‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 58 sur 162 · ALLUVIONS RÉCENTES © GRÈS + QUARTZ · texte numérisé non relu

ALLUVIONS RÉCENTES © GRÈS + QUARTZ

Fig. 7. — Profil du val de Biesme à la latitude du Claon.

L'argument le plus fréquemment invoqué en faveur d'une telle dislocation est fondé sur la rectitude de la gouttière. Nombreuses en face de Futeau, des Islettes et du Neufour, maïs séparées par une série de croupes offrant, à l'aplomb de la rivière, des facettes triangulaires, les obséquences se raréfient dans le tronçon suivant où les longues parois trapézoïdales du front de côte sont à peine entamées de très courtes entailles. Ce remar- . quable alignement, ininterrompu ou presque sur une distance de 10 km, correspond-il néanmoins à un escarpement de faille?

Sur ce point, les indices apportés par la géologie sont beaucoup moins nets : en effet, non seulement les affleurement de la gaize ou du gault sont la plupart du temps voilés par le tapis humifère et les éboulis des versants, mais encore la pierre d'Argonne, irrégulièrement stratifiée et affaissée, repose sur une argile affectée de multiples loupes de glissement.

Les carrières du Claon à l'ouest, le chemin forestier en déblais qui conduit de ce village au carrefour de la Voie Romaïne de La Haute Chevauchée à l'est, constituent en fait un des seuls ensembles où l'on puisse observer les assises, encore que partiellement, sur les deux rives à la fois.

— Rive gauche, dans le dernier virage de la route de Florent, le contact des deux étages s'effectue à la cote 165. Les strates argileux du verlancier, dont nous connaissons la régularité et lo continuité d'une extrémité de la carrière à l'autre, témoignent d'une plongée rapide des couches vers l'ouest-nord-ouest, à raison de 5 à 6 m pour 100 m, chiffre considérable qui laisse présumer d'un relèvement anormal des gaizes. A l'inverse de ce qui se passe à Florent où les eaux d'infiltration ne pénètrent que superficiellement dans les masses rocheuses semi-perméables demeurées compactes, un profond démantellement poussé jusqu'au verlancier, des lézardes béantes, des cassures enfin paraissent liées à un commencement de bascule des blocs, visible dans la partie orientale de la tranchée.

— Rive droite, près de l'église du Claon, la base des gaizes se situe entre les courbes 170 et 175, sa pente ascendante en direction de l'est-sudest étant désormais réduite à 1/100. En conséquence, le plan de contact

tel qu'il a été défini sur la rive opposée, prolongé à l'œil nu au travers de la vallée, vient frapper les parois dominant le village à 15 m au-dessus de l'albien argileux.

Certain au voisinage du Claon et traduit par une déformation des couches, le travail des forces de la tectonique a-t-il été ou non accompagné de ruptures? L'enlèvement par l'érosion des sommets de la pierre-morte entre les Hauts-Bâtis (cote 235) et Vitecôte (cote 242) sur les croupes qui s'avancent vers la Biesme, ainsi que le creusement du berceau proprement dit, ne permettent d'affirmer, en toute certitude de cause, quelle est la nature exacte de l'accident et, dans le cas d'une faille, si celle-ci a effectivement joué à une date imprécisée, la valeur du rejet. ss >

De traces de fractures, nous n'en trouvons plus, sauf peut-être sur la cuesta de La Thibeaudette, en remontant la rive gauche de la Biesme ou de son affluent, le Widehan. En amont de Futeau notamment, aucune. discontinuité appréciable dans le plan inférieur des qgaizes. Faut-il donc exclure une autre hypothèse, celle d'une couverture discordante sur laquelle se serait installé le sillon primitif à l'emplacement qu'occupe la gouttière?

QUARTZ ET REMBLAIEMENTS. — Sans compter la nappe d'alluvions modernes qui renferme une forte densité de formations gréseuses et quartzeuses indistinctement mélangées, trois niveaux de quartz étagés, pouvant. indiquer la base de remblaiements, sont disposés, non seulement sur les flancs de la vallée, maïs encore sur les tables qui l'encadrent immédiatement.

Gisement des Côtes aux Cerfs et de l'Echelle. — Au cours de l'aména-. gement, en une route forestière carrossable, d'un ancien chemin de bois unissant Courupt à Châtrices, les premiers bancs de la pierre-morte, cachés sous le sol végétal, furent décapés en 1934 sur la ligne de faîte longeant la Biesme supérieure. Dans la section horizontale — nous sommes à présent à 245 m d'altitude — comprise entre la rampe d'accès au plateau et le carrefour du layon de Saïint-Rouin, des terrassiers mirent à jour, reposant sur la roche gaizeuse en place, un essaim de quartz blanc ovoïdes composé de grains dont le diamètre n'excède pas 1 cm, léger semis, certes, mais largement étendu en surface. |

Plus récemment, dans les triages de la Côte de l'Echelle, à 1.500 m au nord de ce dépôt et à la même cote, nous avons recueilli quelques petits cailloux roulés d'un facies identique noyés au sein d'une argile sableuse jaune, épaisse de 15 à 30 cm selon les lieux. Cette pellicule fruste n'est qu'un lambeau méridional de la lanière argileuse, remaniée et coiffée d'un limon d'âge quaternaire, qui descend avec les crêtes jusqu'à Florent.

