite, ou enfin pour rémunérer les capitaux employés sous les mille formes en usage dans ces temps de communications rapides, tout cela doit être très considérable, quelque chose comme un fleuve métallique roulant à travers l'Océan.

Ces antécédents étant connus, le moment est venu

de poser le problème : sur 94 millions de piastres or, en chiffrés ronds, ou 470 millions de francs, nécessaires au service des intérêts et à l'amortissement de la dette ainsi qu'au paiement des dividendes «les compagnies, quelle est la somme qui part chaque année pour se fixer à l'étranger, assurant aux porteurs de titres le meilleur des revenus d'un pays lointain, doté d'un sol fécond et d'industries pleines d'avenir et quelle somme reste- t-il dans le pays?

Pour le résoudre, il faudrait suivre la piste laissée par chacun des titres émis, afin de savoir où ils sont allés se fixer, et c'est ce que nous tenterons de faire avec l'aide des principaux établissements de banque et des grandes maisons de commerce en rapports financiers avec l'extérieur.

Bien que toutes les évaluations sur ce sujet reposent sur des bases assez fragiles et ne puissent constituer une statistique très précise» nous n'hésitons pas cependant à formuler quelques chiffres à titre d'indications dignes de créance, comme étant puisées aux meilleures sources.

Pour procéder avec méthode, commençons par nous rendre compte du montant du capital étranger le plus important, engagé dans les affaires argentines, c'est-à-dire du capital anglais, qui le premier est venu de l'extérieur pour donner l'impulsion au progrès du pays. Suivant un inventaire fait dernièrement par la Maison de Banque Ernest Tornquist et C ie , qui a bien voulu nous en donner connaissance, le capilal importé d'Angleterre pour être employé en valeurs mobilières argentines, s'élève à 187 millions de livres sterling ou 942 millions de piastres or, réparti comme suit :

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Capital anglais investi dans l'Argentine.

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