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Grès de La Thibeaudette et de Charmont

Pourquoi ranger côte à côte des facies dont l'identité serait contestable? Si Charmont appartient, sans contredit, au stampien supérieur, il n'en est pas forcément de même pour La Thibeaudette, variété azoïque. Pourtant, il y a lieu de tenter une comparaison.

Dans les deux cas, nous sommes devant des blocs volumineux dont le poids s'échelonne de 50 kg à 3 tonnes. Leur aspect: des masses non roulées, probablement peu déplacées, blanches ou grises avec des reflets bleutés. Leur composition: des cristaux de quartz solidement liés par un ciment amorphe, exclusivement siliceux; un peu de fer et de glauconie; pas de sidérolithique; des grains grossiers, certes, mais aussi des tissus serrés; encore des vacuoles assez spacieuses, mais réduites en quantité.

La cartographie indique que, si les gisements ne franchissent pas, vers le nord, le couloir des Islettes, ils se relient par lambeaux jusqu'à Charmont et Bassuet.

— Dans les alluvions modernes de la Biesme, d'une part, sous les remblaiements de Pologne et du gorgeon du Neufour drainé par un émissaire de l'Aisne, d'autre part, nous avons recueilli quelques galets du facies de La Thibeaudette, gros pavés arrondis ou cailloux usés par un roulement prolongé. F — Ce sont des grès en tous points semblables à ces derniers qui reposent à la base des nappes quaternaires de l'Aisne, à partir de Sainte- Menehould et vers le sud-ouest, dans les gravières de Daucourt, de La Neuville-aux-Bois et du Chôâtelier: ici, nous ne sommes plus qu'à cinq kilomètres de Charmont.

— La continuité s'affirme, parallèlement, lorsque les craies glauconieuses ou turoniennes affleurent. Des grès blancs, de volume variable, mais de même nature que ceux des dépôts extrêmes, se rencontrent sur les coteaux d'Argers, d'Elise, de Braux-Saint-Remy et d'Epense, éparpillés dans les terres cultivées ou les prairies. A. Meunier les a également mentionnés dans la vallée de l'Auve.

Ainsi La Thibeaudette pourrait représenter une pointe avancée du stampien de Charmont en direction de l'Argonne des gaiïizes. Pour concilier les thèses du rapprochement et de l'identité, il nous faudrait encore, sur la carte, combler une nouvelle lacune: les blocs (et non les seuls galets),

absents dans les entailles sur la diagonale Villers-Les Islettes, ont-ils abordé |

les hauteurs de Châtrices où ils feraient aujourd'hui défaut?

. FORMATIONS APPARENTEES A CELLES DE STONNE. — En plus des . grès roux de Montfaucon, l'Argonne renferme deux des roches fondamentales contenues dans les dépôts de Stonne, de Beaumont et de Létanne. | 1° Quartzites-grès d'Aire. — Ils s'imposent à l'attention par leur profil contourné et leur bariolage : de petites brèches — 0,1 à 10 kg — résistantes, torsadées, aux arêtes vives et taïillées en biseau; des éléments gréseux multicolores, blancs, bruns, rouges ou violets, que sillonnent en tous sens des veines ramifiées de quartz blanc et rose. Le

Abondants à Stonne, au Mont-Dieu et au Chesne-Populeux, les quartzitesgrès de cette espèce sont visibles dans les vallées de l'Aire — Champigneulles, Saïnt-Juvin, Châtel-Chéhéry, Montblainville —, de la Biesme — Le Claon, Beauchamp, Pologne — et de l'Aisne — Savigny, Lançon, Autry. Ils existent, très disséminés il est vrai, sur les plateaux gaizeux de La Croix- aux-Bois ou portlandiens de Lavoye. Mais leur nombre va en décroissant : du nord-nord-est au sud-sud-ouest; leur limite méridionale serait: pour l'Aisne, Vienne-le-Château (ravin de l'Homme-Mort, entre ce bourg et Binarville); pour le reste de l'Argonne, une ligne joignant Courupt à Lavoye.

