‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 30 sur 162 · FACIES ARGILO-SABLEUX · texte numérisé non relu

FACIES ARGILO-SABLEUX

Avec les assises les plus anciennes dans l'échelle stratigraphique, et compte tenu des restrictions formulées envers le facies local de la pierre de Vouziers, les sables se substituent progressivement au ciment gélatineux, dont l'indice, descendu à 30 % dans le verlancier, se stabilise ensuite dans les argiles durcies qui précèdent le gault.

LE VERLANCIER. — Définition : Dans le massif où la pierre-morte couronne l'étage, son substratum gris-jaune, vert lorsqu'il est humecté, le verlancier, épais de 30 à 50 m selon les lieux, apparaît à mi-hauteur sur le front des côtes et les versants des vallées. Il pointe aussi, mais sans aucune autre couverture gaizeuse, au sommet des buttes des bordures orientales; les lambeaux des Allieux et de Montfaucon possèdent toutefois, par la présence de quelques cherts nuageux, une résistance supérieure à celle des affleurements de la lentille. Dans la plupart des cas, la gaize sableuse, aux arêtes émoussées, ne renferme qu'un tiers d'opale indifférenciée, proportion encore suffisante pour agglomérer, en un solide grumeleux, un nombre accru de grarnules de quartz clastique et une quantité déjà importante d'argile. L'obstruction partielle des vacuoles par une gangue hétérogène, composée de silicates d'alumine et de fer englobant des sphérules quartzeuses, rend la roche moins poreuse que celle qui lui est superposée. Ses bancs parallèles sont séparés

AT lee

les uns des autres par des strates argileux, dont la régularité et la fréquence augmentent du sommet à la base. ï

Roche et modelé : Les eaux, en provenance de la pierre-morte, traverseni ensuite le verlancier, dans lequel la circulation verticale commence à se ralentir. Si les éléments dissous permettent encore leur infiltration, celle-ci est cependant contrariée par l'adhérence, aux parois des vides et de fentes, de l'argile en noyaux compacts ou en minces plaquettes. Alors, au niveau des strates intermédiaires, se constituent des nappes phréatiques secondaires, jalonnées (parfois à 35 m au-dessus de l'albien imperméable) par des sources adventives, peu fournies habituellement, et qui tarissent en période de sécheresse prolongée. Lorsque la roche est découverte, à flanc de coteaux par exemple, la rétention est moins absolue que dans la pierre-morte. Les blocs se fendillent et s'effritent plus qu'ils ne se brisent. Le modelé du verlancier, qui ne diffère pas essentiellement de celui des assises récentes, est néanmoins marqué par des escarpements moins étendus, de hautes vallées sèches plus courtes et des versants moins rapides. Les pentes sont encombrées de déblais peu grossiers : sables fins, argiles boueuses et brèches de volume réduit, aux trois quaris désagrégées.

LES GAIZES ARGILEUSES. — Le Noir-Ardoise: Suivons, d'aval en amont, la base même des formations gaizeuses sur le front de côte dominant la rive gauche de la Biesme. Dans les gisements du Claon, le verlanciet coupé de strates repose directement sur le gault. À 5 km au sud de ces carrières, près du tunnel des Islettes, le noir-ardoise s'intercale entre l'albien argileux et la gaize sableuse. Moins solide que cette dernière, la variété définie par Collet est encore une roche moulée, mais qui s'effeuille et s'écrase avec facilité; et dans laquelle le dosage des constituants silicatés est sensiblement égal à ceux du ciment amorphe (38 %) ou des grains de quartz inaltérable (30 %). En dépit d'une nette régression de la silice totale, l'association argile-opale gélatineuse procure au sédiment, moins poreux et par là moins perméable, une compacité supérieure à celle des autres catégories de gaiïzes.

Le facies profond noir-ardoise n'a, ni la continuité, ni l'extension du verlancier. Dans le bassin de la Biesme, les bancs — 10 m de puissance — ne sont visibles qu'aux Islettes, à Futeau ou à Bellefontaine. Si les sondages pratiqués en val d'Aisne les traversent à Vienne-la-Ville, la Neuville-au- Pont et Sainte-Menehould, ils ne les mentionnent pas plus à Chaudefontaine qu'à Villers. Sur le territoire de Châtrices, à mi-chemin entre Villers et Fuiteau, leurs affleurements bordent seulement les étangs de la Rouillie et des Usages. Le dépôt se réduit donc, dans le sud de la lentille principale, à quelques poches de superficie et d'épaisseur toujours limitées.

Les gaizes du pédoncule méridional correspondent à celles des couches inférieures de Passavant. À Vroïl comme à Ante, elles ont, dans la majorité des prélèvements, une composition analogue à celle du verlancier sableux. Mais, aux environs de Remicourt et du Châtelier, dans la section centrale semi-perméable, les roches noires moulées et les argiles bleues qui précèdent l'albien, ne sont plus que des boues silicifères, à peine consolidées.

Le passage des argiles du gault à la gaize noir-ardoise ou au verlancier d'abord, à la pierre-morte ensuite, s'opère insensiblement, sans plans de contacts précis. Il n'y a pas de cloisons étanches entre les différents facies gaizeux représentés en Argonne, pas même dans la répartition des fossiles.

Page 1