‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 18 sur 162 · ERA" LA · texte numérisé non relu

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profonds, voisins du gault dans la région de Sainte-Menehould. Ceci posé, le chiffre de 1,70, habituellement adopté, ne représente en réalité qu'une moyenne : ; | — des échantillons issus des falaises de Bagot et dont le niveau relatif dans la tranchée n'a, malheureusement, pas été situé, accusent pour la pierre de Vouziers une densité de 1,56 (1), la plus faible de toute la lentille principale. Cependant, une série de pesées, effectuées sur des roches échelonnées entre l'Aire et Passavant, montre qu'elle augmente dans de notables proportions du nord au sud, où elle se stabilise vers 2,25-2,70 près de Futeau. Buvignier attribue ce fait à une teneur de plus en plus grande en silice: « La densité croît en conséquence, passant de 1,56 à 2,70. » ee Variable en latitude, le poids spécifique l'est également dans l'épaisseur des dépôts. Il est remarquable que sa valeur la plus élevée, celle que cite Buvignier, corresponde à la pierre-morte de Futeau ou des Islettes, dont Collet évalue par ailleurs la densité à 2,50. En revanche, celle du verlancier et des couches qui lui succèdent, jusqu'aux premiers strates du gault inclus, n'est plus, selon cet auteur, que de 1,65. Elle diminue donc du sommet à la base dans la zone où, précisément, la puissance des gaïizes atteint son maximum. Entre ces roches légères, il existe ainsi des écarts du simple au double, 1,56 - 2,70 - 3, qui contribuent à leur classification. Maïs il n'en est plus de même lorsque l'on aborde la question des teintes, beaucoup moiïns déterminantes.

Les COLORIS vont des blancs mats aux verts sombres, en passant par toute une gamme de jaunes et de gris. Les seules taches qui les rehaussent sont dues, soit aux rognons bleutés, soit aux veines rougeûtres décelant la présence de fer. Ces dernières se multiplient à la partie supérieure des gaizes, sur les flancs du Signal de Waly ou de la butte de Clermont, par exemple. 4

Leur fréquence et celle des bancs bleus, la combinaison enfin des grisperle et des blancs mouchetés de points verts rendent la pierre-morte plus bariolée que le verlancier, dont les falaises jaunes sont en général plus ternes. Il est toutefois possible de rencontrer, à Sainte-Menehould, comme à Vienne-la-Ville, des affleurements de pierre-morte dont la teinte ocre clair est identique à celle des assises sous-jacentes.

L'approche de l'albien argileux se signale à son tour par des dégradés plus foncés, gris-vert, gris et noir ardoise.

On ne peut convenablement observer ces différences de couleur que por temps sec, lorsque les tranches décapées des gaizes ont été, après une période de pluies, exposées aux rayons solaires. Imbibée d'eau, la roche devient uniformément verte, parfois même noire si elle se trouve maintenue dans un milieu humide pendant plusieurs semaines. ,

En été, les hautes vallées sèches des gorgeons opposent alors la blancheur de leurs murailles aux cavités sombres des sources voisines, niches ruisselantes d'eau, où l'on ne distingue plus la pierre de la mousse qui la recouvre en partie. Sur les dalles noires encombrant le lit des affluents de la Biesme, roulent des fragments nouvellement enlevés aux versants, taches grises qui, par la suite seulement, se transformeront en graviers noirâtres.

L'eau pénètre dans les gaizes et modifie leur teinte, d'où le terme de- « grès verts » que certains géologues ont autrefois utilisé pour les désigner.

COMPACITE ET PERMEABILITE

Un échantillon quelconque, prélevé indifféremment dans l'une ou l'autre des variétés déjà reconnues, indique que la roche d'Argonne possède une

(1) Buvignier : Géologie du département de la Meuse. C : ô ili ee oi ayeux : Quelques dépôts siliceux,

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structure grenue. Nous vérifierons au cours de l'étude pétrographique qu'il s'agit bien de grains peu homogènes, agglutinés par un ciment que les gaizes contiennent en proportions variables. Dans tous les cas, les éléments constitutifs, visibles à l'œil nu, sont plus ou moins liés. Buvignier & reconnu que la finesse et la cohésion des grains s'accentuait dans le sud de la lentille, là où la densité augmentait. Ici, à l'exception des rognons aux tissus serrés et bien moulés, le verlancier et surtout le noir-ardoise apparaissent comme les plus compactes des gaizes.

Les vides internes de la roche, dont il faut Eh buer l'origine à la disso- lution de certains organismes entrant dans sa composition, permettent aux eaux de s'infiltrer dans la pierre-morte, de traverser sa masse et de désagréger le sédiment. Elles s'écoulent ensuite moins facilement au travers du verlancier et vont se rassembler dans les couches inférieures compactes et coupées de strates argileux, à proximité du gault imperméable au niveau duquel elles constituent de puissantes nappes phréatiques. Dans la région de Sainte-Menehould et de Passavant, la teneur en eau des assises supérieures est réduite à 3 ou 4 %, tandis que celle du noir-ardoise s'échelonne, d'après les analyses de Collet, de 8,5 à 7 %. A Vouziers enfin, où la He des dépôts n'est que de 20 ms, on enregistre même un maximum de 8 % dans une pierre aux grains plus grossiers que celle du sud.

