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PLANCHE III

C — Grès du plateau d'Argonne. Faciès de Châtrices, gisement de Beauchamp. Coupe mince C, agrandissement 4 x 4

Collection A. Meunier

D — Nappes quaternaires de l'Aisne ; gravières de la Côte de la Présidence, vue d'ensemble

par une inflexion apparente de la couche, s'enfoncent dans les dépôts sousjacents. Ces derniers renferment parfois des poches complètement isolées.

2° Les lits alternés — 3 m —: la partie inférieure de la carrière, seconde unité lithologique dont les nappes à graviers forment l'ossature, n'en comporte pas moins de huit. Les matériaux ici accumulés appartien- - nent à plusieurs catégories de roches et comprennent, dans l'ordre des fréquences décroissantes : |

— des galets roulés de calcaire portlandien, séquanien ou rauracien. Patinés d'ocre-jaune et fortement usés, ces graviers jurassiques de 5 à 30 mm de diamètre sont remarquables par leur finesse. Des cailloux un peu plus volumineux — 5 à 10 cm de section — et de même origine peuvent également être recueillis, mais dans le premier mètre au-dessus de la craie glauconieuse seulement;

— des bancs d'argile grise, de limons et de sables blanchôâtres, qui viennent s'intercaler entre les précédents par tranches de 10 à 50 cm;

— des rognons ou des brèches anguleuses de la gaize:

— des débris crayeux, soit du turonien, soit du coniacien, en boules compactes et noyées dans la masse. :

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Fig. 4. — (A gauche) Structure : A. limons. - B. sables argileux. - C. argile. - D. coulée. E. surface ondulée. - F. graviers. - G. lits à entrecroisementis. - H. grès et quartz. - K. craie glauconieuse.

En règle générale, les lits sont régulièrement empilés. Les bandes parallèles, dont l'horizontalité constitue sans aucun doute un des caractères stratigraphiques les plus saillants, sont toutefois balayées localement de légers entrecroisements, minces filets de graviers et de sables à large rayon de courbure. |

3° Les formations gréseuses et les quartz. — Du fond de la gravière, les carriers ont récemment retiré, reposant sur la craie glauconieuse en place et dans le premier banc de galets calcaires à partir de la base:

— deux blocs mamelonnés, plusieurs fragments anguleux du facies rose et jaune de Châtrices;

— quelques grès blancs azoïques;

oi —

— des quartz laiteux de la taille d'un œuf de poule. Nous avons déjà souligné l'existence du tertiaire démantelé dans les nappes de l'ouest de l'Argonne. Ce qui importe ici, ce n'est pas tellement la densité et la variété des échantillons extraits jusqu'à présent, mais plutôt leur concentration dans les zones les plus anciennes des dépôts de La Présidence.

LES CARRIERES D'ANTE ET DE LA NEUVILLE-AUX-BOIS. — Ces nouveaux gisements, étudiés par Pâque, ne diffèrent pas essentiellement des premiers, dont ils ne sont d'ailleurs éloignés que de 4 km. Activement exploitées — sables et graviers étant recherchés par les entreprises du bâtiment pour l'élaboration des ciments et l'ornementation, par les travaux publics pour le revêtement des chaussées macadamisées —, les deux sablières ont été ouvertes, l'une — cote 177 — à la sortie nord du village d'Ante, l'autre — cote 173 — au bord de la route de Sainte-Menehould à Vitry-le:François, encore, à mi-chemin entre le Vieil-Dampierre et La Neuville-aux-Bois.

Les coiffes lenticulaires sur le flanc desquelles elles sont placées occupent le sommet des collines encadrant la rivière de l'Ante, affluent de la rive gauche de l'Aisne. Nous retrouvons ici, dans une même superposition, les trois éléments fondamentaux de la Côte de La Présidence, avec quelques variantes toutefois : celles-ci portent sur la réduction des coulées de l'argile, sur la raréfaction de ses poches, enfin sur l'augmentation, en nombre comme en volume, des galets grossiers au détriment des granules calcaires. |

Pâque donne de la gravière d'Ante la description suivante, qui ne mentionne pas les facies gréseux, pourtant représentés par des blocs de Châtrices ou de La Thibeaudette, auxquels il convient d'ajouter le quartz blanc : | — « Sur la surface des sables glauconieux cénomaniens, reposent des « graviers fins très sableux (1 m). » :

.__ — « Puis viennent des graviers moyens sableux en lits horizontaux ou entrecroisés avec des lentilles de sables fins et des lits d'argile claire (1,20 à 1,50 m), des sables grossiérs à petites dragées de craie, passant

