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LES BUCHERONS ET L'EXPLOITATION DES | COUPES

CHANTIERS ET TRAVAUX. — Chaque année, au début de l'automne, ou parfois quelques mois plus tôt, les coupes, préalablement estimées, délimitées et martelées, sont mises en vente par adjudication et livrées à des exploitants, la plupart « marchands de bois » selon l'expression locale, lesquels, après embauche, répartissent les lots entre les bûcherons. Il est assez rare qu'un entrepreneur, propriétaire lui-même ou non, prenne à sa charge l'ensemble des opérations depuis l'abattage jusqu'à la sortie de l'usine ou de la scierie. De grosses sociétés, trois ou quatre particuliers possèdent, de fait, une telle organisation, mais encore à l'état embryonnaire.

La coupe débute dès les premiers jours d'octobre, se poursuit tout au long de l'hiver et du printemps pour prendre fin en avril ou en mai. Il peut arriver toutefois que les travaux annexes se prolongent dans le courant de l'été.

Après vérification du marquage, on procède suivant l'ordre habituel, établi depuis plusieurs siècles et qui a peu évolué :

— le «déambage», confié aux plus inexpérimentés, consiste à débarrasser le sol de ses broussailles et de ses ronces. Il est suivi de l'écôtage ou enlèvement des bas-taillis, que l'on groupe par fagots. Ces . derniers sont mis en tas et fixés généralement avec des ramettes à pois.

Autrefois réservé aux femmes, ce travail préliminaire, œuvre des très

jeunes ou des très vieux bûcherons, est effectué uniquement à la serpe ou à la hachette. ee

__ — on entreprend ensuite : une nouvelle éclaircie en coupant les gaulis dont les plus gros éléments fourniront un excellent bois de feu, la « charbonette », livrée jadis en fagots de cinquante livres, maintenant débitée au mètre.

— l'abattage des hauts-taillis et de la futaie: Pouleas charme, hêtre et chêne, est par excellence la tâche du bûcheron dans la force de l'âge. Il exige un habile maniement de la cognée, de solides qualités de métier, de l'expérience. Les coutumes qui entouraient l'instant solennel où s'inclinaient les vieilles écorces, sont tombées en désuétude. |

— il ne reste plus qu'à écôter l'arbre de ses branches, à faire intervenir la scie qui le tronçonne en grumes longues de 7 à 12 mètres. Pour terminer la série des opérations, on ramène par l'étoc les souches à fleur de terre.

DA VIE AU BOIS. — Pendant les six à huit mois que dure la saison des coupes, un cinquième seulement des bûcherons s'installe en forêt dans des habitations temporaires. De forme trapézoïdale au sud de Grandpré, la hutte comprend des parois à double rangée de rondins revêtus de terre à la base, un toit plat recouvert le plus souvent de toile goudronnée, un sol de tèrre battue. Le confort fut longtemps réduit au strict minimum, mais depuis une vingtaine d'années, dans les plaines méridionales, à Charmont, Monthiers et Belval, on rencontre des huttes mieux range. sinon spacieuses.

Eclairée de jour par une minuscule fenêtre, de nuit par la lampe à acétylène — une installation électrique n'est pas exclue lorsque la coupe se trouve à proximité d'un hameau ou d'une maison forestière — Ia pièce unique est parfois tapissée de papier tendu sur: des panneaux de bois mobiles. Le lit ou les couchettes superposées disparaissent derrière une tenture de toile, voire un paravent. Exceptionnellement, une cloison provisoire sépare la chambre de repos de la cuisine. Dès les premiers jours du printemps, quelques fleurs ornent la table rustique ou le pas de porte. En abordant le plateau des gaïizes, à Châtrices ou à Beaulieu, on constate que les aménagements ont moins évolué, que les types de huttes demeurent rudimentaires.

Ici, le problème de l'eau est le moins facile à résoudre : si les sources . des gorgeons voisins sont d'accès peu commode, on doit recourir au tonnelet rempli dans les fermes ou les hameaux distants de trois à cinq kilomètres, à l'eau de pluie qui ruisselle au long de l'écorce des arbres et que l'on recueille à l'aide de godets circulaires, de récipients en forme de V. Un autre inconvénient surgit lorsqu'il faut assurer, durant l'année scolaire, l'instruction des enfants. Au hasard des coupes et des engagements, le bûcheron et sa femme s'éloignent fréquemment de dix à vingt kilomètres du village où ils possèdent une modeste demeure. Ils y laissent les plus jeunes, emmenant avec eux les aînés, qui commencent de bonne heure leur . apprentissage. Une partie des hivernants en forêt, venus d'autres régions boisées pour une ou deux saisons seulement, ne dispose en ÂArgonne d'aucun point d'attache fixe, ce qui oblige les enfants à se rendre chaque jour à l'école la plus proche.

Les huttes sont abandonnées lors des migrations qui accompagnent chaque changement de coupe, chaque retour au village où, durant la période d'été, les bûcherons s'engagent pour la fenaison et la cueillette des fruits.

Tous les matins, un camion de l'exploitant conduit à proximité du chantier la majorité des travailleurs habitant les communes environnantes. Ils se contentent d'un abri sommaire où les plus agés affûtent les scies et les haches, préparent ou réchauffent les repas. Outre les hommes employés

à l'abattage proprement dit, la moitié environ, les fagotteurs, les équarisseurs se livrent aux travaux complémentaires, ainsi que les scieurs de long, qui débitent bûches et rondins, sectionnent les grumes. Ils utilisent le passepartout, à défaut de scie mécanique ou électrique dont l'introduction en forêt d'Argonne est limitée à quelques coupes situées aux abords des routes principales. à

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