ARGONNE
Confins ouest Confins est
Val d’'Aire
Bas-Pays Val d‘Aisne (sud) Val de Biesme
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Plateaux gaizeux (sud)
Val d'Aisne (Vouziérois) Plateaux de Montfaucon
Plateaux de la Fournelle
Î Es ; Eu Te j LE — Desservis par l'énorme extension des masses boisées et la rareté
inhérente des villages, les plateaux gaizeux sont presque vides d'hommes, ‘ surtout au sud de Grandpré où, par trois fois, la densité s'abaisse jusqu a un point critique : 3 à La Chalade et à Beaulieu, 4 à Chôâtrices.
— C'est vers les vallées et les rebords des coteaux qui les encadrent
qu'il convient de nous tourner pour apprécier, à leur juste valeur, les effectifs globaux de la population de l'Argonne, à savoir : la Biesme, de part et d'autre des Islettes: la Fournelle, autour de Quatre-Champs:; l'Aisne et
l'Aire, sur tout leur parcours. Dans le détail, la répartition continue à se.
révéler assez inégale, avec deux maxima, le défilé des Islettes — 90 — et
le noyau agricole du Vouziérois — 34 —, avec un minimum, à l'ancien
emplacement des lignes de feu de 1914-1918, soit une bande transversale
de 10 km de large, d'axe Massiges-Le Four de Paris-Vauquois, et se prolon-.
geant à l'ouest, vers Tahure; à l'est, vers Montfaucon. Néanmoins, grâce à ses vallages, l'Argonne — 25 — prend finalement figure de région plus dense que ses confins — 15.
— 10 villages de 10 ou de moins de 10 habitants par unité de surface sur les tables calcaires de Montfaucon: 7 autres dans de semblables condition au delà du talus des craies; ici et là, de toutes petites communautés groupées, rassemblées le plus souvent, elles aussi, dans les fonds de vallées, maïs trop éloignées les unes des autres et uniformes: 100 à 150 âmes en moyenne.
S'il y a donc lieu, sur cette particularité encore, d'opposer le foyer argonnais, relativement plus peuplé, aux contrées limitrophes, nous enregistrons cependant, depuis le début du XIX* siècle, une réduction de l'écart, l'ilot gaizeux n'ayant pu conserver intacte l'avance dont il étoit jadis assuré.
DEPOPULATION RECENTE (1830-1930)
À peine enrayée à l'heure actuelle, la crise démographique que vient de subir l'Argonne n'est pas, dans son histoire, la première: tant s'en faut. Héritage du passé. — A. Demangeon (1) a souligné le rôle des périodes de calme et de trouble, de richesse et de misère, qui ont alternativement influé sur les variations sensibles de la population du nord-est de la France.
Le sort de l'Argonne, théâtre de fréquents combats et frontière située sur
les routes d'invasions, semble avoir été le même. Maïs nous ne savons pas toujours jusqu'à quel point ces fluctuations répétées se sont fait sentir dans le pays forestier, car nous ne possédons, pour l'étape qui s'étend du XT ou XVIIT siècle, que des documents incomplets, des indices épisodiques et intéressant seulement quelques portions de baillages.
— L'ère de prospérité matérielle et morale, marquée, sous l'égide des monastères ou des châteaux, par les défrichements, la colonisation des terres, les fondations et l'octroi des chartes, fut sans conteste une ère de peuplement. N'y aurait-il pas eu, entre le XI° et le XIII siècles, une véritable surabondance d'hommes autour des grands fiefs abbatiaux, dans la trouée de Triaucourt, dans les vallées de la Biesme, de l'Aire (région de Chôâtel- Chéhéry) et de la Fournelle? Voici, par exemple, bien qu'ils puissent paraître surestimés, quelques chiffres cités par les historiens des abbayes : 1.200 feux à Beaulieu, dépendances comprises; 700 à Châtrices, grossie de Villers: 200 à 300 dans chacune des quatorze communes de la clairière de Triaucourt, autant à Landèves, à Quatre-Champs et au Chesne-Populeux.
— Les fûcheux effets de la querre de Cent Ans nous sont mal connus. Plus tard, vers 1575-1600, la densité de la moitié septentrionale de l'Argonne,
(1) Géographie universelle, tome VI, deuxième partie. A. Demangeon : France économique et humaine.
fraction des baillages de Rethel, de Mézières et de Sainte-Menehould, aurait été, selon Terruel, comparable, sinon égale en certains endroits, à celle de 1936, surtout si l'on tient compte du nombre des hameaux aujourd'hui inhabités : tel serait, sous toutes réserves, le cas des petites localités : Lançon, Champigneulles, Belleville, Noirval, et même celui de plus impor-
: tantes comme Quatre-Champs, Vandy, Saint-Juvin et Binarville. A — Dans ces circonscriptions anciennes, les ravages causés par la guerre de Trente Ans ont eu, avons-nous dit, des conséquences qui ont pris les proportions d'une catastrophe régionale. Terruel nous montre, dans le Vouziérois, la plupart des fermes et des écarts abandonnés, la majorité des villages sans habitants; au total, une densité qui a diminué des deux tiers f par rapport à la période précédente. Des perturbations analogues se seraient
produites dans le sud du baïllage de Saïnte-Menehould (1).
