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LE BILAN

Rien n'est plus difficile que d'arriver à réunir les éléments constitutifs du bilan d'un pays, à cause de la complexité des faits qui échappent souvent à cet inventaire. Commençant par les éléments plus importants de cette balance, et, semble-t-il, les plus visibles, ceux formés par le mouvement d'importation et d'exportation de la Douane, et terminant par les plus insignifiants, il reste toujours un grand nombre de facteurs dont il n'est pas possible de tenir compte.

En thèse générale, il convient tout d'abord d'observer qu'il y a beaucoup d'arbitraire dans les évaluations par lesquelles on arrive à conclure qu'il est sorti d'un pays, en marchandises ou en espèces, plus de valeurs qu'il n'en est entré. L'élément principal d'appréciation, c'est le tableau dressé par l'Administration de la Douane, à l'entrée et à la sortie du territoire ; mais les résultats tirés de ce tableau sont forcément approximatifs. D'un côté, les déclarations sur lesquelles reposent les évaluations sont presque toujours suspectes, vu qu'elles sont faites par des particuliers qui ont intérêt à diminuer la valeur réelle de leurs expéditions. D'autre part, elles sont influencées

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par mille autres circonstances dont la Douane ne peut tenir compte, telles que les naufrages et les mauvaises opérations des commerçants.

En outre, généralement, les marchandises exportées sont évaluées par la Douane au moment du départ au port d'expédition, c'est-à-dire alors qu'elles n'ont encore supporté que de très faibles dépenses de charroi et de transport. Les marchandises importées sont, au contraire, évaluées lors de leur débarquement dans les ports d'arrivée et de destination, c'està-dire quand elles sont déjà grevées de tous les frais qu'entraîne un long voyage, tels que courtage, fret, assurance, etc.

Il en résulte que, très souvent, en calculant les résultats d'une opération donnée, et en supposant, en outre, que les évaluations soient parfaitement exactes, on trouve, entre les chiffres comparés de l'exportation et de l'importation, une différence sensible, que l'on suppose devoir être soldée en numéraire, alors que, en réalité, tout se réduit à un simple échange de marchandises ! .

En plus de ces causes générales d'erreur dans l'appréciation des principaux éléments de la balance économique, il en existe d'autres pour l'Argentine, que nous pourrions appeler locales, et venant de la manière dont la Douane estime les marchandises importées. Nous avons vu que cette Administration base la perception des droits sur un tarif d'évaluation, dont les exagérations ont donné lieu aux plus vives critiques. Quant à la statistique de l'exportation des produits du pays, elle est basée sur les cours de la place.

1. Cf. Nouveau Dictionnaire d'Économie Politique, art. Balance du commerce, par Georges Michel.

Pour ce qui a trait aux capitaux étrangers placés en valeurs mobilières, nous les connaissons avec assez d'approximation. Mais il n'en est pas de même quant à la masse importante de capital étranger employé sous forme privée, en opérations hypothécaires, en commandites commerciales, en propriétés urbaines ou rurales et de mille autres façons, dont on ignore le montant, comme on ne connaît pas non plus les intérêts ou les bénéfices qu'ils produisent. Ces intérêts et ces bénéfices sont une cause permanente d'incertitude pour rétablissement du bilan de l'Argentine.

Indépendamment des causes déjà énumérées, il en existe encore une autre, digne d'être tenue en compte, et qui consiste dans les sommes envoyées chaque année à leurs familles de l'extérieur par les Européens établis ou enrichis dans le pays. Malheureusement, on n'a aucune donnée pour en mesurer toute l'importance.

Enfin, une cause de perturbation qui exerce en ce moment une influence qu'elle n'avait jamais fait sentir dans d'aussi vastes proportions, c'est celle dérivant du nombre, chaque jour plus grand, des Argentins qui partent pour l'Europe, la bourse bien garnie et disposés à employer leur argent en acquisitions superflues ou somptuaires, ou à le dépenser en touristes.

Dans la République Argentine, suivant des renseignements qui nous ont été fournis par les agents de diverses compagnies de vapeurs, du 1 er Janvier au 1 er Juillet 1905, il est parti 4 614 passagers de première classe se dirigeant vers le vieux monde à la recherche de satisfactions plus ou moins coûteuses. Avec cette donnée, on peut calculer, modérément, à

9000 le nombre de ceux qui sont sortis dans toute Tannée. Que dépensera à l'étranger l'un de ces riches Argentins? Pour combien contribueront-ils ensemble à augmenter le solde que le pays doit payer chaque année à l'extérieur? Il est difficile de le savoir; mais en estimant, ce qui n'est pas beaucoup, que chacun d'eux dépense environ 5000 piastres or, ou 25000 francs, nous aurions, rien que de ce fait, à inscrire au passif de la balance argentine une somme de 45 millions de piastres or, ou 225 millions de francs.

Par contre, nous ne faisons pas figurer à ce passif les énormes charges que le pays supporte chaque année pour les frets maritimes, parce qu'en fixant le prix de vente des produits exportés, on en a déjà déduit la valeur du fret, de l'assurance, de la commission, du courtage, des frais de débarquement, etc. Cependant, pour donner une idée de l'importance de ces charges, il nous suffira de dire, suivant des estimations dignes de foi, qu'en 1904 l'Argentine a payé en frets maritimes, pour transporter les 6 millions de' tonnes produit des récoltes de lin, de blé et de maïs, à raison de 1 livre sterling par tonne de grain, environ 6500000 livres, soit 32 500 000 piastres or.

Ces observations étant faites, — et sans même tenir compte de l'énorme augmentation du commerce extérieur en 1905, le solde favorable de la balance économique atteignant 117 millions de piastres or, — le Bilan de l'Argentine peut s'établir de la façon suivante :

actif Piastres or.

Caisse de conversion , 75 000 000

Banque de la Nation Argentine ; 20 000 000

Fonds de conversion 7 000 000

Autres Banques 25 000 000

Valeur de l'exportation 264 157 525

Total de l'actif 391157 525

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