La POROSITE, tout en demeurant une des propriétés physiques fondamentales des qgaizes, diminue donc du sommet à la base de l'étage. La pénétration des eaux et leur accumulation en profondeur provoquent la dessiccation de la pierre-morte. Elles sont, en contre-partie, à l'origine de la fraîcheur des sources, concentrées dans les derniers mètres qui précèdent le gault.

INEGALITES DE RESISTANCE

La massivité de la lentille, de ses tables ciselées d'entailles encaissées, indique que les gaizes offrent à l'érosion une résistance supérieure à celle des formations tendres argileuses et sableuses qui les encadrent.

— Le gault pulvérulent et inconsistant se déforme sous la moindre pression. À l'inverse, le bloc de gaize se présente comme un solide au profil contourné, mais bien défini. Sa dureté, imputable à la nature des constituants et à leur cohésion, est cependont médiocre. Lorsque l'on frappe d'un coup sec de marteau une pierre-morte placée sur une lumachelle, elle se brise en de multiples morceaux, alors que le calcaire reste intact.

Certains fragments allongés peuvent alors être cassés à la main, et la pointe du couteau, voire l'ongle lui-même, y impriment aisément des rayures.

— Sous l'action des agents atmosphériques, la roche est facilement désagrégée :

l'insolation qui la dessèche produit son effritement superficiel, tandis que le gel, en dilatant les vacuoles gorgées de particules aqueuses, entraîne son éclatement;

les eaux de pluies, qui s'infiltrent ou ruissellent, effectuent le plus gros travail. Elles enlèvent aux assises des débris de tailles diverses, disloquent des blocs volumineux et des pans entiers de plusieurs mètres cubes, qui se brisent en s'écroulani.

En observant les parois gaizeuses au voisinage des sources, celles du val de Biesme entre Courupt et Saint-Rouin, par exemple, on constate que leur fendillement ne doit pas être limité aux seules carrières exposées oux intempéries. Les fentes étroites et profondes, les lézardes ramifiées en tous sens, particulièrement de haut en bas, sont remplies, souvent jusqu'à mi-hauteur, d'un amalgame de sables et d'argiles libérés, dans lequel viennent se loger des éléments non encore dissociés.

APCE

— Les gaizes d'Argonne sont donc des roches spécifiquement détri-

tiques. Les matériaux résultant de leur démolition comprennent une majorite

” de résidus grossiers : en dehors des boues argileuses grises, des sables arénacés et des graviers se mêlent à des brèches et à des blocs. Les dépôts de pentes sont abondants. Les rochers du Saut du Boulanger, suite d'escarpements naturels, longs de 500 m, hauts de 60, traduisent, en forêt de Beaulieu, la solidité relative de la pierre-morte et du verlancier. Mais les débris qui s'accumulent à leur pied masquent encore 20 m de falaises abruptes.

Ces faits nous conduisent à classer les gaizes, non dans les roches dures

au même titre que les grès par exemple — l'emploi du terme de grès verts n'est donc pas justifié —, mais dans une catégorie intermédiaire, différente de celle des terrains tendres, dont les faciès sont représentés en Argonne

por les argiles albiennes. ;

On doit cependant distinguer, selon les variétés, divers degrés dans la résistance des gaizes : |

La pierre-morte est la plus fragile. Ses cassures sont nettes, ses arêtes franches, et les produits de désagrégation se composent essentiellement de sables grossiers. Elle enveloppe néanmoins des îlots plus durs, représentés par les bancs bleus et les rognons compacts. On retrouvera très fréquemment ces derniers parmi les galets roulés les mieux conservés en dépit de l'usure répétée des eaux courantes. a

La résistance du verlancier est moins inégale. Beaucoup plus granuleuse d'aspect, cette roche se fendille très peu et ne s'effrite que lorsqu'elle est à l'air libre. Il s'en détache alors des particules de petites dimensions, décomposées à leur tour en grains de couleur grise et en boues argileuses jaunes. Les assises médianes ont, toutes proportions gardées, une cohésion supérieure à celles du sommet. Les gaizes de la base enfin, argiles durcies qui s'écrasent sans difficulté sous la moindre pression, laissent une plus large prise aux attaques de l'érosion.

Jusqu'ici rien ne contredit la possibilité d'une variation de facies à l'intérieur de l'étage d'Argonne. Avant d'en asseoir les fondements sur d'autes bases, il convient d'introduire ici une incidente et de voir dans quelle mesure leurs propriétés physiques ont influé sur les divers partis que l'homme a cherché à tirer des qgaizes.

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