— Au XVIIT siècle, les dommages ayant été réparés, nous assistons à un lent accroissement de la population, assez régulier en dépit de crises temporaires — 1775-1790 —, moins graves que celle de 1618-1648. Les naissances l'emportent très nettement sur les décès, bien que ceux-ci se maintiennent élevés. Cette prospérité se traduit, à Passavant, Binarville, Florent, Futeau, Moiremont et Verrières, par un excédent annuel moyen de 6 %. Ici, de 1795 à 1825, l'augmentation est constante. À partir de cette dernière date, la situation change du tout au tout.
Evolution d'ensemble, ses éléments :
Confins est
CHUTE de la POPULATION rurale (1836-1936) (%)
Vol d'Aisne (sud) Val de Biesme Val d'Aire
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Plateaux gaizeux (sud) Plateaux de la Fournelle Plateaux de Montfaucon
Val d'Aisne (Vouziérois)
Le malaise chronique qu'a éprouvé l'Argonne depuis le milieu du XIX:° siècle, malaise dont elle se remet mal, a été ressenti, d'une manière analogue, par d'autres individualités du Bassin Parisien, plus forestières qu'agricoles : Perthois, Der, Bassigny, Pays d'Othe, pour ne citer que les plus proches. Il n'est d'ailleurs, dans le cas présent, que l'expression locale, mais aiguë, d'une rupture d'équilibre qui s'est manifestée, à grande échelle,
(1) Buirette : Histoire de Sainte-Menehould.
* — sur le plan national: la dépopulation des campagnes. À en juger par le tableau et par la carte(l), celle-ci se révèle ici profonde et absolument générale. Les trop rares communes qui, échappant à la règle, demeureront inchangées ou, après un recul partiel, recommenceront à progresser : Noyers-le-Val, La Chapelle-Felcourt, Challerange — “+ 10 % —, le devront, toutes trois, à l'installation d'une coopérative laitière et, la troisième, en outre, à un nœud ferroviaire dont l'avenir paraît discutable. Les villes ellesmêmes : Sainte-Menehould, Vouziers, seront atteintes, maïs plus tardivement que les bourgs-marchés, car elles profiteront, jusqu'en 1890, d'un apport représentant une légère fraction de l'exode rural. LES EE
Comme nous l'avons laissé entendre, le passif pèse plus lourdement sur l'Argonne boisée que sur ses bordures moins denses. À un rythme accéléré, elle s'est vidée des deux tiers de ses habitants; de très nombreux villages, situés à l'extérieur de la « zone rouge » qui mérite une mention à part, verront fondre leurs effectifs et n'en conserveront, au terme du repli sur eux-mêmes, que le cinquième, voire le dizième — Beaulieu, Exermont. Néanmoins, selon les circonstances, les pertes seront assez variables :
— progressives et nuancées pour le Bas-Pays, le val d'Aisne, le Vouziérois et les hauteurs de la Fournelle, secteurs proportionnellement les moins touchés; -
— irrégulières et brutales pour les vallées de la Biesme et de l'Aire, oinsi que pour les plateaux gaizeux environnants, secteurs où les plus fortes diminutions relatives — 25 à 32 % — s'observent durant la courte période 1886-1906.
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Fig. 34 — Comparaison des naissances et des décès — évalués pour 1.000 habitants — situant l'apogée de la crise entre 1880 et 1920.
Cette dépopulation massive du cœur de la région a diverses origines, des causes ayant, soit agi séparément, soit interféré suivant les époques et les lieux. Avant de les récapituler, analysons d'abord, quantitativement, les principales données de la démographie de l'Argonne.
