RUINES ET RECONSTRUCTION
En 1918, dans la « zone rouge » des combats, la situation est désastreuse, ne serait-ce que par le nombre, fort élevé, des bâtiments complètement rasés. Pour mesurer l'importance des dégûts, il suffit de se rappeler
qu'un gros hameau, le Four de Paris, et plusieurs fermes ont été définitivement rayés de la carte, que, dans les cantons de Ville-sur-Tourbe et de Varennes, plus de vingt villages, sur un total de près de trente, sont provisoirement anéantis ou sinistrés à 60 et 75 %. Parmi ceux-ci, mentionnons, outre les deux chefs-lieux, Cernay-en-Dormois, Binarville, Servon, Saint-Thomas et Vauquois. Le sommet de la colline, sur laquelle ce dernier
était perché, est devenu un entonnoir!
Il s'agit là de cas extrêmes, limités à une bande de terrain profonde de 5 à 8 km et située de part et d'autre de la ligne de feu, mais qui furent aussi ceux de Clermont, incendié en 1914, et de Montfaucon où, dans les ruines de l'église abbatiale, se dissimulaient plusieurs observatoires bétonnés. .
En outre, dans l'arrondissement de Vouziers, en apparence moins Va = 27 LA = = LA touché, plusieurs localités, entre autres Grandpré et Saint-Juvin, ont été partiellement endommagées au cours de la retraite des armées allemandes.
Par l'emploi de la brique rouge, de la tuile plate mécanique, du ciment armé et, pour les soubassements, de la pierre de taille en calcaire de Lérouville ou de Varennes, la reconstruction — 1920-1930 — va importer de nouveaux types de maisons.
Aucune directive n'ayant été donnée, les plans varient, à l'intérieur de la même agglomération, selon les architectes, selon les intéressés, selon aussi leurs moyens financiers : ressources personnelles et dommages de guerre. À Saïnt-Thomas ou à Vienne-le-Chôteau par exemple, la ferme à cour enclose dans des murs de trois mètres de hauteur, où la grange à toiture métallique et le logis se font vis-à-vis, côtoie une exploitation toute en longueur, dont les écuries et les étables s'ouvrent directement sur la rue. Ici, une propriété en meulière de Brie, aux larges fenêtres et à la couverture d'ardoise; là, une habitation à bon marché, plus modeste, à peine achevée. Par place, des baraquements en bois, édifiés à la hâte, au lendemain de l'armistice. Une ou deux pièces supplémentaires sont venues par la suite s'y ajouter. Une murette de gaize les dérobe à la vue, un jardinet les entoure. Ce qui était provisoire est devenu définitif.
Il est à regretter toutefois que, dans ces villages neufs, avec lesquels s'impose une technique moderne joignant le plus souvent le confort à l'utile, les maisons d'Argonne aient perdu de leur caractère. Les contrastes qui, par opposition, non seulement de teintes, mais encore de formes, éclatent entre les deux communes voisines de Vienne-la-Ville et de Florent, l'une rebâtie, l'autre demeurée intacte à moins de cinq kilomètres de Bolante ou de La Gruerie, sont d'autant plus marqués que la seconde a conservé presque intégralement sa physionomie, son cachet des siècles passés.
En 1939, l'œuvre de la resconstruction est presque terminée: à La Harazée comme à Vauquois, les traces de la guerre ont été effacées. Le second conflit mondial viendra frapper dans leurs œuvres vives des localités qui avaient été épargnées en 1914-1918 : Les Islettes, Villers-en-Argonne et Sainte-Menehould au sud, Quatre-Champs au nord, et, sur les confins arden-
ul de la région, le groupe du Mont-Dieu, des Grandes-Armoises et de tonne.
Si nous faisons exception de ces transformations radicales, si nous déduisons encore les constructions industrielles, en nombre très réduit, les minuscules cités ouvrières de Noyers-le-Val et des Islettes, liées à une scierie et à une fromagerie plus importantes que les autres, nous pouvons dire que les habitations d'Argonne se sont peu renouvelées, que leur évolution a été encore moins rapide que celle des genres de vie.
À — Bellefontaine : ancienne maison de souffleur de verre
B — Passavant : Rue des Mobiles, passage latéral et perspective de l'auvent