2° Concrétions siliceuses. — Elles réunissent, en une pierre grosse comme le poing et assimilable à celle de Stonne, une pâte amorphe qui constitue à elle seule l'essentiel des sédiments, des rognons ou des paillettes de sables quartzeux et de fins éventails de quartz. Brune à Montblainville, grise à Vandy ou à Lavoye, marbrée de jaune dans les deux cas, cette roche mamelonnée est ornée de cavités informes, profondes et remplies d'argile ocre plus ou moins solidifiée. Parfois, la gangue argileuse la recouvre intégralement. Dans son extension vers le sud, la concrétion accompagne les quartzites-grès, maïs avec une fréqence beaucoup plus faible. Le dépôt s'étale, sporadique, sur les mêmes plateaux, à savoir: ceux de La Croix-aux-Bois, d'une part, de la rive droite de l'Aire — Romagne, Montfaucon, Montzéville, Lavoye —, d'autre part. Présent dans la vallée de cette rivière, rare dans celle de la Biesme — trois ou quatre échantillons seulement au Claon et à Beauchamp —, il est inconnu dans celle de l'Aisne en amont de Savigny et de Lançon. ;

APPORTS ET REMANIEMENTS. — A l'encontre des facies gréseux ayant pris naissance en Argonne, qu'ils lui soient propres ou qu'ils débordent de la région, les uns vers le sud-ouest, les autres vers le nord-est, le quartz ovoïde, élément plus fin, ferait figure d'apport et proviendrait d'horizons géologiques étrangers au pays de la pierre-morte et du grès de Chäâtrices. Ici, nous le connaissons, soit à l'état libre, soit inclus dans des conglomérats.

Galets roulés de quartz: Synthèse de la répartition. — Nous ne donne- ‘ rons pas maintenant la liste détaillée de tous les gisements, nous réservant de les replacer plus tard, en faisant intervenir les altitudes, dans le cadre des formes de relief auxquelles ils sont, à divers titres, liés. Sur le plan de la stratigraphie, nous pouvons ainsi reconstituer, par comparaison, la pellicule discontinue de quartz blanc laiteux qui inondent l‘Argonne :

— comme à Pologne, sous les remblaiements gaizeux, des lits assez réguliers tapissent le fond des gorgeons tributaires de la Biesme et de l'Aisne, entre le front de Passavant au sud et le « défilé » des Islettes prolongé jusqu'à Sainte-Menehould au nord. Dans cette zone, ils interfèrent avec les grès et, à leur exemple, s'espacent à partir de Vienne-le-Château:

— comme à Lavoye, des perles ou des « œufs de pigeon » sont noyés dans toute la masse des placages argilo-sableux des bordures orientales

— Saint-André-en-Barrois, Ville-sur-Cousances, Montzéville -- et septen-

trionales — Imécourt, Belleville, La Croix-aux-Bois;

— comme à Montblainville, des quartz entrent, isolés ou groupés, dans la composition du complexe siliceux intercalé entre le substratum mésozoïque et la couverture quaternaire des nappes de l'Aire (sur toute leur - longueur) et de l'Aisne (sur le Focus réduit: La Neuville-aux-Bois- Autry).

. — À La Harazée et à Quatre-Chomps, nous verrons comment la stratification quartz-argiles, le premier reposant à à la base des secondes, devient plus régulière, plus expressive qu'à Lavoye où cependant, par le nombre des galets sous-jacents, ce dispositif simple était déjà perceptible.

— Un très léger cailloutis, ici homogène, là mixte par admission de débris gréseux, a été largement semé, en plusieurs points, à la surface des plateaux calcaires et gaizeux. D'autres essaims, filiformes, s'échelonnent, à diverses altitudes, sur les versants des vallées.

Mais la variété des gisements ne doit pas nous faire perdre de vue leur caractère fruste.

Origine. —- La généralité du phénomène quartzeux nous incite aussi à en rechercher, aux confins de l'Argonne, la limite ou la continuité.

Des critères qui ne se départissent jamais : polissage, patine d'un blanc mat, forme ovoïde, absence de gangue, indiquent que ces roches, très résistantes par ailleurs, furent usées à la suite d'un fort roulement. Dans la presque totalité des cas, sous une teinte blanc laiteux, il s'agit de noyaux azoïques de quartz clastique, compacts, volumineux, remaniés et bien cimentés. Une nuance de facies toutefois : les argiles de La Harazée et de Montzéville contiennent des « œufs de pigeon » roses ou jaunes à structure feuilletée avec, entre les lamelles, des traces de fer.

