LE SUD OU LES REVERS DE LA COTE DE BIESME
Les forêts de Chôâtrices, des Princes et des Hauts-Bûtis couvrent du manteau continu de leurs chênaïies les tables de la pierre-morte qui descendent lentement en direction de l'Aisne. Le profil topographique suivant le sens des médidiens démontre, comme à La Placardelle, l'existence de deux
__ secteurs : à l'est et sur une distance variant de 4 à 6 km, des plans inclinés aux très faibles ondulations; à l'ouest, des replats dans la roche en place - qui gagnent en extension aux approches de la rivière.
La surface structurale. — Nous avons eu l'occasion d'établir simultanément et la conversion de la pente des couches à la latitude des Islettes et la concordance entre structure et relief sur le front de la Biesme. La plongée du socle vers l'ouest puis vers le nord-ouest explique ici l'abaissement des crêtes au nord de la route nationale Paris-Metz.
Par ailleurs, dans le tronçon presque rectiligne compris entre les altitudes 200 et 250, cette artère monte régulièrement, de La Grange aux Bois au sommet de la Côte de Biesme, à raison de 1 m pour 100 m. Des remarques similaires peuvent être faites au sujet des routes Moiremont- Florent à partir de la lisière des bois de La Viergette et Châtrices-Courupt à partir de l'étang des Porcheries. La base des gaizes ayant sur ces tronçons la même inclinaison, la conformité du relief visible sur le rebord
oriental des plateaux doit être étendue à l'ensemble de leur secteur. Nous pourrions vérifier plus explicitement l'exactitude de ce fait sur le front méridional de Passavant où l'argile du gault affleure sans discontinuitée.
Bien que les surfaces de la pierre-morte soient presque entièrement dénudées, un facies gréseux au moins entre dans la composition des dépôts superficiels. Maïs l'éparpillement des grès roses, épisodiquement révélés par le décapage du tapis humifère, et leur extraction des vallées voisines, tant par les moines de Châtrices que par les habitants de La Gronge aux Bois ou de Passavant, ne nous permettent pas, à l'aide de ces seuls lambeaux, de reconstituer une couverture siliceuse démantelée, c'est-à-dire de distinguer formellement ce qui est en place de ce qui ne l'est pas, même lorsqu'il s'agit de blocs volumineux. ’
Une inconnue subsiste aussi à propos des autres formations : si nous connaissons le rôle joué dans les remblaiements de Biesme par les quartz de la Côte de l'Echelle, les lanières argilo-limoneuses dont les coulées ont envahi jusqu'aux Vertes-Voyes (200) les plans situés de part et d'autre de la route Paris-Metz ne semblent plus contenir les granules ovoïdes rencontrées sur les crêtes.
Les replats de l'Aisne. — Les courbes de niveau 210, 200 et 190 sont beaucoup plus resserrées que celles qui les encadrent. À l'ouest de la marche aïnsi dessinée, léger ressaut il est vrai puisque les dénivellations médianes n'excèdent jamais une quinzaine de mètres, les assises supérieures des gaizes ont été entamées. Les cartes topographiques, y compris les éditions anciennes du plan directeur au 1/20.000, ne donnent pas toujours une idée exacte de la section couverte en largeur par le second secteur. À titre d'exemple, citons l'allée forestière de la Haïe-Guérin reliant . en ligne droite Futeau à Verrières: cette longue tranchée quitte bientôt les tables des districts de l'Echelle pour demeurer ensuite horizontale sur un parcours de 4 km, parcours correspondant à celui de la courbe 180 qui vient prendre en tangence les corniches de la rive droite de l'Aisne. Quelquelois plus vastes encore, surtout lorsque les gorgeons qui les séparent sont éloignés les uns des autres, les replats se succèdent sans exception notable, de Villers à Vienne-le-Château :
— en amont, aux Mensognes de Châtrices, soit à proximité de la Haïie- Guérin, nous ne trouvons, vers 180 m d'altitude et voilant la pierre-morte rabotée, qu'une mince pellicule de sables gaizeux. Sous une puissance de 40 à 50 cm, elle renferme, outre des fragments gréseux et des quartz roulés blanc laiteux, une grande quantité de concrétions ferrugineuses:
— en aval, les nappes à graviers jurassiques ont largement pénétré, à la faveur des élargissements, sur les territoires de Moiremont, puis de Vienne-la-Ville, où elles se raccordent aux remblaiements de La Renarde.
Si les gaizes ont opposé à l'érosion latérale de l'Aisne et de ses petits affluents une résistance supérieure à celle du gault aux Islettes ou, comme nous le verrons, des craies à La Présidence, l'usure est cependant appréciable puisqu'elle concerne près de la moitié des plateaux de la rive orientale.
Le réseau des gorgeons: Longeval. — Cette vallée abrite, sur une distance de 4,5 km, huit des neuf étangs de Châtrices et se termine en amont du réservoir principal de La Rouillie par un système de six entailles parallèles, disposées comme les dents d'un rôteau: — Le Neufour — Les Fées — Longeval luimême, au centre — La Grande Vallée — La Caronne — Les Bossardes. Suivons l'une d'entre elles, la première par exemple, parce que la plus typique. Elle comprend :
— une haute section sèche, très courte (250 à 230 m) et encastrée dans les tables de la Côte Collet, dont les grès roses viennent jalonner le rebord. Il y a, dans ce dispositif, applicable également à la gorge adventive
des Pouyers comme aux cinq autres entailles, beaucoup de points communs au ravin du Neufour, tributaire de l'Aisne, et à celui de Pologne, tributaire de la Biesme;
— une section moyenne, longue de 1. 500 : m environ. Un matériel «gaizeux enlevé aux plans voisins en encombre le fond. Il se superpose à un lit irrégulier de quartz blancs et de grès du facies de Châtrices. La stratigraphie suppose, ici encore, un démantellement préalable des formations siliceuses tertiaires. Epais de 4 à 5 m, ce remblaiement ancien adoucit le bas des versants. Il est limité: à l'est, par les sources (cote 210); à l'ouest, par une rupture de pente dans le thalweg du ruisseau. À cet endroit prend fin le gisement gréseux.
À la sortie de l'étang des Usages avec lequel apparaît la nappe des alluvions modernes, bien distincte des dépôts précédents et artificiellement remaniée à la suite des travaux d'endiguement, la vallée rejoint le Lon- geval. Large désormais de 300 m, le tronçon inférieur a pris forme, entre les Mensognes et le Four au Verre, lors des creusements finaux à partir de la courbe 170, le confluent de Villers étant alors à 30 m en dessous de cette cote.
Identité dans les profils. — Axé en général sur les méridiens, le réseau des gorgeons découpe les plateaux de la région de Saïnte-Menehould en une suite de rubans plus ou moins étroits. Est-ce à dire que les affluents de la rive droite de l'Aisne soïent conséquents sur toute leur longueur, que leur tracé soit aussi régulier qu'on veuille bien le penser? C'est le cas de - Parfondval et de l'Alleval, certes; mais ce n'est plus celui des ravins du Sougniat, des Marotines et, dans une moindre mesure, du Longeval. Des
: coudes singuliers, affectant en particulier presque tous les émissaires de
troisième ordre, se produisent à hauteur des ruptures de pente, au point où commencent, avec la zone des replats, les nappes à graviers jurassiques qui les recouvrent.