(1) Atlas, feuille n° 8,
__ Natalité et mortalité. — Après s'être ralenti, puis stabilisé aux environs de 34 %° dans le premier quart du XIX° siècle, le taux moyen annuel des
naissances (1), alors à peu près égal à celui de la France, fléchit brusque-
ment vers 1835-1840. Il ne cessera ensuite de décroître, sans interruption,
jusqu'en 1925, où il atteindra son minimum : 15,5 %. Pendant le même laps
de temps, les décès se résorberont de moitié, passant de 30,5 à 16,5 %
avec, il est vrai, des recrudescences temporaires de forte mortalité, des
pointes accidentelles correspondant l'une, à la guerre de 1870-1871; l'autre,
__ à celle de 1914-1918. ;
Mais, avant de converger vers leur point commun le plus bas, les deux courbes auront suivi des voies différentes:
— durant une période transitoire — 1840-1880 —, la chute des naissances étant la plus rapide, leur excédent, encore de 4 % au début, s'amenuise imperceptiblement;
— durant une étape. décisive — 1880-1920 —, suite naturelle de la précédente, le mouvement s'accentue; les tombes sont désormais plus nombreuses que les berceaux. A la fin du XIX° siècle, le déficit devient alarmant. De 1895 à 1905, il est approximativement de 6,5 % pour l'Argonne entière; sur le front de Passavant et en val de Biesme, on enregistre des maxima de 8 et 9,5 %.. Autre symptôme, non moins significatif : l'indice de la nuptialité baisse dangereusement. Sous ce rapport, dans le département de la Marne, l'arrondissement de Saïnte-Menehould se classe à la toute dernière place : peu de nouveaux foyers et peu d'enfants. Traitant de la mortalité infantile, le D' Mathieu (2) dénonce le péril et en montre la gravité pour l'avenir des communes voisines de Saïinte-Menehould. Donnant un aperçu de l'état des localités de la Fournelle et du canton du Chesne-Popu- leux à la même époque, Leroy se montre aussi pessimiste. Ses craintes sont fondées : l'évolution de Quatre-Champs, au nord, ressemble à celle de Florent (3), au centre, ou de Passavant, au sud. Partout, l'allure prise par la courbe des naissances est inquiétante. Partout, l'Argonne voit sa vitalité considérablement amoïndrie; elle compte maintenant, sauf aux Islettes, une forte majorité de célibataires, de ménages sans enfants et à enfant unique. Où sont les familles nombreuses (4), fréquentes autrefois chez les artisans, les bücherons et les ouvriers des ateliers de la Biesme, des fonderies de l'Aire? Il n'en subsiste que deux ou trois par village, réparties dans toutes les couches de la société, contre six, huit ou dix cinquante ans auparavant. Non seulement le renouvellement de la génération n'est plus assuré, mais encore, dans certains cas, à Florent, à Futeau, à Longwé et à Beaulieu, on peut entrevoir à brève échéance la ruine, sinon l'extinction, de la communauté.
Par un heureux retour, la situation se renverse, une dernière fois, entre les deux guerres mondiales. É L
Le taux des mariages, tombés à 8 % depuis 1890 dans les cantons de
Sainte-Menehould, de Clermont et du Chesne-Populeux, se relève légèrement : au lendemaïn des années anormales — 15 %, — qui ont suivi la fin des
hostilités, il est de 12 %: il sera encore de 10 % environ vers 1935. L'indice de la nuptialité dèmeure néanmoins inférieur à celui de la France et il
varie moins vite.
A l'issue d'une décade incertaine pendant laquelle la balance des décès et des naissances tend à s'équilibrer (1920-1930), les berceaux l'emporteront
(1) Les moyennes calculées ici ne concernent que 45 communes du centre de la région: l'état des archives ne permet pas de les reconstituer dans leur intégralité, même pour le seul arrondissement de Sainte-Menehould. !
(2) Dr Mathieu : La Mortalité infantile à Sainte-Menehould en 1900. ù k
(3) Recherches de M. A. Meunier sur les conséquences du malthusianisme & Florent-en- Argonne (inédit).
(4) Quatre enfants et plus.
à nouveau, avec un excédent modeste, mais soutenu: 2 % en 1930, 2,5 Lo en 1984 et 3 % en 1938. De ce côté, le péril semble conjuré. Les vides n'en sont pas pour autant comblés et ils ne le seront pas avant longtemps, car. les pertes imputables à la dénatalité, si sensibles pourtant, ne représentent que le tiers du déficit total.
Emigration et apports. — Numériquement, la diminution de la population provient donc, en premier lieu, de l'abandon pur et simple du pays natal. C'est bien lui qui a finalement privé l'Argonne d'une notable partie de sa main-d'œuvre et même de ses propriétaires fonciers. Au début du XIX° siècle, la distribution des activités était, selon les villages, fort mal dosée : ici, les habitants s'adonnaïent principalement aux cultures; là, au bûcheronnage: ici, à l'artisanat; là, au travail en petites usines éparpillées. À Passavant, nous trouvions alors une synthèse assez harmonieuse des différents genres de vie; c'est pourquoi nous y suivrons mieux que partout ailleurs les phases d'un exode rural et forestier qui a porté sur tous les milieux ou presque. Celui-ci prend corps dès 1825, devançant de quinze ans le début de la période de dénatalité. Il se prolongera, à l'état chronique, jusqu'à la veille de la deuxième guerre mondiale. Le départ de la maind'œuvre agricole, de quelques fils de fermiers, de iourneurs sur bois, de débardeurs et de büûcherons se fera par pulsations lentes, avec recrudescence vers 1890-1900. A plusieurs reprises, entre 1880 et 1885 d'abord, entre 1920 et 1925 ensuite, le mouvement se précipitera, son accélération étant provoquée par la fermeture des poteries et des tuileries, c'est-à-dire par une perspective de chômage pour une trentaine de foyers.
1200 , habitants
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