‹ L'Argentine au 20e siècleChapitre 87 sur 94 · CAPITAL INTÉRÊT · texte numérisé non relu

CAPITAL INTÉRÊT

résumé liv. s te ri. liv. sterl.

Emprunts -.Gouvernement et Villes.. 72 663 386 3 372 483"

Chemins de fer 94710060 4389984

Tramways 4 908 535 267 961

Compagnies de Gaz 3 601 390 154 018

— de terres, de finances et

de prêts 7 076 329 348 845

Divers 2936761 178497

Banques (moitié de leur capital).

Revenu évalué à 10- p. 100 1450 000 145 000

Dépôts de 7 Comp. d'assurances anglaises. Revenu évalué à 10 p. 100. 193 600 19 360

Total livres sterling 187 540 061 8 876 148

— piastres or.; 44 735 785

Ces 187 millions de livres sterling ou 942 millions de piastres or représentent donc un revenu annuel de 44 735 785 piastres or.

En plus de cette somme, et pour arriver à constituer les soldes exacts et effectifs de la balance économique, il y aurait lieu de faire entrer en ligne de compte beaucoup d'autres capitaux britanniques engagés dans divers titres du Gouvernement, des Villes et en cédules or de la Banque Hypothécaire Nationale, dont on ne connaît pas le montant. Nous aurions aussi à comprendre les capitaux employés dans de nombreux établissements commerciaux de sucreries, de manufactures et dans des « estancias », dont il est impossible d'estimer avec certitude la valeur, mais que Ton peut approximativement évaluer à une somme non moindre de 50 millions de livres sterling.

De plus, toujours en cherchant à trouver le véritable solde de la balance économique internationale, il faudrait comprendre dans l'inventaire du capital anglais lié à la République Argentine par des trans-

actions commerciales, le grand nombre de steamers qui font le service entre les ports argentins et britanniques, dont la valeur peut être représentée au moins par 10 millions de livres sterling.

Si tout ceci est ajouté à la somme déjà trouvée, on voit que le capital anglais engagé dans l'Argentine, ou uni à elle par des liens commerciaux, n'est pas au-dessous de 250 millions de livres sterling, dont le revenu, évalué à 6 p. 100 d'intérêt, représenterait, chaque année, une somme de 75 millions de piastres or, intégralement servie par la production et par les forces économiques de la République,

Mais contentons-nous, pour le moment, de savoir que le revenu connu, inventorié, des titres et actions appartenant à des sujets ou compagnies britanniques résidant en Angleterre s'élève à 36 millions de piastres or, — après déduction de ce qui reste entre les mains des Anglais habitant l'Argentine, — et, en présence de tels chiffres, méditons un instant sur les , conséquences d'ordre économique et sociologique qui en découlent.

Le capital anglais a été, dès l'aube de l'organisation de l'Argentine, le grand agent propulseur de tous les progrès du pays. En 1822, alors qu'elle n'était qu'une contrée très modeste par sa population et par sa richesse, l'Argentine alla pour la première fois frapper aux portes des capitalistes britanniques, en leur demandant de lui prêter 1 million de livres sterling pour construire un port, doter sa capitale du service des eaux et fonder des villes, projets qui ne purent être exécutés, car il arriva avec cet emprunt argentin ce qui devait, plus tard, survenir avec beaucoup d'autres, c'est à- dire que les fonds demandés au crédit ne furent pas employés dans le but pour lequel ils

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avaient été sollicités. Après ce premier emprunt, tous ceux que réalisa l'Argentine furent encore souscrits par le capital britannique.

En outre, il ne s'est établi dans ce pays aucune entreprise industrielle ou commerciale qui ne soit allée chercher le souffle vivifiant dans les établissements financiers de la City. En commentant ce fait, le professeur Etéocle Lorini dit avec raison, dans son livre sur // Dèbito Publico Argentino : « Toutes les sociétés industrielles, commerciales, agricoles et minières qui remplissent la statistique argentine portent la marque étrangère limited, de telle sorte qu'on finit par avoir l'impression que Ton étudie une colonie purement anglaise, car on trouve le limited dans tous les genres de fabriques, limited dans les capitaux, limited dans les entreprises, limited dans les assurances, limited dans la circulation et la distribution de la richesse argentine ».

