‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 50 sur 162 · EK7O0TE · texte numérisé non relu

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nombre de rognons siliceux et, au sommet, des roches d'aspect récifal, envahit le sous-sol gaizeux sur plus des trois quarts de sa puissance, égale à 75 m environ. Ses qualités exceptionnelles de résistance aux puissantes attaques de l'érosion ne sont pas étrangères à la bonne conservation des éléments fragmentés de la plateforme.

— Au sud de Clermont, dans la mesure où la limite entre les gaizes noires argileuses des fonds et le gault sous-jacent peut être convenablement appréciée, le contact des deux étages suit, sur le front de l'Aiïre, la courbe de niveau 230. Le rebord de la corniche est alors entre 295 et 300 m. —

— La carte structurale indique, par ailleurs, que les argiles albiennes affleurent à 210 m dans les gorges Le Comte et Châtrices de Bellefontaine. Or, les crêtes voisines de la branche centrale de l'Y sont désormais à 275-280 m. Compte tenu des courbes intercalaires de contact 220 et 210 qui, en épousant les contours du couloir des Goulettes, tendent à se rapprocher au nord de Beauchamp, la pente des couches est identique à celle du plateau, égale en moyenne à 1/360 et dirigée vers l'ouest. Cette remarque est applicable non seulement à la pierre-morte et au gault, mais encore au calcaire portlandien du soubassement. La section plane n'est donc pas absolument horizontale, mais surface structurale et surface PC coïncident exactement.

— A Courupt comme à Grand-Pays, où les tables s'abaissent vers le nord-ouest avec un pente de 1/100, même correspondance entre structure et relief. Au nord de Clermont toutefois, il ne subsiste plus, au-dessus de 280 m, que quatre points hauts isolés. Ils résulteraient peut-être d'une résistance plus grande et localisée de chicots gaizeux? Dans les deux cas, on ne peut plus parler de plateforme.

Des limons argilo-sableux comme seuls dépôts. — Les hauts de Beaulieu sont, nous le savons, recouverts par un dépôt étendu, épais de 1 à 3 m selon les lieux, et composé de limons, d'argiles et de sables remaniés reposant sur la pierre-morte par l'intermédiaire d'un lit de brèches informes et de cailloutis gaizeux. Les lanières continues ou les pointements de cette formation sont bordés par la courbe 280, mais une digitation s'avance aussi sur les plateaux des Quatre-Feux et de La Héaune où elle cesse vers 265-255 m.

Les crêtes et la plateforme ne sont donc pas ee masquées por les argiles sableuses qui voilent aussi les cantons de Courupt, au long desquels la puissance de leurs coulées est maximum. Aucun argument ne confirme l'origine éolienne et l'âge quaternaire d'une partie de la formation ou de sa totalité, comme aucun fait n'infirme l'hypothèse de placages plus anciens dans la chronologie des temps. Hormis les plaques oblongues de brèches et de sables gaizeux, et restriction faite de ce que pourrait encore révéler le décapage de l'humus forestier, il n‘y a pas d'autres dépôts sur la section plane elle-même. Ainsi, dans les carrières de Sainte-Anne (290) et du Signal de Rarécourt (295), des traces d'argile jaune surmontent seules la qaize pierre-morte en place. Les grès jaunes et roses du facies de Châtrices jalonnent les festons de la courbe 240 et l'extrémité supérieure des hautes vallées sèches, mais leur limite altitudinale ne dépasse qu'accidentellement 260 m au nord-est de Bellefontaine.

Plateforme structurale et aplanissement. — Il est cependant permis de se demander quel a été, sur les hauts de Clermont-Beaulieu, le rôle joué par l'érosion. Plusieurs solutions ont, en effet, été envisagées dans le but d'attribuer leur origine à des aplanissements.

— Dans « Les hauts niveaux eustatiques du Bassin de Paris » (1),

(1) Baulig : « Les hauts niveaux eustatiques du Bassin de Paris », Annales de Géographie, Paris 1928

nd AU NES

H. Baulig fait état de la fréquence de la cote 280 dans la topographie locale et considère ce « méplat » comme le témoin probable d'un épicycle à cette altitude. Du niveau de base 280, qui attesterait d'un mouvement général et positif des eaux au pliocène supérieur, c'est-à-dire à la fin de l'ère tertiaire, seraient alors parties les phases de creusement ayant abouti, dans le modelé actuel, au démantellement partiel de la table. d

—— Par analogie avec ce qui se passe dans les régions limitrophes de l'Argonne, sur les revers de la cuesta rauracienne de Dun-sur-Meuse notamment, une autre interprétation (1) voit dans les « courtes sections planes » de Beaulieu un des reliefs résiduels provenant de cycles antérieurs ayant raboté le front auréolé des côtes de l'est du Bassin parisien dans la première moitié de la même ère, soit à l'infra-oligocène, soit à l'infra-éocène.

