LA LENTILLE PRINCIPALE
EXTENSION ET LIMITES. — L'examen des feuilles géologiques au . 1/80.000 qui découpent la région en trois morceaux ou, de préférence, un assemblage au 1/200.000 indiquent que les qaizes se réservent la presque
- totalité des affleurements d'âge secondaire entre l'Aisne supérieure et l'Aire, sensiblement parallèles. Nous savons d'ailleurs que le gault et les calcaires sous-jacents ne sont décapés que dans le fond des vallées importantes.
# Au nord, les couches viennent mourir à mi-chemin entre la Fournelle
et le canal joignant l'Aisne à la Bar du Chesne Populeux par le seuil trans-
… versal de Monigon. En suivant la ligne de crêtes vers le sud, la régularité
de notre marche, rendue agréoble par la futaie ombreuse, ne sera interrom-
- pue que par le « défilé » dans lequel l'Aire de Grandpré franchit les
… hauteurs gaïizeuses et par le couloir reliant Les Islettes à Clermont.
À Les formes massives prennent toute leur expression au sud. Ici la largeur
de la bande arquée oscille entre 12 et 16 kilomètres, avec un renflement
près du confluent de la Biesme. Les assises cessent soudainement de se
manifester, en même temps que les plateaux, sur la ligne Beaulieu-Villers- en-Argonne.
- Si l'Aire borde la lentille vers l'est, l'Aisne se comporte différemment en ce sens qu'elle a creusé son lit à l'ouest au sein même de la roche. De Villers à Semuy, la rivière laisse en effet sur la rive gauche une légère
frange de gaize qui peut cependant atteindre un maximum de 6 kilomètres
de section lorsque le cours d'eau décrit le grand méandre de Lançon.
PHYSIONOMIE DES ASSISES. — A la surface des plateaux où elles __ se cachent sous un humus forestier plus ou moins épais, les gaizes se dérobent dans la plupart des cas à une observation continue. Il a été dit que, mis à part ce voile superficiel, leurs districts donnaient l'impression d'une région fortement dénudée. Est-ce à dire qu'il faille accepter cette opinion comme ur absolu? Nous ne le croyons pas et nous montrerons ultérieurement que des dépôts moins que frustes s'intercalent entre le tapis végétal et la roche sur plusieurs milliers d'hectares, dans les secteurs des Islettes et de Quatre-Champs notamment (1). Sur les hauteurs, le rebord des layons et des allées coupe-feux comme les tranchées de la guerre de 1914-1918 laissent voir une pierre grisâtre ou blanche, de laquelle le pied détache de nombreux fragments anguleux que le poids du corps réduit le plus souvent en miettes. Ailleurs, un mélange de brèches grosses comme le poing et de sables grossiers recouvre les dalles. À La Croix-aux-Bois on a donné le nom de « qgaize folle » à ces plaques sableuses oblongues, facilement ravinées. Si cette dernière s'étend parfois sur des aires considérables, il ne faut pas la confondre avec les dépôts de sables jaunes qui la masquent et dont nous venons, sur le territoire de la Croix en particulier, de mentionner l'existence.
Les versants et, à plus forte raison, le bas des pentes étant presque toujours encombrés par des éboulis de toutes sortes, eux-mêmes voilés sous un amas de feuilles et de branches mortes, il nous est finalement imposé, sans reprendre par le détail les « Itinéraires géologiques » de Lapparent ou les études de Ch. Barrois, de faire un choix parmi les tranches de gaize décapées dans les carrières ou à défaut sur les rampes des chemins creux accédant au plateau.
Le gisement de Bagot. — La ville de Vouziers est construite sur une falaise gaizeuse dominant de 20 mètres le fond alluvial de l'Aisne sous lequel pointe le gault. De la gare au hameau de Bagot, on longe les couches profondes de la formation, mais sans que sa base soit visible.