La granulométrie permet de distinguer toute une gamme de tailles, depuis la fine perle — 0,5 mm de diamètre — jusqu'au galet moyen en amande — 80 X 30 X 20 mm —; mais elle ne nous apprend rier sur ïa configuration de l'épandage, sinon que les éléments les plus grossiers, interférant avec les plus petits, se répartiraient en trois bandes sommairement alignées et correspondant aux plateaux jurassiques, d'une part, aux valiées de l'Aire, puis de la Biesme, d'autre part.

Ce qui imporie, c'est la brusque diminution de la fréquence du quartz dès que l'on franchit l'Aisne supérieure. Ici, le dépôt prend fin (en même temps que celui des grès de Chôâtrices et un peu au delà de celui des formations apparentées à Stonne) au pied des craies turoniennes et, pour les bordures méridionales, à la latitude de Givry-en-Argonne. Il fait, semblet-il, défaut dans les plaines de la craie blanche coniacienne, sur les trois itinéraires : Vouziers - Rethel, Saïnte-Menehould -Reiïms, Sainte-Menehould - Châlons-sur-Marne. L'examen des gravières de la région de l'Ornain, à Villers-aux-Vents et à Vassincourt, s'est révélé négatif. Tournons-nous maintenant vers l'est et vers le nord. En direction de la Lorraine, le dépôt se poursuit jusqu'à la Meuse de Verdun, suit les abords du cours d'eau, en amont de cette ville, vers Saint-Mihiel et Commercy, ceci par lambeaux assez rapprochés pour que Raulin admette une origine vosgienne. Est-ce la seule solution possible? Il y en aurait une autre : en eflet, lorsque nous parcourons, au nord de l'Argonne, les plateaux Ge Beaumont ou de Stonne et les vallées de la Bar ou de la Meuse, nous voyons le quartz abonder, à toutes les altitudes, à la périphérie du massif ardennaiïs. Qu'il provienne du nord ou de l'est, nous ignorons la date de l'apport; mais nous savons, por contre, qu'il a été suivi de remaniements.

Conglomérats :

Rares et volumineux, tels les décrit A. Meunier. Rares, car les échan-

tillons connus se réduisent à ceux dd gorgeon de Pologne, des alluvions modernes du Widehan, des gravières de Champigneulles et du plateau de Montfaucon-Cunel. Selon le D' Meunier, de Lavoye, il n'y en aurait pas un seul sur les tables calcaires entre le Wadelaincourt et Saint- André-en-Barrois. Volumineux, puisque le conglomérat de Cunel «a les dimensions d'une véritable dalle; pour différents motifs : emplacement dans les fonds de vallées, présence d'éclats à leur proximité, anciennes cavités à quartz, nous pensons que les trois autres spécimens ne sont vraisemblablement que des débris.

Plus caractéristique que le rognon de Pologne, la roche de Cunel comporte :

— une dalle plate de grès rose de Châtrices (0,75 X 0,40 X 0,10), aux arêtes franches;

— des lits irréguliers de quarts blanc laiteux (à l'exclusion des variétés roses ou jaunes), deux ou trois épaisseurs;

— des petits fragments ou des galets du grès bicolore de Châtrices;

— cimentant le tout, une pâte siliceuse très grossière qui résulterait de la décomposition de ce seul facies gréseux,

L'élaboration du conglomérat d'Argonne aurait donc été précédée d'un début de démantellement d'un facies autochtone préexistant (Châtrices). À fortiori, la roche remaniée n'a pu se consolider qu'après l'apport des quartz.

Les formations siliceuses d'Argonhe se sont déposées durant l'ère tertiaire; la stratigraphie est formelle à ce sujet, puisqu'elles reposent sur la craie turonienne, d'une part, à la base du quaternaire, d'autre part. Ceci infirme l'hypothèse d'une origine glaciaire relativement récente. Au cours du tertiaire, le massif des qgaïizes et ses bordures ont été les témoins de la constitution de plusieurs produits siliceux d'âges divers, depuis le grès à sidérolithique jusqu'au conglomérat. Elaborés sur place, remaniés partiellement, décomposés, additionnés d'apports quartzeux, remaniés encore, ils ont été ensuite profondément démantelés; il n'en subsiste que des éléments fragmentaires, resoudés puis disjoints, la plupart non en place quand

s'ouvre la phase des remblaiements à graviers jurassiques.

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