« localement à des bancs de limon blanc. »

© ‘ — « À l'altitude de 177 m, des limons bruns de 0,24 à 0,25 m d'épais-

« seur reposent sur les graviers en les ravinant (1). »

Pûque aborde ensuite la question de l'âge de ces formations :

« C'est également à la partie inférieure des dépôts qu'ont été dégagées, « à la fin de 1946, une défense d'elephas antiquus… à 0,40 m de la base, « une molaire d'elephas primigenius. à 1,40 m de la base. Dans les trois « carrières, on retrouve elephas antiquus, throgontherïü, primigenius. Il « semble donc y avoir, comme à Vassincourt, faune froide et faune chaude « superposées ou, en tout cas, faune mixte en place. »

Cette coexistence, incompatible selon Pâque avec le gel prolongé et la sécheresse, d'une part, la stratigraphie, l'agencement des lits, la couverture argileuse et ses poches, d'autre part, pose un problème non seulement de dates, mais aussi de nature et de structure. La Présidence au nord, La Neuville-aux-Bois au centre, Vassincourt au sud, les dépôts de l'ère quaternaire s'étendent à toute la région de l'Aisne supérieure et de l'Ornaiïn. Il importe d'en préciser d'abord l'extension et d'en établir l'identité.

PRINCIPE D'INDIVIDUALITE. — Limites vers le nord : sur la rive gauche de l'Aisne. — Images fidèles du gisement type de La Présidence, des frag-

(1) À Pâque : Bulletin de la Société Géologique de France. Tome XVII, fascicules 1, 2 et 3, pages 193 et sq. £

ments de moindre superficie suivent la rivière jusqu’ au confluent de la Bionne.

Le plus important, long de 3 La se développe entre la route nationale Paris-Metz et le vallon de l'étang de Chaudefontaine. Dans la « gréverie » de Saïinte-Menehould — cote 175 —, où les coulées de l'argile brune sont particulièrement profondes, R. Thillois (1) a déterminé la présence de la

faune mixte, avec: ursus spelacus, bos etrequus, elephas throgontherii et

primigenius. Les champs de galets calcaires, détachés vers l'est au sommet de la butte du Crémont — cote 172 —, contiennent des granules de quartz blanc. 2

En aval, la base des trois lambeaux de la Côte à Vignes de La Neuville-au-Pont, de la sablière du Mont Saint-Bernard et du Moïilemont de Vienne-la-Ville recoupe en biseau = turonien inférieur, la craie glauconieuse et la gaize.

Une poussée en direction de l'Ouest est matérialisée par la pellicule de la ferme de Monceis, parallèle à celle de Daucourt, et qui, à la même latitude que cette dernière, coiffe les hauteurs comprises entre le ruisseau d'Elise et la Yèvre. Ici, la puissance des graviers — 0,50 m au maximum — diminue au profit de celle de l'argile et des limons — 1 m à 2,50 m (2).

Sur la rive droite de l'Aisne. — Des placages dont l'épaisseur atteint encore 2, 3 et 5 m, près de Vienne-le-Château notamment, mordent, de Moiremont à Lançon, sur l'extrémité occidentale des districts gaizeux. Au cours de l'étude du relief (3), nous verrons comment les limons, sinon les argiles de La Harazée, viennent recouvrir en les ravinant les galets de La Gruerie.

Amplification vers le sud. — Dans le secteur de Givry-en-Argonne et de Revigny, domaine par excellence de l'argile albienne, le quaternaire voile désormais l'infracrétacique sur de grandes surfaces. Mais les fragments qui, de chaque côté de l'Ante, se succèdent à intervalles réguliers, ne franchissent l'Aisne qu'en un seul point, dans la boucle des Charmontois. Au centre du triangle formé par l'Ante de La Lieue, la Vière de Possesse et la Chée de Nettancourt, l'ensemble le plus considérable, celui du ChôGtelier, du Bois de Monthiers et de Charmont, prolongé par les deux lanières isolées de Laheycourt, s'étale sur 40 km? environ et traverse intégralement d'ouest en est la région des collines moutonnées des bordures méridionales de l'Argonne. De nombreuses exploitations à ciel ouvert nous montrent des coupes de terrains analogues, voire identiques, à ceux des carrières de La Présidence. Cayeux souligne, non sans raisons, que la taille des graviers va en diminuant du sud au nord. Dans les sablières de Villers-aux- Vents — celle-ci à proximité de la vallée de l'Ornain — et de Sainte-Menehould, il distingue, par simple comparaison granulométrique, là des galets de 4 à 10 cm de section enrobés dans des sables grossiers, ici des lits argilo-sableux, une majorité de petits graviers, en somme des éléments plus fins.