Les parois verticales se composent de gros blocs grisâtres, découpés comme un château de cartes et fendillés de haut en bas. Des morceaux dont le volume peut atteindre un demi-mètre cube, et parfois des pans
(1) Ces formations, hormis celles qui encadrent la Fournelle, n'ont pas été jusqu'à présent portées sur lies feuilles de Verdun, de Mézières et de Bar-le-Duc.
entiers s'en détachent par temps sec. Ils viennent grossir au pied de la tranchée un amoncellement de débris allant du sable grossier aux graviers et aux brêches. La couleur uniforme de l'assise n'admet que deux exceptions: de longues veinules ferrugineuses rouille et des plaques d'un gris-bleuté avec lesquelles le fendillement s'atténue. A Bagot le nombre de ces rognons durs et denses, englobés dans la masse, est d'ailleurs fort réduit.
Le découpage de la gaize suivant des plans verticaux est un fait d'ordre général, applicable à l'ensemble de l'assise. En revanche, si de fines cassures horizontales soulignent incidemment la forme parallélépipédique des blocs, leur continuité sur toute la longueur de la falaise est difficile à suivre, voire même contestable. Statuant sur des échantillons prélevés à Vouziers, Cayeux (1) a donc pu laisser entendre que: {
« Les gaizes d'Argonne sont dépourvues de strates bien nets. »
Les carrières du Claon et les strates argileux. — De la vallée de l'Aisne, creusée en aval de Senuc dans la pierre de Vouziers, passons aux rives de la Biesme, à proximité desquelles il est possible de vérifier l'existence d'un stratification précise à la base même de l'étage. 2
La route de Florent au Claon prend les couches en écharpe. Près du virage donnant accès au pont sur la Biesme, elle suit des paroïs entamées lors d'une rectification du tracé de la chaussée. La gaïze, connue ici sous le nom de verlancier, peut être observée sur une distance de 300 mètres environ. Sa puissance visible, qui s'accroït au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans la vallée, atteint un maximum de 15 mètres. Une coupe verticale de la carrière montre successivement et de haut en bas: ___— sous un sol végétal brun-noir (75 centimètres) où s'entremêlent les racines des chênes, un banc compact de gaïize, épais de 1 m. 50, rigide et bien cimenté;
— un mince strate pulvérulent (2 à 5 centimètres seulement) composé de petites plaquettes d'argile grise s'écrasant sous la simple pression des doigts;
— un second banc de gaize dure, identique au premier.
Par beau temps il est peu commode de distinguer la bande médiane. Elle ne se différencie alors de la masse que par la facilité avec laquelle elle se désagrège en grains mal soudés. Mais, quand les eaux imbibent la roche, on constate que le strate central prend une teinte vert bouteille plus sombre que celle des roches qui l'encadrent. La boue argileuse se dissout alors que le reste de la formation conserve intrinséquement sa forme primitive. Du sommet aux éboulis qui masquent le gault, on ne compte pas moins de cinq strates également espacés, filets ininterrompus d'une extrémité à l'autre de la tranche découverte et qu'un œil exercé suit sans aucun effort.
Leur présence dans de nombreux gisements, ceux du Saut du Boulanger de Beaulieu, ceux du val de l'Aisne en amont de Senuc — Autry, Sainte- Menehould et Châtrices —, indique qu'il ne s'agit nullement d'un accident local. Il convient toutefois de fixer les limites de cette stratification dans les divers niveaux de l'étage: irréguliers dans les districts Nord, absents ou très rares à la partie supérieure des assises lorsque celles-ci sont complètement représentées, les bancs argileux intercalaires deviennent de plus en plus fréquents et continus à l'approche des argiles albiennes sous-jacentes.
Les « terres » de Passavant. — Les expressions employées pour désigner la gaize varient selon les lieux. On est en droit de se demander si la variété des vocables populaires n'est pas justifiée par de réelles différences de nature entre les roches. La « pierre de Vouziers » et le « verlancier » du Claon se présentent déjà sous des aspects voisins peut-être, mais non
(1) Cayeux : Introduction à l'étude des 1oches sédi tai i dépôts siliceux, gaizes du Bassin de Paris. TRE MU NS CN RS