Deux niveaux distincts vers 200 et 175 m. — Des plateaux riverains, passons maintenant aux versants, puis au fond du berceau. |

— Nous avons déjà relevé l'existence des horizons quartzeux et gréseux sous les remblaiements argilo-gaizeux des gorgeons secondaires, comme sur les replats de Beauchamp. Dans la gouttière ellemême, aux environs de la cote 200, notons encore :

— répandus sur les berges des Deux-Busines de Saint-Rouin et en aval de la digue de ces étangs, quelques galets de quartz blanc:

— à 100 m au nord de la maison forestière de Pologne, accroché aux flancs abrupts de la Côte aux Cerfs, un placage de sables fins provenant de la décomposition des gaizes à été entamé, au début de l'année 1947, pour livrer passage à un chemin temporaire de débardage. Son sommet atteint la cote 225. À la base, en plus des quartz, de minuscules fragments de grès de Chôâtrices:;

— près de la ferme de la MaisonDieu, à 2 km du hameau des Vignettes, À. Meunier a pu situer, comme à la Côte aux Cerfs, d'autres essaims de granules quartzeuses à l'état libre. Ces derniers suivent sur

plusieurs centaines de mètres le tracé de la courbe 200 à hauteur de laquelle ils sont alignés. Ici le substratum est qgaizeux.

N'oublions pas enfin, pour compléter ces éléments dispersés, les lentilles argilo-sableuses à quartz de La Harazée et de La Placardelle qui, - sur les hauteurs de la basse Biesme, masquent la pierre-morte à une altitude sensiblement égale.

— Les replats à 165-175 m, visibles dans le secteur de Vienne:le- Château, disparaissent au delà du ravin de Houyette. Néanmoins, en amont de la rupture de pente qui se produit dans le thalweg de la Biesme à la

sortie des Islettes et souligne la reprise des creusements au-dessous de ce

troisième niveau, des quartz et des débris anguleux de grès roses jonchent, épars, le sol albien des prairies comprises entre la route de Futeau et le lit du torrent.

FORMATION DU BASSIN DE LA BIESME : Les origines. — Bien qu'il soit possible d'envisager plusieurs interprétations pour expliquer les premières étapes du modelé, nous possédons cependont quelques ne ments sur la constitution du réseau hydrographique.

L'orieniction du couloir de La Thibeaudette est fonction de l'anticlinal dont il suit l'axe, celle de l'exutoire de la Basse-Bienne, du synclinal de Vienne-le-Chôteau. Les affluents de la rive droite sont pour la plupart conséquents à la pente des couches vers l'ouest ou le nord-ouest. Mais il y a des exceptions, ne serait-ce que le ruisseau de la gorge du Diable à Bellefontaine.

D'autres considérations, ayant trait aux dépôts des plateaux de la rive gauche, nous incitent à ne pas chercher dans les seules déformations des assises gaizeuses, représentées en particulier par l'accident du Claon, — c'est-à-dire dans une faille —, les fondements de la concentration des eaux dans la gouttière tfonsvérsale :

La signification morphologique des facies slliceux tertiaires pose un problème qui dépasse singulièrement le cadre de la région de Clermont, des Islettes et de La Harazée. Par suite d'un profond démantellement, rien ne semble plus en place: les grès sont même, en toute vraisemblance, absents de la plateforme de Beaulieu. Mais les quartz de la Côte aux Cerfs, qui ont accès aux crêtes bordant la Biesme, peuvent indiquer la base d'un remblaiement au niveau de 240-250 m. Cette altitude est précisément celle des grès dans les hautes vallées sèches et des festons des tables de Courupt d'une part, des ensellements voisins des Islettes et des courtes sections planes de Bolante d'autre part.

Sans rien vouloir présumer, ni de la date de ces phénomènes, antérieurs toutefois aux oscillations climatiques de l'ère quaternaire, ni de leur extension en Argonne, sans exclure aussi l'hypothèse d'une couverture gréseuse à un niveau plus élevé encore, nous devons tenir pour fondée :

LA MISE EN PLACE INITIALE DE LA BIESME SUR UN MODELE DIFFERENT DE LA SURFACE STRUCTURALE DES GAÏIZES, MODELE QUI A PU, AUTANT QUE LES DEFORMATIONS DU SOCLE, DISPOSER DE L'ORIENTATION PREMIERE DE LA RIVIERE ET SCINDER AINSI EN DEUX LE DRAINAGE DES PLATEAUX, LA MOITIE ORIENTALE ETANT TRIBU- TAIRE DE LA BIESME, L'AUTRE MOITIE DE L'AISNE.