En raccordant tous les lambeaux, Pâque a montré qu'il s'agit bien d'une seule et même nappe complexe dont l'individualité, de Vassincourt à la Bionne et des Argonnelles à Noirlieu, n'est pas douteuse.

NATURE ET AGE DES DEPOTS, PREMIERES CONSTATATIONS. — Pâque rattache ces formations à celles des terrasses anormales des hautes vallées, telles que les conçoit de Lamothe. Il estime que nous ne

(1) R. Thillois : Bulletin de la Société Géologique de France. Tome XVI, fascicule 11. Les rivières de l’Argonne au Quaternaire, pages 79 à (2) La feuille rte de Bar-le-Duc (1/80.000) indique ici des limons de plateau.

(3) Chapitre V, p.

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et ne

sommes dans le cas ni des terrasses climatiques de Tricart (1), ni de terrasses dont la mise en valeur serait basée sur un eustatisme purement conventionnel. Posé sous cet angle, le problème ne peut être entièrement résolu sans replacer les phénomènes observés à Ante ou à La Présidence

dans leur cadre, celui du vallage de l'Aisne au début de l'ère quaternaire,

c'est-à-dire sans faire appel à la morphologie. Limitons-nous donc provisoirement à quelques considérations d'ordre lithologique et paléontologique, suscitées par leur évidente complexité.

Les masses alluviales de la base. — Leur origine fluviatile est généralement admise. Elle résulterait : Fes es Se

— de l'usure, au cours d'un long transport — 20 à 80 km au minimum selon les lieux — des galets jurassiques en provenance des districts calcaires du portlandien ou du rauracien;

— de leur mélange avec des produits de décomposition du gault, des gaizes ou des craies, dérivant de facies autochtones.

Les difficultés surgissent lorsqu'il s'agit, non seulement de dater, mais encore de définir les conditions de dépôt. Les diverses solutions qui, à cet égard, ont été envisagées ne s'accordent que pour le limiter « à l'acheuléen supérieur par la présence de l'elephas primigenius ».

Mais elles divergent lorsqu'elles abordent le point le plus délicat à préciser : la cohabitation de cette faune, indice d'un climat rigoureux, avec la faune chaude à elephas antiquus. Plusieurs remarques s'imposent :

— nous sommes, en Argonne, dans une région encore peu éloignée de celle qu'ont atteint, dans leur avancée extrême vers le sud-ouest et l'ouest, les glaciers de la Campine et des Vosges, 150-200 km à vol d'oiseau; leur influence a donc pu se faire assez fortement sentir;

— les lits ne sont pas toujours réguliers: parfois, au milieu de sables, sans poches ni entrecroisements, prédominent des galets grossiers : des débacles ont pu intervenir:

— la superposition des faunes, elephas primigenius au-dessus de elephas antiquus, est visible par endroits; mais ceci n'implique pas que les fossiles ne soient pas, ailleurs, tous deux exactement en place:

— la nappe actuelle (ici, nous anticipons sur l'histoire du modelé) ne représente qu'une infinie fraction des remblaiements primitifs dont la majeure partie a été enlevée avant le dépôt des argiles;

— elle repose enfin sur une surface presque plane, antérieure au quaternaire et tronquant les assises mésozoïques.

Ce n'est qu'au terme de nos conclusions sur l'évolution d'ensemble du vallage d'Aisne d'abord, de l'Argonne entière ensuite, que nous pourrons formuler une hypothèse, sinon prendre parti. Néanmoins, nous devons déjà supposer, en toute liberté d'esprit, qu'il ne faut éliminer «a priori ni des phénomènes climatiques, ni une variation des niveaux de base liée à leurs oscillations, thèses que Tricart a fait siennes.

Les séries argilo-sableuses du sommet. — Leur épaisseur varie de 0,50 à 2,50 m. Si la partie supérieure (0,10 à 0,75 m) est simplement limoneuse, le reste apparaît comme une argile compacte plus ou moins sableuse parsemée de veinules rouilles et de concrétions ferrugineuses. Ces roches, qualifiées assez souvent de limons, « constituent une unité lithologique « importante et c'est un fait majeur à ne pas négliger que leur superpo- « sition aux graviers ».

Des traces de décalcification sont visibles, mais seulement très localisées au long de la surface ondulée qui sépare les poches argileuses des graviers. Cette argile brune à concrétions est plus récente que le cailloutis: elle ne

1947.) J-L. Tricart: Compte rendu sommaire à la Société Géologique de France, 17 février

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