Quelle que soit l'importance de cette commandite, ce n'est point l'intérêt de l'Argentine de déclarer la guerre au capital étranger : elle doit, au contraire, respecter les prévoyantes dispositions de sa Constitution, qui impose au Congrès le devoir d'exciter l'introduction du capital étranger conjointement avec la population, parce que l'un et l'autre sont les deux éléments vitaux du développement et du progrès national. Mais, tout en respectant cette tradition, il faut aussi, comme contre-poids, que le Gouvernement s'efforce de stimuler l'application du capital argentin aux entreprises commerciales ou industrielles, pour éviter que toute la production du pays se développe au seul bénéfice de l'étranger.

Le professeur Lorini, que nous venons de citer, est de la même opinion : « Nous ne sommes certainement

pas de ceux, dit-il, qui se plaignent de l'introduction du capital étranger. Plus celui-ci vient en grande quantité, plus aussi il s'emploie et plus augmentent la richesse et le bien-être. Mais il faut également ajouter que plus les capitaux arrivent de l'extérieur, plus les remises que doit faire le pays pour leur service augmentent, et c'est pour cette raison que toute la politique financière du Gouvernement et des Argentins doit avoir pour but d'introduire la plus grande économie et le culte le plus sévère de l'épargne, non seulement pour faire face honorablement aux engagements contractés, mais encore pour former avec le temps un capital national, capable de faire concurrence au capital étranger, de réduire ses prétentions élevées et de le remplacer même, peu à peu, si celui-ci, pour une raison quelconque, devait émigrer en vertu de causes étrangères aux lois économiques du pays 1 ».

Après l'Angleterre, la France figure en première ligne parmi les nations européennes qui ont eu foi dans l'avenir de l'Argentine et qui se sont risquées à placer leurs capitaux dans ce pays jeunç et riche de l'Amérique du Sud. Malheureusement, le montant de ces capitaux ne s'est pas développé, comme on aurait pu l'espérer, en raison des liens politiques et commerciaux qui, depuis de longues années, unissent les deux pays, et étant donné surtout le champ fécond de travail que peut offrir la République à l'activité et à l'esprit d'entreprise des races latines. Le dernier inventaire connu du capital français placé dans ce

1. La Republica Argentina e i sui maggiori problemi di Finanza, Rome, 1904.

l'argentine au XX* s. 26

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pays, c'est celui qui a été publié, il y a peu d'années, par le Ministère des Affaires étrangères de France, suivant lequel ce capital s'élevait à 923 millions de francs.

Nous rappellerons ici que ce fut l'immigration française formée par les excellents fils des départements des Pyrénées qui, la première, commença à affluer au Rio de la Plata, pour s'y adonner au travail fécond sous diverses formes, soit dans rélevage ou dans l'agriculture, soit dans les industries, ou bien dans le commerce des villes, et contribua ainsi au développement de la richesse argentine. La marine française fût également la première, qui établit et maintint une communication rapide et facile entre les ports français et argentins, unissant d'une façon permanente les deux pays.

Quant au commerce français, il conserva, jusqu'en 1884, une des premières places dans les échanges de produits manufacturés ou de produits de la terre, avec le Rio de la Plata, arrivant à représenter 51 p. 100 de sa valeur totale, tandis que, maintenant, la France ne figure plus que pour 20,7 p. 100 dans le montant global de la valeur de l'importation et de l'exportation argentines réunies.

On peut donc considérer comme trop réduite la part du capital français dans les affaires argentines par rapport au capital anglais et regretter surtout que la France ne soit pas plus largement intéressée dans le grand mouvement de prospérité du pays.

Après la France, la nation européenne qui a engagé les plus grands capitaux dans la République Argentine et a compris toute l'importance de cette contrée, c'est l' Allemagne.