‘Le relief en creux, faconnement du berceau. — Les étapes suivantes, durant lesquelles les affouillements alternent avec des périodes de repos, nous sont devenues familières au cours de cette étude. Résumons-les assez brièvement :

— Un vigoureux creusement dans les gaizes, poussé au centre jusqu'à l'albien, transforme les vallées embryonnaires en un faisceau d'entailles profondes de 40 à 60 m. Les hautes gorges des Goulettes nous donnent

OU

aujourd'hui une idée de ces formes simples. Provisoirement stabilisé vers. © 200-210 m, le niveau de base local est alors jalonné, tant par les quatre gisements de quartz alignés sur les versants entre les Deux-Busines et La Harazée, que par les dépôts gréseux, de Pologne ou de Beauchamp par exemple, qui tapissent le fond des encoches. De cette époque datent également l'abaissement du seuil de Saint-Rouin et, l'érosion latérale prépondérante agissant à son tour sur les.-couches meubles du gault, l'élargissement du couloir de La Thibeaudette, exprimé par le recul de la cuesta et les replats médians qui la précèdent.

__ — Une remontée des eaux à 230-235 m a pour effet de combler partiellement les sillons ébauchés. Cette phase d'alluvionnement est marquée par les remblaiements bien conservés dans les gorgeons secondaires, mais réduits partout ailleurs à des lambeaux. À leur surface, pas de traces importantes d'une attaque dans la pierre-morte en place. Le matériel de remplissage qui recouvre les grès et les quartz se compose exclusivemen!: de sables gaizeux ou de boues argileuses albiennes. |

Au-dessus de cette aire d'ennoyage, seuls émergent quelques reliefs : la plateforme de Beaulieu, les sommets de Grand-Pays, les buttes de Bolante et les crêtes de la Côte de l'Echelle. Que dire du sens des écoulements, sinon que des communications sont toujours possibles, soit vers le sud par le ravin du Charlevaux, soit vers le nord par les plateaux de La Harazée. Rappelons enfin que l'altitude du col de Clermont, où l'on ne trouve aucun dépôt, est, elle aussi, à 235 m. |

— Lors de la reprise des creusements consécutive à une baïsse de niveau de 25 m environ — cotes absolues : 165-175 —, le drainage s'effectue en direction de l'Aisne par le synclinal de Vienne-le-Chôteau, sur le parcours duquel commence à se dessiner le tronçon inférieur de la Biesme. Les masses de comblement déjà accumulées dans la gouttière sont en grande partie enlevées, tandis que le gault en amont et la gaïze en aval subissent un nouveau burinage.

— L'extension des remblaiements à graviers calcaires de l'Aisne sur les plateaux de La Gruerie et de La Placardelle est la conséquence d'un retour temporaire des eaux à 195-200 m au maximum. Comme ces nappes, qui n'ont pas franchi le seuil de Saiïnt-Rouin au sud, ne s'enfoncent pas dans la vallée plus loin que le coude de La Harazée au nord, le bassin hydrographique de la Biesme est donc définitivement fermé à toute influence venue de l'extérieur, à moins qu'elle ne soit transmise par l'exutoire de Vienne-le-Château.

— Les rajeunissements : ablation des formations à graviers aux abords de la rivière, encaissement — avec ruptures de pente — du val inférieur dans les gaïizes, sont provoquées par une quatrième incision des thalwegs, le confluent de Vienne-la-Ville étant désormais à 10 m au-dessous de sa cote actuelle (121).

— L'alluvionnement moderne, sensible jusqu'aux Islettes, met un point final au façonnement du berceau.

Si imprécise qu'elle soit à l'origine, l'histoire de la Biesme prend figure au fur et à mesure que l'on s'avance dans l'échelle des temps. Le relief en creux de Futeau, du Claon ou de La Thibeaudette est, en somme, dans sa mise en valeur, le résultat d'oscillations répétées du niveau de base-des eaux. Les dernières étapes du modelé, notamment la constitution des nappes à graviers au début de l'ère quaternaire, phénomène qui serait peut-être entre tous le plus nuancé, sont en rapport avec l'évolution morphologique du vallage de l'Aisne et avec elle seule. Il importe toutefois, avant d'en aborder l'étude, de jeter un regard sur les districts gaizeux drainés par les émissaires directs de cette rivière.

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Er PLATEAUX ET GORGES TRIBUTAIRES DE L'AISNE

La Biesme et l'Aire sont parallèles entre elles dans leurs cours moyens d'abord, dans les coudes qu'elles prononcent à La Harazée comme à Saint- Juvin ensuite, dans les défilés de Vienne-le-Château et de Grandpré enfin. Les figures géométriques semblables, tracées sur une carte d'Argonne en prenant l'Aisne de Villers, de Vienne-la-Ville et de Senuc pour base, limitent,

à surfaces égales, les plateaux boisés des régions de Sainte-Menehould au sud, de Binarville au nord. Alors que la Biesme isole complètement les premiers, ceux-ci ne sont en fait que le prolongement septentrional des massifs gaizeux de Grand-Pays et de Bolante. Après avoir traversé la route du Four de Paris à Varennes, l'ancienne Voie Romaine des Hautes Chevauchées venue de Clermont par La Pierre-Croisée — aujourd'hui un chemin forestier — suit donc sans aucune interruption la ligne de faîte dominant l'Aire jusqu'aux Champrochers de Marcq.

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