— Mais la plupart des caractères, par lesquels se distinguent d'ordinaire les surfaces d'érosion, font ici défaut :

— les deux branches sensiblement horizontales des plateaux ne sont affectées que de très faibles ondulations et le Signal de Rarécourt n'a de sommet que le nom. Sur les crêtes donc, peu ou pas de reliefs liés à une résitstance particulière des assises, et semblables à ceux qui, à Saint-Mardsur-le-Mont, au sud-ouest de Sainte-Menehould, sont taillés à 225 m dans le talus des craies. |

— On ne trouve, ni à 280 m, ni entre cette cote et la courbe 240, de traces certaines d'aplanissements étendus ou de replats dans la roche ellemême.

— La stratigraphie est pauvre en enseignements : un intervalle de 100 à 400 m sépare toujours les zones occupées respectivement par les argiles sableuses et par les grès.

Il n'est finalement pas possible de préciser si les tables les plus élevées de la lentille des gaizes ont coïncidé, après exondation du sommet de l'étage, avec une ou plusieurs surface cycliques, ou si elles ont été entamées par des phénomènes d'érosion moins prolongés. L'hypothèse est plausible, mais aucun argument d'ordre morphologique ne permet d'établir une telle succession des épisodes sur les hauts de Clermont-Beaulieu. Ces derniers ont-ils connu d'autres revêtements sous un modelé différent? Les grès, si nombreux dons les vallées voisines, ont-ils voilé les plateaux et dans quelles conditions, car ils ne semblent plus en place? Quelles auraient été, dans ce cas, les phases ayant procédé à leur enlèvement avant le dépôt des argiles et des limons, si toutefois celui-ci est bien quaternaire? Autant de questions, autant d'interprétations possibles. Quoi qu'il en soit, un seul fait est inéluctable :

Coiïffée de pellicules argilo-sableuses remaniées, la plateforme, qui admet les grès sur son pourtour et sur celui-ci seulement, est, avant toute autre considération, un élément de surface structurale.

LES GORGEONS

Comme type de vallée de second ordre, nous choisirons le gorgeon ou gorge de Pologne, creusé dans les qgaïzes et parcouru par un petit affluent de la Biesme supérieure; il contient, en effet, un des plus remarquables gisements de formations gréseuses.

Une entaille profonde. — La brutalité de la coupure, taillée comme à l'emporte-pièce dans les masses structurales gaizeuses des cantons de Courupt, s'explique par la nature de la roche berceau et par la puissance des creusements initiaux.

— Entre les bords francs des districts forestiers des Granges et de

(1) Géographie universelle, tome VI: La France physique, fig. 25, p. 66.

LTabe

La Guillemine, la section transversale de la vallée, large de 150 à 200 m seulement, ne s'évase qu'à hauteur de la corniche dominant la Biesme. Vu dans ce sens, le profil déssine un - V - peu ouvert. L'inclinaison des versants de la pierre-morte poreuse atteint, jusqu'au contact d'un remblaiement, 45, 50 et parfois 65°. Le démantellement superficiel des parois produit de volumineux éboulis ensevelissant des arbres morts et entraînant, sous un amas de feuilles, les jeunes rejets de la futaie.

. — Longue de 1.200 m, l'entaille présente, pour une dénivellation totale de 75 m, un profil longitudinal très accusé dans les 400 premiers mètres à partir des plans de La Jacquemine (260). Il s'adoucit ensuite jusqu'à la

confluence située à 187 m, si bien que la pente moyenne n ‘est que de 7 %.

— En amont, une haute vallée sèche, étroite, encaissée dans la pierremorte exclusivement et développée sur une distance de 300 m environ, occupe à elle seule le quart du gorgeon entier. Le thalweg est truffé de trous d'extraction de grès, de brèches et de cailloutis gaizeux.

— Disposées en arc de cercle, les sources, abondantes à toutes les époques de l'année, alignent leurs quatre alvéoles au niveau de la courbe 240. Elles sont conditionnées par la rétention, puis la réapparition des eaux à hauteur des strates argileux du verlancier, soit à 30 m au-dessus des couches imperméables du gault.

: — Entre la cote 235 et la Biesme, un remblaiement, épais de 3 à 5 m, suit régulièrement et sans interruption le fond de la vallée.