Dans le mouvement si remarquable d'expansion de

ses industries, l'Allemagne n'a pas oublié les bords du Rio de la Plata. Elle a ouvert là sa lutte contre l'Angleterre : toutes ses applications électriques et chimiques ont trouvé place; des établissements ont surgi, dus exclusivement au capital germanique; une Banque allemande transatlantique s'est installée à Buenos Ayres ; une Compagnie Hambourgeoise Sud- Américaine a fait flotter son pavillon sur l'Océan, en transportant rapidement les voyageurs et les marchandises entre les deux continents ; une Compagnie Allemande d'électricité a établi ses usines dans la capitale argentine; une fabrique d'extrait de viande a su tirer parti des produits du bétail; quelques fabriques d'extrait de quebracho se sont fondées; bien d'autres usines ont pris du développement, et les Allemands ont ainsi absorbé une grande partie du commerce argentin d'exportation 1 .

Les relations commerciales entre l'Allemagne et l'Argentine prennent chaque jour une plus grande envolée. Il y a vingt ans, les échanges entre les deux pays représentaient à peine 19,4 p. 100 du commerce général extérieur argentin, — alors que la France figurait pour 51 p. 100 au lieu de 20,7 p. 100 comme aujourd'hui, — tandis qu'en 1904, les échanges avec l'Allemagne ont constitué le 25 p. 100 du commerce total.

A combien s'élève le capital allemand placé dans la République Argentine? Il n'est pas aisé de le con-

1. Du l* r Janvier au 1 er Juillet 1905, il est parti de Buenos Ayres, dans les paquebots des diverses compagnies, 4 614 passagers de i r " classe, dont i 852 à bord des steamers allemands, 1 014 à bord de ceux des « Messageries Maritimes », 796 sur les vapeurs italiens, 386 par les « Transports Maritimes -, 175 par les lignes anglaises et 365 par les vapeurs espagnols.

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naître avec une exactitude rigoureuse; mais, d'après les avis très autorisés de quelques banquiers de Buenos Ayres, on calcule que le capital allemand employé dans des banques, des maisons de commerce, des (( estancias » et des établissements industriels, comme aussi dans la Compagnie Allemande d'électricité, dans les tramways électriques, etc., s'élèverait à 30 millions de livres sterling, ou 150 millions de piastres or. Si, à ce capital, on ajoute celui que représentent les navires sous pavillon allemand, qui entretiennent une communication active avec le Rio de la Plata, emportant une grande partie de la meilleure clientèle, le total du capital de cette nation employé dans l'Argentine s'élèverait à 40 millions de livres sterling, soit 200 millions de piastres or, ou 1 milliard de francs.

En possession de ces données et connaissant approximativement le montant du capital étranger employé dans ce pays sous la forme de valeurs mobilières, soit 1 686 millions de piastres or, ainsi que son revenu approximatif, qui est en chiffres ronds de 84 millions de piastres or, plus 10 millions pour l'amortissement, c'est-à-dire au total 94 millions de piastres or, voici les conclusions que l'on peut tirer de ce travail au point de vue de l'Argentine :

Nous savons que 44 millions de piastres or, ou 220 millions de francs, représentent les revenus de titres encaissés par des capitalistes d'Angleterre. Nous savons également que 4 856 569 piastres or représentent l'amortissement de la dette extérieure, dont les trois quarts, comme nous l'avons vu, sont placés en Angleterre; c'est donc encore une somme de 3642000 piastres or que nous devons ajouter à la précédente, ce qui nous donne un total de près de 48 millions de

piastres or. D'autre part, le montant nécessaire au service des titres de la dette publique, cédules, obligations et actions de compagnies placées en France, en Allemagne et en Belgique, peut être estimé approximativement à 30 millions de piastres or, ou 150 millions de francs, de telle sorte que, sur le revenu total de 94 millions produit par l'Argentine, il reste seulement dans le pays — et encore en montant nominal, — un solde de 15 à 16 millions de piastres or.

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