Rappelons-en brièvement la composition :

— faisant suite à celles de la haute vallée sèche, des formations gréseuses et quartzeuses sous tous les facies représentés en Argonne et sur ses bordures, y compris le conglomérat à pâte siliceuse enrobant des grès de Châtrices et des quartz roulés, sont visibles, à la base de l'auge, en une série de lits continus;

.— un complexe de brèches, de cailloutis, d'argiles et de sables, qui proviennent uniquement de la décomposition des assises gaizeuses ou albiennes, masque toujours les dépôts gréseux. À proximité de la Biesme, des poches sableuses renferment néanmoins, inclus dans la masse, quelques quartz ovoides isolés.

— Le ruisseau coule dans une encoche en dent de scie, large de 2 m au maximum pour une profondeur de 4 à 5 m. Elle s'élargit près de la confluence, où le ru dessine de petits méandres encaissés dans le remblaiement dont il attaque les flancs en période de crues et décape les grès.

Phases du modelé. — Un CREUSEMENT dans les tables de Courupt crée, probablement d'un seul jet, l'entaille primitive en forme de - V . depuis le rebord de La Jacquemine jusqu'au niveau de base local de la Biesme, alors à 200 m environ. A la fin de cet épisode, les grès et les quartz tapissent le fond de la vallée ainsi esquissée et ses premières pentes. Leur limite altitudinale (250) dépasse toutefois la cote extrême atteinte par les remblaiements ultérieurs.

Il s'agit en fait de formations diverses, démantelées postérieurement à l'élaboration des conglomérats: ont-elles, à la faveur des creusements, glissé des plateaux qu'elles voilaient à l'origine, ou bien, dans une autre hypothèse, avaient-elles initialement une position voisine de celle qu'elles occupent encore à l'heure actuelle dans la section sèche?

Sur ces deux points, comme sur la date des phénomènes, la stratigraphie ne nous livre, dans le gorgeon de Pologne, qu'un seul indice : celui de l'antériorité des lits gréseux de l'auge par rapport aux comblements argilo-gaizeux qui les recouvrent.

Le REMBLAIEMENT, constitué désormais par les débris rocheux arra-

or LE re

chés aux corniches et aux versants, à l'exclusion de tout apport venu de l'extérieur, correspond à une remontée sensible du niveau de base, qui passe alors de 200 à 235-240 m. £

Un RECREUSEMENT final qui, dans les sections moyennes et inférieures,

enlève une partie des alluvions gaizeuses accumulées, a vraisemblablement suivi de peu la phase précédenie, car l'érosion latérale ne semble pas avoir élargi la gorge à hauteur du remblaiement. Mais les deux replats dans la pierre-morte en place, sur lesquels s'appuient les layons forestiers de La Guillemine et des Granges, parallèles au long de la courbe 240, sont-ils l'œuvre de la main seule de l'homme? N'y trouve-t-on pas quelques fragments de grès et parfois de petits grains de quartz ? Fe Une coupure vive dans les plateaux aboutissant à un modelé en creux, une longue vallée sèche, un ruisseau alimenté par plusieurs sources eu étoile, un remblaiement en deux temps jusqu'à l'altitude 235-240, une légère encoche dans l'auge, consécutive à une nouvelle attaque de l'érosion, telles sont les formes communes à la majorité des gorgeons tributaires de

la Biesme sur sa rive droite, entre Saint-Rouin et le Four de Paris. Les

ravins des Granges, de Châtrices et du Verre au sud des Islettes, de Parfondrupt, de Vitecôte, de Pairupt et de la Fontaine aux Chevaux en aval

de ce bourg, ne diffèrent de celui de Pologne que par une relative raré-.

faction des grès et des quartz à la partie inférieure des remblaiements. Toutes ces vallées secondaires sont conséquentes. Il en est de même pour les gorges Le Comte, Le Charbonnier et d'Orvaux ayant accès, non plus à la Biesme, mais à deux de ses émissaires, les ruisseaux de Bellefontaine et de Beauchamp placés de part et d'autre de la branche cenirale de la plateforme de Beaulieu.

Dans l'entaille du Diable, le premier s'est frayé une route sud-est - nordouest. Il n'obéit donc pas, en amont de Bellefontaine où il effectue enfin sa conversion vers l'ouest, à la pente normale est-ouest des couches gaizeuses et albiennes.

Le second entre dans le cadre d'une étude plus approfondie, car il draine, dans le défilé des Islettes, une coupure beaucoup plus importante que l'étroit gorgeon de Pologne.

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